ROCHECHOUART

ROCHECHOUART CH z


Au mois de décembre 1794, quelque tapage populaire eût lieu à Rochechouart, à l'occasion de la cherté des grains et de la rareté du pain. Peut-être même le tapage ne fût-il que de simples murmures, si l'on en croit la pièce officielle qui relate l'incident. Les généreux habitants du château, les prêtres pieux et charitables n'étaient plus là pour secourir la misère du pauvre peuple.

Six personnes furent arrêtées et envoyées dans les prisons de Limoges, deux hommes et quatre femmes : les citoyens Auzary et Rivet, les citoyennes Morfet, Auzary, la veuve Gervais et la fille Félonne.

Il ne paraît pas que ces six détenus aient comparu devant un tribunal : ils furent emprisonnés sans jugement, malgré l'abolition des lettres de cachet.

Mais, la municipalité de Rochechouart n'était pas très méchante ; elle avait été sévère au premier moment, parce qu'elle avait eu peur. Lorsque la peur fût passée, elle demanda l'élargissement des prisonniers, le 20 pluviôse an III (février 1795). L'accusateur public près le tribunal criminel du département de la Haute-Vienne, appuya la demande de la Municipalité, disant que, "d'après la vue des pièces, les prévenus n'ont causé aucun trouble alarmant, et se sont bornés à murmurer de la cherté des grains et de la rareté du pain".

Deux mois d'incarcération pour de simples murmures, cela semble beaucoup, mais, sous ce premier essai de République, que de murmures ont coûté plus cher encore : M. de Lavergne, le châtelain du Puy de Cussac, paya les siens de sa tête.

Le représentant du peuple Clédel rendit la liberté à ces six malheureux, par un arrêté daté de Guéret :

"Considérant, disait-il, que ces murmures et ces plaintes n'ont vu aucun effet funeste, qu'une détention de plus de deux mois doit avoir servi de peine suffisante pour l'expiation de la faute commise par les détenus, et que cette leçon devra servir d'exemple à tous ceux qui voudront les imiter ;

Considérant qu'au nombre des détenus se trouvent des mères de famille en bas âge, sans expérience et indigentes, voulant user d'indulgence envers des individus que n'ont eu qu'un moment d'erreur,

Arrête que les détenus seront mis en liberté.

A Guéret, le 3 ventôse an III." (21 février 1795)"

Extrait : La Petite Vendée dans la Région de Rochechouart ... par E. Rayet - 1929