La Commission militaire, à peine arrivée aux Ponts-de-Cé, s'employa à sa féroce et horrible besogne. Dès le lundi 11 frimaire an II (1er décembre 1793), disent les pièces déposées au greffe de la Cour d'Angers, ou le mardi 12, selon la municipalité Pont-de-Céiaise, elle rendit cinq jugements.

 

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PREMIER ET DEUXIÈME JUGEMENTS

Le premier condamnait à la guillotine quatre prêtres, et le second, cinq Vendéens qui furent exécutés de suitte (sic), plus deux autres dont l'exécution fut retardée. Cet odieux instrument fut dressé sur la place du Château, ou de la Communauté, dite alors "de la Liberté".

Suppléant à l'impitoyable sécheresse des documents officiels, la tradition nous a conservé sur le supplice et la sépulture de ces neuf victimes les détails suivants :

Pendant le jugement ou en attendant leur exécution, deux de ces ecclésiastiques paraissaient si exténués de privations et si grelottants de froid que le citoyen Lemonnier dont la porte s'ouvrait en face de la guillotine en fut ému de compassion et leur offrit un peu de vin pour réchauffer leurs membres et soutenir leurs forces défaillantes. Ce trait d'humanité excita la fureur des bourreaux : ils menacèrent Lemonnier de le guillotiner avec ces calotins en termes si violents qu'il dut au plus vite rentrer dans sa maison (récit de son petit-fils). Les corps des neuf victimes furent ensevelis à l'extrémité de cette partie de l'enclos de la Communauté qui avance sur la place ...

Voici leurs noms, dont la liste authentique est déposée au Greffe d'Angers :

CLAUDE MÉNARD, âgé de 56 ans, prêtre non assermenté, ci-devant curé de Bourneseaux, district de Poitiers ;

RENÉ-PIERRE BELLIER, âgé de 36 ans, prêtre non assermenté et vicaire de la commune du Pin-en-Mauges, district de Saint-Florent ;

PIERRE PICHERIT, âgé de 43 ans, prêtre non assermenté, de la commune de Chanzeaux, district de Vihiers ;

ANTOINE-JACQUES PINEL, âgé de 43 ans, prêtre non assermenté, du district de Nantes ;

NICOLAS LAMARRE, marchand de drogues, à Beaulieu ;

PIERRE-MARC JOURDAN, ci-devant noble ;

LOUIS BURGEVIN, laboureur à Vauchrétien ;

ANDRÉ ROCHEPAULT, jardinier à Rablay ;

JACQUES VIELLE, dit Laporte, administrateur du district de Segré.


TROISIÈME JUGEMENT

Libération et détention provisoire d'enfants - Le 3e jugement, rendu par la Commission en ce jour fameux rendait à la liberté 45 enfants des deux sexes, de 9 à 17 ans : mais, "pour les sauver des flots de la guerre" (procès-verbal de la municipalité), ils devaient être détenus jusqu'à la paix. La Commission les emmena à Saumur sans que je sache ce qu'ils sont ensuite devenus.


QUATRIÈME ET CINQUIÈME JUGEMENTS

Premières fusillades - Le 4e et le 5e rendus, d'après le procès-verbal de la municipalité, dans la nuit du 12 au 13 frimaire (2 à 3 décembre), inaugurèrent le régime des Fusillades.

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Le 4e y condamna 75 militaires, déserteurs vrais ou faux, qui furent fusillés au point du jour sur les rochers d'Érigné et dont trois s'échappèrent.

 

Hte Perche

 

Le 5e [12 frimaire] comprenait 124 suspects que l'on fusilla [le lendemain] en présence de la Commission sur la commune de Saint-Melaine, près la route de Brissac, village de Haute-Perche, dit la municipalité, ou sur le territoire de la commune de Juigné-sur-Loire, dit la Revue d'Anjou, ce qui est tout un, vu la proximité des lieux. - On montre encore, au-dessous et au-dessus de Haute-Perche, les lieux où s'exécuta le carnage. Le plus haut comprend l'extrémité d'un petit bois, la largeur d'un chemin récent et un champ autrefois contigu à ce bois, et le tout s'appelle le champ des morts [ou la pièce des morts]. Celui d'en dessous, plus proche de la route de Juigné, est formé par une dépression marquée de terrain, dans laquelle il y a deux ans (1899), on a encore, en labourant, ramené au jour des ossements humains.

