TERVES
LÉGENDE OU HISTOIRE VRAIE ? ...

Terves église z


Une très vieille tradition orale, assez généralement répandue dans la paroisse, rapporte qu'un Seigneur de Terves aurait tué le curé, un dimanche à l'autel, sous prétexte que ce pasteur, à son avis trop ponctuel, s'était permis de commencer la messe paroissiale avant que le Seigneur ne soit arrivé et n'ait pris place, lui-même, dans l'église.

La tradition ajoute que le Seigneur meurtrier fut déféré en justice, jugé et condamné par ordre du roi à être expulsé du pays, son château rasé, détruit de fond en comble, et l'emplacement déclaré "maudit" fut, en signe de malédiction, recouvert de sel.

Cette tradition ne donne aucune date de ce prétendu meurtre sacrilège ; par ailleurs, nos recherches à la Bibliothèque Nationale ou aux archives départementales et diocésaines de Poitiers, Niort et la Rochelle sont restées vaines.

Il semble, d'autre part, que la même tradition orale subsiste chez les descendants de la famille de Terves ; nous l'avons entendu de l'un d'eux sans avoir pu obtenir plus de précision. Par ailleurs, un prêtre originaire de la paroisse s'est vu lui-même interpellé très courtoisement, en 1922, par une certaine dame "de Terves" dont le mari a été attaché d'ambassade à Saint-Pétersbourg, en ces termes : "ne craignez pas, M. l'abbé, dans la famille, on ne tue plus les prêtres ! ...

Une autre pièce, écrite celle-là, à verser au dossier de cette affaire (peut-être pèse-t-elle du poids le plus lourd en faveur de la véracité du fait) nous paraît être la description que l'historiographe Auber donne de l'ancienne église de Terves : "à l'un des petits autels se trouve un tableau qui rappelle une expiation imposée à l'un des Seigneurs du lieu, dont le curé était devenu la victime, pendant les guerres de religion".

Or, ce tableau est demeuré suspendu dans le couloir du presbytère jusqu'aux environs de 1950 ; les couleurs étaient usées, mais on distinguait parfaitement un prêtre, revêtu de la chasuble, à l'autel. Comment ce tableau est-il passé de l'église à la cure ? là encore, nous n'avons aucun document et le champ reste ouvert à toutes hypothèses ; mais il n'est pas téméraire de penser que ce transfert eut lieu au moment de la démolition de la vieille église en 1871. Trouvant difficilement sa place ensuite dans la nouvelle, qui s'élèvera quelques années plus tard, il aurait été transporté et conservé au presbytère.

Cependant, le point d'interrogation demeure entier.

Comment imaginer, en effet, que ce meurtre et le châtiment qui en a résulté n'aient laissé aucune trace dans les actes officiels et les jugements de la Baronnie de Bressuire ou la Sénéchaussée de Poitiers, alors que pour la même époque, le nom des "de Terves" y revient si souvent, à l'occasion de règlements de comptes de bien moindre importance ?

Encore une énigme qui ne sera pas, de si tôt éclaircie.


Extrait : Terves - Huit siècles d'histoire - chanoine H. Verger - 1971