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Née à Sainte-Colombe, le 1er mars 1773, Françoise Jamin, appartenait à une famille aisée de tanneurs qui fournit de nombreux prêtres et religieuses au XVIIème siècle et s'établit dans la "Boeufferie" dans la première moitié du XVIIIème, "à deux pas de la demeure des Carmes qui mire ses murailles vieillies dans les eaux limpides du Loir ; à deux pas encore d'un autre bras du Loir, aux eaux bourbeuses et remplies d'herbes hautes". Son père, Marie-Joseph, avait épousé en 1770, la fille d'un riche notaire du Lude.

 

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La petite Françoise vint au monde dans les plus mauvaises conditions. Son corps chétif ne pesant qu'une livre et demie dut être réchauffé dans un bassin d'eau-de-vie tiède, mais, écrit Montzey, "Celui qui la destinait à opérer et à préparer tant de bien fortifia sa santé".

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Son enfance abonde en traits édifiants. Après quelques années de pieuse éducation au couvent de la Visitation, une de ses tantes l'appela près d'elle à Tours en vue de lui donner le goût des distractions mondaines. Ce fut en vain. Françoise préféra rentrer à Sainte-Colombe et se mettre à la disposition de M. Chapeau, prieur-curé de la paroisse, qui, en 1791, fut au nombre des ecclésiastiques angevins arrêtés et "expira dans le port de Nantes après deux mois d'une agonie ininterrompue". Le martyr de ce prêtre octogénaire qu'elle affectionnait tout particulièrement affirma sa vocation. Elle se fit initier aux rudiments de l'art médical par le chirurgien Boucher que, pendant sept années, elle rencontra journellement au chevet des malades.

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Cette période de son existence correspond aux plus terribles années de la tourmente révolutionnaire et nous ne pourrions citer tous les actes de dévouement et de courage qu'elle accomplit dans le district de La Flèche, malgré sa complexion délicate et souvent au péril de sa vie : secours clandestins à des Vendéens traqués, ingénieux stratagèmes pour soustraire aux recherches les prêtres réfractaires (il y en eut jusqu'à treize à la table de Madame Jamin, dont la demeure fut souvent l'objet des perquisitions de la police républicaine). "Rien ne l'arrêtait, ni les poursuites, ni les rigueurs de l'hiver : le pauvre, le malade, le blessé la trouvait toujours auprès de lui au moment où tout l'abandonnait" (Montzey). "La maison de Mlle Jamin était le siège de la paroisse" (abbé Muset).

Le 7 décembre 1793, lorsque les Vendéens, stoppés par la destruction du pont des Carmes, durent livrer un combat opiniâtre aux Républicains dans la Beufferie, Françoise et les siens gagnèrent en bateau des lieux plus sûrs. Mais la future fondatrice rentra la première au logis. Elle y trouva - ce qui indique l'importance des bâtiments - un général, son état-major et près de quatre cents hommes. Cette jeune fille de vingt ans sut tenir tête aux insurgés et multiplia les actes de vaillance, s'adonnant tellement aux blessé qu'elle "laissa voir à découvert la noblesse de ses sentiments et de sa charité".

Quand le 18 brumaire vit luire l'aurore de la paix civile, Françoise Jamin se trouva plus résolue que jamais à consacrer le reste de ses jours aux déshérités. Elle se constitua novice aux Incurables de Baugé. Rappelée au bout de deux années près de sa mère infirme dont elle était le seul soutien, elle revint une nouvelle fois à la Beufferie, résignée, sans toutefois renoncer à ses desseins.

Ceux-ci commencèrent à prendre forme en 1802, Pierre de la Roche, l'ancien curé de Mézeray, qui avait subi dix années de déportation en Espagne, prit possession de la cure de Saint-Thomas ...

Ayant tout d'abord uni leurs efforts pour le rétablissement des Hospitalières, entre Françoise Jamin et l'abbé de la Roche se créèrent des liens spirituels qui durèrent autant que la vie du vénérable prêtre, mort en odeur de sainteté dans sa quatre-vingt-dixième année en 1832. Sur ses conseils, la Mère Jamin "établit les premières assises de son oeuvre de miséricorde".

Assises aux débuts bien modestes : accueil dans sa maison de la Beufferie - son père était mort en 1794 - de femmes âgées ou infirmes, visites à des filles perverties qu'elle accueille dans une salle située au fond de sa cour, soins à domicile à des indigents et à des contagieux, ensevelissement des morts. Puis, encouragée par les autorités locales et soutenue par quelques bienfaiteurs, elle organise en 1806 des salles d'asile dans sa demeure agrandie, fait bâtir en 1807, à la place de la buanderie, une chapelle bénite en 1809 par M. de la Roche pour remplacer l'oratoire de son logis devenu trop étroit, et recrute des auxiliaires.