La Commission militaire resta aux Ponts-de-Cé jusqu'au 13 frimaire (3 décembre) (proc-verb. de la municipalité), et se rendit à Doué où le 16 (6 décembre), elle reprit ses fonctions.

 

PIÈCE JUSTIFICATIVE :

Rapport de la Municipalité de Saint-Aubin des Ponts-de-Cé à la Société des Défenseurs des Droits de l'Homme à Angers.

"Aujourdhüy Trente Vendémiaire Lan trois de la République française Une et indivisible.

Le Conseil Général (à cause de l'union des deux communes de Saint-Aubin et de Saint-Maurille) de la Commune du Pont-Libre (Aliasse pont de Cez) District d'Angers département de Maine-et-Loire assemblée aux lieu ordinaire de ses séances à l'effet de répondre à l'invitation faite par une circulaire de la Société des Deffenseurs des droits de l'homme séante à Angers du 14 Vendémiaire et à nous parvenu le 17 Vendémiaire tendante à donner des renseignements sur les fusillades et noyades et autres seines d'horreur dont notre territoire a esté le théâtre.

En conséquence, chaque membre du Conseil susdit a observé n'avoir été témoint oculaire de ces seines d'horreurs mais qu'il allait déclarer en homme probe, ce qu'il seavait d'y relatif dont suit le résumé :

Le 10 frimaire dernier (30 novembre 1793), la Commission militaire d'Angers est arrivée aux Pont-Libre et avait à sa suite environ 1500 personnes des deux sextes y compris les enfants. Le 12 dudit elle s'est occupée à juger onze hommes dont neuf ont été exécuté de suitte. Ledit jour, elle s'occupa de mettre en liberté 50 enfants des deux sexte de lage depuis douze ans jusqu'à 17 que cependant elle emmena le tout à Saumur pour les sauver des flots de la guerre dans la nuit la susdite Commission soccupa de choisir parmy les prisonniers environ 75, les dits déserteurs de la légion Germanique et autres corps qui furent fusillés sur les rochers d'Érigné au point du jour et dont trois se sauvèrent.

Dans la même nuit elle s'occupa pareillement de faire choix de 120 prisonniers de différentes communes, qui furent fusillés sur les huit heures du matin sur la commune de St-Melaine près la route de Brissac, village d'Haute-Perche pour lors le 13 du dit la Commission partit le matin avec tous les prisonniers se rendant à Douèé.

D'après laffaire du Mans suitte du siège d'Angers quantité de brigand s'étant rendu à Angers il en fut conduit par différent détachement un nombre d'environ 1500 lesquels étaient escortés par des troupes et conduits sur la Prée Ste-Gemme et sur le champ fusillée et jettée à leau sans que nous ayons scue par quels ordres ils estaient envoyés en outre observons qu'il fut dépouillée environ une trentaine de ses brigand par différent soldat qui nous sont inconnus.

De plus une trentaine d'autres a plusieurs fois qui ont esté s'abrée fusillée et jettée à leau nuitamment sans que nous ayons eus connaissance par quel ordre ont les faisait périr scachant seullement que le Général Moulin Deffunt commandait en chef la Place du Pont-Libre séance tenante les jours mois et ans que de l'autre part.

RONTARD, municipal ; GATINE, m.p.l. ; POICTEVIN, agent ; BREYER, secrétaire.

Le premier Brumaire avons écrit à la Société des Droits de l'homme et avons joint dans la lettre extrait de la Délibération cy-dessus. Les jours mois et ans que dessus.

GATINE, m.p.l. ; POICTEVIN, agent ; RONTARD, municipal ; BREYER, secrétaire."

 

Histoire des Ponts-de-Cé - par l'abbé A. Bretaudeau - 1930

La justice révolutionnaire à Paris et dans les départements, août 1792-prairial an III - Ch. Berriat Saint-Prix - 1870