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EXPULSION DES CHANOINES DE SAINT-JEAN DE LATRAN


1880 - Un millier de paysans vendéens se trouvaient à l'abbaye de Notre-Dame de Beauchêne (Deux-Sèvres), lorsque l'attaque des portes a commencé. Le bruit des maillets, qui a duré une heure et demie, a été couvert par les cris de : Vive la religion ! vive Notre-Dame de Beauchêne ! vivent les Pères ! A bas les crocheteurs et les sacrilèges ! Chaque Père était acclamé à sa sortie, et comme porté en triomphe.

Cinq cents femmes remplissaient le sanctuaire plusieurs fois séculaire de Notre-Dame ; il a fallu les expulser. Pendant l'opération, la foule, les bras en croix, chantait le Parce, Domine, et le cantique : Pitié, mon Dieu ! C'était un spectacle des plus émouvants, et l'on a vu des larmes couler des yeux de plusieurs gendarmes.

Une dépêche de Cerisay annonce que dimanche 7 novembre une manifestation de 3.000 paysans vendéens a eu lieu. La foule a ouvert la porte de la chapelle et y est restée en chantant pendant une heure des airs religieux.

La Semaine religieuse du diocèse de Rouen - 13 novembre 1880

 

Le 20 octobre 1881, le sous-préfet et le commissaire de Bressuire se sont transportés à l'abbaye de Beauchêne pour poser les scellés sur les portes de la chapelle.

Le capitaine de gendarmerie, les brigades de Cerisay et de la Forêt, deux gendarmes à cheval, avaient été commandés pour prêter main-forte au sous-préfet.

Il importe de rappeler que l'opération avait été très mal faite l'année dernière : les scellés étaient tombés d'eux-mêmes, et la population revenait à la chapelle depuis le 6 novembre 1880.

Le seul religieux qui résidait à Beauchêne n'a fait aucune résistance. Un dialogue très vif a eu lieu seulement entre le vicaire et le sous-préfet. Ce magistrat, avant de monter en voiture, a dit aux gendarmes : "Messieurs, c'est à vous de veiller jour et nuit sur les scellés ; je les mets sous votre garde."

Pauvres soldats, veillez donc, puisque telle est votre consigne !

La semaine religieuse du diocèse de Rouen - 29 octobre 1881