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Fils de Philippe Senille et de Marie Charpentier, Jean-Baptiste Senille est né en 1761.

Il fit profession à Celles (Notre-Dame), le 9 décembre 1782. On le trouve ensuite vicaire en l'église Saint-Laon de Thouars, depuis janvier 1788 jusqu'en avril 1790. En cette même année, cette maison était composée d'un prieur-curé, M. Abel Goirand ; et de cinq chanoines, MM. Loret, Cordier, Lefèvre, Varnier, Senille.

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A partir de mai 1790, on le retrouve prieur-curé de Saint-Martin de Ranton (86), diocèse de Poitiers, dépendant de la Trinité de Mauléon, en remplacement de Marc Pilhes ;  puis, il dut prêter serment puisque le 23 décembre 1792, il commence à signer les registres en tant qu'officier public et ceci jusqu'au 16 ventôse an II (6 mars 1794).

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Nous ignorons les circonstances de son arrestation, toujours est-il qu'il fut présenté devant le tribunal criminel du département de la Vienne, à Poitiers, et condamné à mort le 27 avril 1794 ; le jugement ci-dessous nous en donne les raisons :

Le 8 floréal de l'an II (27 avril 1794)

Jugement du tribunal criminel du département de la Vienne qui condamne Jean-Baptiste Senille, 33 ans, ex prêtre ci-devant génovéfain et prieur de Ranton, natif de Chabannais, district de Confolens, département de la Charente, atteint et convaincu de provocation au rétablissement de la royauté en arborant et faisant arborer des signes contre révolutionnaires.

Attendu qu'il est prouvé par plus de trente témoins que le dit Senille a arboré, fait arborer ou souffert qu'on arbora au pignon de sa maison un drapeau blanc parsemé de fleurs de lys auquel était suspendue une petite bouteille de verre; qu'il a porté une cocarde blanche à son chapeau, qu'il a affecté de se revêtir de sa robe de ci-devant génovéfain ; qu' il a dressé devant sa porte un feu de joie au sommet duquel il avait fait placer une branche de laurier; qu'il a écrit à la Roche Jacquelin, chef des brigants, pour l'inviter à venir à Ranton, où il promettait un accueil amicale, et qu'il a aidé à faire abattre et transporter l'arbre sacré de la liberté.

Attendu que les actes de patriotisme qu'il a faits, après la défaite des brigants et pour lesquels les officiers municipaux ont eu la faible complaisance de lui accorder des certificats de civisme, prouve que le dit Senille est un homme qui a su s'accommoder aux circonstances et qui ne voyant que lui, a manqué à tous ses serments.

Le tribunal criminel après avoir entendu l'accusateur public dans ses conclusions, déclare que Jean-Baptiste Senille ex prêtre...atteint et convaincu de provocation au rétablissement de la royauté... ordone que le dit Senille sera dans les vingt quatre heures livré à l'exécuteur des jugements criminels et mis à mort conformément à la loi du 19 mars 1793...

Ordone que les biens du dit Senille seront et demeureront acquis à la République conformément à l'article VII de la loi du 19 mars.

Jean-Baptiste Senille trouva le moyen de s'évader une heure avant l'exécution, et passa dans la Vendée. Plus tard, il en a fera le récit  à M. Berthre de Bourniseaux qui nous le conservera dans son livre "Histoire de la ville de Thouars", le voici :

L'échafaud était préparé et le geôlier avait déjà dépouillé le prêtre infortuné, lorsque ce dernier aperçut, au fond de son cachot, une porte entr'ouverte. Il se lève, pousse la porte, et monte un escalier qui le conduit au plus haut étage de la prison. Il n'a que deux partis à prendre, ou de passer par une lucarne et de se précipiter du haut du toit, au risque de se tuer, ou de se cacher dans l'intérieur de la prison. Il prend le premier parti.

Et, après s'être recommandé à la Providence, il se laisse glisser sur les ardoises. Il tombe, sans se blesser, sur un toit inférieur, de là sur un autre, et enfin dans la rue. Quoique froissé de sa chute, il sort de la ville. La garde veut l'arrêter, il traverse un étang à la nage et gagne la campagne. Poursuivi par tous les limiers de la justice, et par plus de cinq cents soldats, il parvient à se sauver, après avoir failli cent fois tomber entre les mains de ses bourreaux.

Déguisé en maçon, il gagne enfin une garde Vendéenne, dans la paroisse de Noirterre, près la ville de Bressuire. On l'arrête comme espion, on veut le fusiller ; on lui avait déjà bandé les yeux, lorsqu'un prêtre survient ; il se fait connaître ; on l'interroge en latin, il répond dans la même langue, ses bourreaux tombent à ses pieds ; il est sauvé une seconde fois.

Il a été depuis curé de St-Amand, de Saint-Porchaire, et principal du collège de Bressuire. En 1805, il réorganise dans sa cure de Saint-Porchaire une école cléricale. Puis il est nommé à la cure de Champdeniers le 30 novembre 1809.

Jean-Baptiste Senille est décédé à Champdeniers, en la maison curiale, mardi 1er septembre 1812, à l'âge de 51 ans.

 

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C'est lui-même qui a raconté son aventure à l' Auteur de cette Histoire : Histoire de la ville de Thouars depuis l'an 759 jusqu'en 1815 ... par P.-V.-J. Berthre de Bourniseaux - 1824

Archives Départementales de la Vienne - Liasse L St 421 F 112 verso à 115 recto

L'Ami de la religion - Volume 28 - p. 376

Prosopographie génovéfaine - Nicolas Petit - 2008

AD79 - Registres d'état-civil de Champdeniers