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Jusqu'à sa mort, Françoise Jamin ne cessera jamais d'acheter et de construire. Les archives de la Providence mentionnent en 1834 et 1836 l'acquisition de maisons qui seront démolies pour édifier le grand bâtiment situé entre la rue et la cour Saint-Joseph. En 1838 furent réunis plusieurs immeubles faisant suite à celui de la fondatrice, entre la rue et la cour du sacré-Coeur. Dans le même temps on achetait des maisons sur le Bourdigal et des jardins "complétant l'enclos du côté du pont de la Boierie" et on construisait un vaste bâtiment de servitudes.

Nous savons peu de choses sur les premières collaboratrices de la Mère Jamin, car les archives sont rares et beaucoup de recrues semblent avoir été découragées par les difficultés et la pauvreté de la communauté ...

"Notre association, écrira-t-elle, n'appartient et ne tient à aucune autre : les membres qui la composent ont pris le nom de Soeurs du Coeur de Marie ; et ma maison où nous exerçons ces fonctions a été nommée par le public : la Providence".

Mais avant de voir son oeuvre reconnue comme Congrégation hospitalière et enseignante (depuis 1905 elle n'est plus qu'hospitalière, les 155 élèves des classes ouvrant place du Bourdigal ayant été transférées à Guéroncin), que d'épreuves la Révérende Mère allait avoir à traverser !

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Le premier Règlement du nouvel Institut, établi provisoirement par le Père de la Roche, avait été approuvé par les municipalités de La Flèche et de Sainte-Colombe, l'évêque et le ministre des Cultes en 1810. Les difficultés ne faisaient cependant que commencer. Faute d'argent, l'oeuvre de Françoise Jamin sera même un moment suspendue ... Les 85 personnes occupant la maison à cette époque, une dizaine réglaient pension ! Les factures étaient souvent payées par la "Bonne Mère" qui dissipait son patrimoine. "La calomnie, les créanciers lui firent boire le calice jusqu'à la lie" (Montzey). De 1812 à 1818, elle dut défendre sa fondation au prix de renoncements et de privations de toutes natures auxquels vinrent s'ajouter la défection de plusieurs compagnes et une révolte intérieure qui l'obligea pour un temps à s'éloigner de Sainte-Colombe.

Les adversaires conjurées, ce sera seulement en 1828, c'est-à-dire vingt-deux ans après les premières démarches - la prudence, cette vertu cardinale, a toujours guidé l'autorité ecclésiastique - qu'une ordonnance du Mans permettra à treize religieuses du nouvel Institut d'émettre des voeux au cours d'une cérémonie solennelle présidée le 16 octobre par M. de la Roche à l'église Saint-Thomas en raison de l'exiguïté de la chapelle de la communauté.

Après tant d'années de tourments, d'amertumes et de sacrifices où elle se vit plus d'une fois sur le point d'abandonner son oeuvre mais ne céda jamais, la R. Mère Jamin s'éteignit le 17 novembre 1840, à l'âge de 67 ans, ayant épuisé au service des pauvres les ressources de sa charité et de sa santé.

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Son humilité n'aurait pu lui permettre d'imaginer que 600 religieuses, 12 supérieures allaient lui succéder, ses bâtiments s'agrandir encore et faire reculer les murs de la clôture, deux maisons-soeurs se fonder à Vendôme (1846) et à Mayenne (1865).

Deux beaux portraits à l'huile, exécutés après sa mort, sont conservés pieusement par les soeurs de la Providence, l'un dans leur salle commune, l'autre, copie du premier, dans leur réfectoire.

Françoise Jamin a été inhumée dans la chapelle de sa communauté (1). Aux yeux des Fléchois, celle-ci n'a jamais cessé ... de justifier son nom de "Providence" ...

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(1) Un musée, qui retrace la vie de Françoise Jamin, fondatrice de l'Institut des filles du Saint-cœur de Marie au 19e siècle, est situé dans une partie de la maison de retraite de la Providence et permet au visiteur de découvrir aussi, une charmante chapelle.

Extrait : La Flèche extra-muros - Pierre Schilte - 1981

AD72 - Registres paroissiaux et d'état-civil de Sainte-Colombe