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Étansannes (Étangsannes ou Estansannes), est un château de la commune de Saint-Chabrais. Son nom est connu depuis le XIIe siècle par le cartulaire de Blessac qui cite alors Geraldus de Lastensenas.


Au XIIIe siècle, le fief semble appartenir à une famille Ayraud, dont un membre obtient en 1301 l'autorisation de construire une chapelle "apud Lestensenas".

Au XIVe siècle, il passe à la famille Potet, dont certains membres se disent seigneurs de Chénérailles ; de 1357 à 1400, le "dominus d'Estançaniez, est Jehan Potet, dont la fille Dauphine, en 1424, porte le fief en dot à Guy de Montagnac, chevalier, fils de Jean de Montagnac, baron de l'Arfeuillère, d'une antique maison limousine connue depuis le Xe siècle. Leur fils Jean de Montagnac, baron d'Estansannes, né en 1444, épouse en 1470 Blanche Le Loup de Beauvais et se présente la même année au ban de Guéret. En 1499, le fief appartenait à leur fils François. Leur petit-fils Anthoine, qui avait épousé, en 1491, Marguerite de Malleret, fut le fidèle compagnon de son suzerain direct, le comte de La Marche d'alors, le fameux connétable de Bourbon, dont il favorisa la fuite après sa trahison en 1524, et qu'il suivit en Italie où il fut fait gouverneur de Milan. Ses biens furent confisqués, puis rendus à sa famille. Son fils, Charles, eut de son mariage avec Marguerite de Durat, une fille, également nommée Marguerite, qui porta en dot les biens, les armes et même le nom des Montagnac à Jacques Maidon, seigneur de Bord, dont la mère était une La Roche-Aymon de la branche de Saint-Maixant.

Leur fils Gabriel, baron de Montagnac d'Etansannes, épousa en 1603 Olympe du Four ; il en eut Geoffroy, marié en 1640 à Renée Le Bigot de Gastine, et père de Nicolas qui fut conseiller au Parlement de Paris. Au décès de ce dernier vers 1700, fut fait un inventaire qui nous apprend qu'il y avait à Etansannes, 18 chaises couvertes d'Aubusson, une tenture de 7 panneaux de tapisserie des Flandres aux armes des Montagnac, une deuxième de 6 panneaux d'Aubusson, et une troisième composée de quatre panneaux antiques à personnages.

A Gabriel succédèrent son fils Silvain, puis son petit-fils Gabriel-Nicolas, comte d'Etansannes, lieutenant général, gouverneur du Berry, marié en 1743 à Charlotte de Gaucourt. Il en eut trois enfants, Charles, capitaine en 1779, mort en émigration ; le comte Edme-Henri, premier page de la reine, et souche de la branche de Montagnac de Cluis, et Alberte, mariée en 1770 au marquis de Lestrange.

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Les Montaignac portaient : de sable au sautoir d'argent accompagné de 4 étoiles du même (on indique généralement des molettes ; tous les écus d'Etansannes portent des étoiles). Devise : Pro fide et Patriâ. Cette maison, dont le nom s'écrit aussi Montagnac, se rencontre dans les anciens actes sous ces différentes formes de Montiniaco, de Montaniaco, de Montenliaco (XIIe siècle). Et plus tard : de Montaignat, de Montagnat et de Montaniat, est de la plus ancienne noblesse du Limousin et de la Marche. - Elle tire son nom de la seigneurie de Montaignac, paroisse de Saint-Hyppolite, diocèse de Limoges, et a possédé plus de vingt autres fiefs considérables, la plupart titrés. Elle ne s'est pas moins distinguée par ses services militaires que par ses alliances avec la plus pure noblesse du royaume, alliances parmi lesquelles elle en compte plusieurs avec la maison royale de France.

 

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Des renseignements historiques ci-dessus il résulte que, dès le XIIe siècle, un château féodal devait exister à Étansannes. De cette première forteresse, il subsiste un vestige important, la grosse tour carrée qui fait l'extrémité ouest de l'édifice actuel : son type qui pour les tours de défense semble avoir été abandonné dans nos régions depuis Philippe-Auguste, son mode de construction, en simple blocage avec angles largement appareillés et sans empattement, ses cheminées simples à linteau appareillé en arc surbaissé donnent à penser qu'il s'agit là d'un donjon roman de la fin du XIIe siècle, du même type que celui de Lavaufranche. Par contre, la grosse tour ronde de l'Est, avec son bel appareil moyen et régulier, sa salle basse voûtée en coupole surbaissée, son sixième étage construit pour être couvert d'une terrasse reposant sur une voûte d'ogives à pénétrations directes dans des colonnettes d'angles polygonales, fut certainement construite d'un seul jet au XVe siècle. Le corps de logis a subi tant de modifications qu'il est bien difficile de le dater ; cependant je crois que, dans son ensemble, il remonte au XVe siècle avec conservation de quelques pans de murs plus anciens.

