PARHÉLIES A NIORT EN 1798 

Parhélie 3 z


On lit dans le Bulletin du département des Deux-Sèvres, du 10 germinal an VI (30 mars 1798), n° 51 de la collection de ce journal politique et littéraire, publié à Niort, chez E. et P. Dépierris, rue de la Loi :


"Dans la journée du 5 germinal dernier, tout le monde se demandait, à Niort, avez-vous vu les trois soleils ? En effet, le même jour, entre six et huit heures du matin, le soleil parut accompagné de deux cercles radieux, l'un à sa droite, l'autre à sa gauche, et qui présentoient l'image d'un triangle dont le véritable soleil formait la base. Il est certain que ces deux soleils surnuméraires étoient extrêmement resplendissants, et tels qu'il eût été impossible de fixer longtemps les yeux dessus. Ils se sont peu à peu évanouis ; celui qui étoit à l'Orient a disparu le premier, et deux heures après, on ne les apercevoit plus ni l'un ni l'autre. Nous laisserons au célèbre Delalande le soin d'expliquer ce phénomène, que nous soupçonnons appartenir à une cause électrique ; mais nous dirons que le vent, depuis plus d'une décade, souffloit Est-Nord-Est, et qu'à une température douce et un peu pluvieuse, avoit succédé, depuis quelques jours, un temps beaucoup plus froid que la saison, dans nos climats, ne sembloit le permettre. Le 28 ventôse, le mercure dans le baromètre avait descendu à 26-8 ; le 30 du même mois nous eûmes une grêle très grosse, très abondante et à plusieurs reprises ; le 4 germinal, la machine électrique faisoit un feu terrible, presque sans être sollicitée, et dans le moment de ce phénomène, on découvroit à peine quelques nuages dans les hautes régions".


Lalande étoit alors directeur de l'observatoire de Paris, mais diverses missions retenaient souvent les astronomes français loin de leur résidence habituelle, on ne savait où le prendre, le docteur Guillemeau jeune, rédacteur du Bulletin des Deux-Sèvres, eut une idée géniale, il inscrivit sur la bande de son journal : "Au célèbre Delalande, en Europe", et l'envoi lui parvint d'autant plus facilement à son adresse que l'éminent directeur n'avoit point quitté son observatoire d'où il s'empressa de répondre.

Lalande z

Joseph-Jérôme Lefrançois de Lalande (1732 - 1807)


Sa lettre a été publiée dans le Bulletin des Deux-Sèvres du 25 germinal an VI (14 avril 1798), n° 54 de la collection du journal, p. 428.

"Paris, 15 germinal, an VI.
Le citoyen Lalande, directeur de l'Observatoire, au rédacteur du Bulletin des Deux-Sèvres.
Je suis flatté, citoyen, de l'honneur que vous m'avez fait de me demander l'explication des trois soleils, c'est ce que nous appelons des parélies : on en voit de temps en temps, toutes les fois qu'un amas de vapeurs ou de glaçons se trouve placé de manière à réfléchir comme un miroir l'image du soleil et de la lune ; on en voit quelquefois jusqu'à six, mais cela étonne toujours et je ne suis pas surpris que vous ayez désiré en donner à vos lecteurs une petite explication. Je vous remercie de la préférence, et je suis charmé d'avoir eu cette occasion de connaître un journal aussi intéressant que le vôtre. Il y a peu de départements qui jouissent d'un pareil avantage.
Salut et fraternité.
LALANDE, directeur de l'Observatoire."

Bulletins de la Société de Statistique, sciences, lettres et arts - Département des Deux-Sèvres - n° 7-9 - Juillet-Septembre 1890 - L. Desaivre