EN 1793, une femme fut fusillée, à Annecy, au Paquier.

Voici son histoire :

FRICHELET AVET MARGUERITE z

Née à Thônes le 2 janvier 1759 et baptisée le même jour, elle était fille des défunts Claude Frichelet, de Mirecourt (Lorraine), et de Jacqueline Chatron, de Thônes ; comme par sa mère elle se trouvait être la cousine de la femme du notaire J.-J. Avet, elle avait été recueillie par celui-ci, et la population de Thônes ne la connaissait généralement que sous le nom de MARGUERITE AVET.


A Thônes, le 4 mai 1793, on résolut de fermer les abords de la montagne et d'empêcher ainsi les armées républicaines d'arriver.

Le dimanche qui suivit, on chassa les autorités, on arbora la croix blanche sur tous les clochers, on acclama le général en chef M. le chevalier Gallez de Saint-Pierre, ancien officier du Genevois. On plaça des sentinelles aux Clefs, à Manigod, à Serraval ; on surveilla la vallée de Faverges, pour empêcher les républicains d'arriver à Annecy.

Parmi les défenseurs de Thônes, se faisait remarquer MARGUERITE FRICHELET ... Elle avait alors 37 ans. Son éducation avait été particulièrement soignée, et sa physionomie était des plus agréables ; elle avait passé plusieurs années chez le marquis de Préaux, à Angers ; ensuite, chez M. le baron Foncet, à Chambéry, et lorsqu'ils partirent pour l'émigration, elle revint à Thônes, au commencement de 1793 ; elle était une ennemie déclarée de la Révolution. Elle s'était mise à confectionner des dentelles et, en même temps, elle défendait la religion et le roi.  

Lorsque cette guerre de Thônes arriva, elle parcourait les contrées, appelait les habitants à la résistance, et lorsque le mouvement insurrectionnel arriva, elle était partout à la fois. Elle s'habillait en homme, sonnait le tocsin, faisait la patrouille. Elle fut en ce moment l'âme de cette petite armée.

Dans la nuit du 7 mai 1793, une troupe de gardes nationaux d'Annecy et de volontaires de l'Isère arriva au pont Saint-Clair. Ce fut là que se rencontrèrent la troupe de la Révolution et ceux qui combattaient pour leur ancien roi ; ces derniers eurent trois hommes tués et neuf furent emmenés prisonniers.

Mais les royalistes tenaient bon, et devant cette résistance, les républicains eurent de nouveau recours à Annecy ; ils appelèrent des soldats.

La nuit du 9 au 10 fut terrible pour les habitants de Thônes ; les munitions étaient presque épuisées ; les canons en bois avaient éclaté ; le désordre se mit dans les rangs, quelques-uns se débandèrent. Marguerite était là, les encourageant, essayant de ranimer leurs forces.

Les armées républicaines arrivaient plus nombreuses, leurs feux étaient vifs et soutenus, ils franchirent le Fier, et dès lors ce fut un sauve-qui-peut général.

A 5 heures, le 10 mai 1793, les armées républicaines entrèrent à Thônes.

Tous les habitants s'étaient enfuis ; seule était restée MARGUERITE FRICHELET. On la fit prisonnière, elle n'essaya pas même de résister. P. Durod, le procureur de la commune, était resté chez lui ; il fut aussi arrêté.

Ce Durod eut une attitude héroïque devant le conseil de guerre. Il fut fusillé et sa tête promenée au bout d'une pique.

Un perruquier qui revint le jour suivant eut le même sort.

MARGUERITE FRICHELET fut transférée à Annecy, et le 17 mai, dans une des salles de l'évêché, elle fut amenée et jugée devant un tribunal criminel. Quatre témoins de Thônes déposèrent contre elle. Elle ne se rétracta pas et fit des aveux complets avec une telle assurance que les juges en furent dans l'admiration. Néanmoins, elle fut condamnée à la peine de mort pour avoir soulevé et aidé les habitants de Thônes dans leur révolte, avoir concouru à provoquer l'attroupement, avoir sonné le tocsin, s'être habillée en homme et avoir été prise un fusil à la main.

Tous ses biens furent confisqués et saisis.

Le 18 mai 1793, vers midi, les portes de la prison de l'Isle furent ouvertes à deux battants. La troupe était rangée sur deux rangs, un silence lugubre se fit.

MARGUERITE FRICHELET parut, vêtue de noir, les mains attachées derrière le dos ... on la conduisait au supplice. Elle marcha entre les soldats la tête levée ; de chaque côté une affluence immense de spectateurs accourut pour la voir passer. La condamnée marchait avec calme.

Arrivée au Paquier, elle s'agenouilla cria : Vive la religion ! vive le roi ! Un roulement de tambours se fit entendre ... feu ... et MARGUERITE fut renversée et criblée par les balles ; elle ferma les yeux, prononça le nom de Jésus et passa dans l'éternité.

Journal L'Univers - 5 octobre 1891

Mémoires & documents publiés par l'Académie salésienne - 1926 (T44) - p. 266

[Pas de registres, ni pour sa naissance, ni pour son décès]