Dans les combles, des traces sur la tour carrée indiquent que le toit était primitivement plus bas, c'est-à-dire que l'étage supérieur du corps de logis est une addition que l'aspect des fenêtres des combles permet de dater des environs de 1500. Quant à la tour d'escalier, elle présente des traces de canonnières perfectionnées qui interdisent de la faire remonter plus haut que les premières années du XVIe siècle.

Actuellement (1938), le château proprement dit consiste en un corps de logis long de 25 m et large de 8 m, murs compris, flanqué d'une tour carrée de 7 m. de côté à l'Ouest, d'une tour ronde de 8 m. de diamètre à l'Est et d'une tour d'escalier également ronde, au milieu de la façade sud. L'épaisseur des murs, très grande au rez-de-chaussée (1 m. 60 dans la grosse tour ronde), diminue à chaque étage et n'est plus que de 1 m. au 5e étage de la tour carrée. Le plan était le même pour le rez-de-chaussée, les deux étages et les combles ; deux grandes salles ouvrant directement dans la tour d'escalier, et donnant chacune dans une petite pièce logée dans une des grosses tours.

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La tour d'escalier ouvre à l'extérieur par une porte classique dont le linteau est surmonté des armoiries des Montagnac, soutenues par deux lions et couronnées d'un casque de trois quarts avec panache pour cimier. Au-dessous se lit : 1637. C'est la date d'une importante transformation qui, pour rendre le château plus confortable, en divisa les grandes salles par des cloisons, perça de nombreuses fenêtres sans style, remplaça les monumentales cheminées à hotte par de petites, etc.

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Vers 1908, d'importantes réparations détruisirent encore des vestiges du passé et munirent les fenêtres de persiennes extérieures. Il n'y a plus à noter à l'intérieur que quelques cheminées à hotte dans les combles et les salles de l'Ouest, les ogives de l'étage supérieur de la tour ronde, d'assez curieux plafonds peints au premier et second étages de la même tour, et dans un petit appentis où une pièce dite "l'oratoire" a son plafond décoré d'un motif représentant Vénus et Cupidon (1). Une seule fenêtre, au 5e étage de la tour carrée, a gardé son siège d'embrasure.

Celles des combles ont conservé leurs linteaux moulurés et leurs piédroits à colonnettes ; ces fenêtres divisent curieusement ce qui aurait dû être un chemin de ronde continu sur machicoulis, en une série de bretèches.

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La charpente, à fermettes ou chevrons formant fermes, avec jambettes et aisseliers droits, a été renforcée en 1908 par addition de fermes du modèle habituel ; celle des tours est de type ancien et d'une curieuse complexité.

Une seule cave subsiste, située sous la tour carrée et creusée dans le roc qui forme ses parois ; elle est couverte d'une voûte de blocage en berceau plein cintre.

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Un petit étang, formant douves, entoure les côtés nord et est du château ; trois bassins carrés en pierre de taille y sont ménagés pour l'élevage du poisson.

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Les dépendances sont importantes. Devant la façade sud du château, de belles écuries avaient leurs angles extérieurs protégés par des échauguettes quadrangulaires curieusement montées sur trompes : il n'en reste qu'une.

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Au sud de ces écuries, d'importants bâtiments entourant une vaste cour étaient destinés à loger le personnel, le matériel et le bétail de la réserve. Des portails classiques armoriés ouvraient dans la cour du château, dans celle de la réserve et dans un grand pré situé au-delà des douves et de la route, au Nord du château. Toutes ces dépendances datent de la grande restauration du XVIIe siècle et sont très soignées. Le tout forme un ensemble parfait.

Dr G. JANICAUD
Mémoires de la Société des Sciences naturelles et archéologiques de la Creuse - tome vingt-septième - 1938

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 http://chateauetangsannes.wixsite.com/etangsannes-fr

(1) A noter que l'on peut retrouver des plafonds peints, tels ceux d'Étangsannes, au château de Puymartin situe sur la commune de Sarlat-la-Canéda, dans le lieu-dit Marquay.

La Maraîchine Normande et "Le Loup" du blog Chemins-Secrets remercient vivement les propriétaires du Château d'Étangsannes pour leur accueil, leur disponibilité et leur gentillesse ; la visite du château fut agréable et vraiment passionnante. A faire ou à refaire !