LE DOUSSAY

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L'un des plus anciens et des plus importants domaines du pays fléchois. Ayant atteint 700 hectares au milieu du XIXe siècle, il en contenait 433 en 1932 ... Son histoire est étroitement liée à celle de La Flèche.

Il existe dans le chartrier du Doussay deux liasses de titres des XIVe et XVe siècles concernant Vaubernier, ferme dépendant du domaine, mais le plus ancien document mentionnant ces terres est daté du 13 juillet 1623. Pourvu d'un lourd sceau de cire fleurdelisé, c'est un jugement faisant "defance" au métayer "du lieu de Ballançon" de faire passer ses chars de boeufs sur les terres et pâtures du Doussay "à peine de dix livres damande".

Le 6 juillet 1644, un nommé Bineteau était condamné à payer vingt-neuf années d'arrérage "échus du jour feste Saint-Aubin" au sieur du "douçay" pour un lopin de terre situé "près du lieu des brosses en ladite paroisse de Sainte-Colombe".

En 1684, les affaires de René de Guillot, sieur du Doussay, sont mauvaises. Il est obligé de vendre la seigneurie à son beau-frère, Urbain de Vallière, lieutenant-colonel au régiment du Piémont, moyennant la somme de 9.400 livres. Un volumineux document donne des renseignements précieux sur le domaine, qui comprenait, avec toutes leurs dépendances, le Doussay proprement dit, la Pionnière, le Cormier, le Plessis (auquel étaient réunis les anciens lieux des Renardières et de Princesse), Vaubernier, plus les pâtures de Couë de loup et la "chapelle".

La gestion ne fut hélas ! pas meilleure. En 1697, Urbain de Vallière n'avait pas encore payé sa dette. Les "maistres des requêtes ordinaires de l'Hôtel du Roy" ordonnent la saisie. Il faut procéder à une nouvelle adjudication.

L'état du domaine était assez pitoyable si l'on en croit le procès-verbal établi en exécution d'une ordonnance du siège présidial de La Flèche qui contient un devis détaillé des énormes dépenses nécessaires pour remettre terres et logis en état.

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Vendu judiciairement, le Doussay fut acquis en décembre 1697 par Philippe-Claude de la Motte-Baracé, "lieutenant général de l'artillerie de France, résidant à Tournay en Flandres, commandant pour le Roy des Escolles de l'artillerie". Les Lamotte-Baracé ne semblent pas avoir habité le Doussay. Le 27 mai 1704, en l'absence de son mari qui guerroyait en Espagne, "dame de la Motte" louait la maison et la terre aux époux Martin moyennant 1.600 livres par an.

Le 28 janvier 1736, "Messire de La Motte-Baracé, chevalier, seigneur du Doussay et autres lieux, lieutenant de Nos Seigneurs les Maréchaux de France", reloue globalement le domaine à plusieurs fermiers pour 1.240 livres. Le bail précise que les preneurs ont seulement jouissance des greniers de la maison du Doussay et que, chaque année, ils "fourniront par chacun audit seigneur le nombre de quarante poulardes bonnes et bien conditionnées à l'endroit et ordre d'iceluy, quittes et déchargées de port pour le transport d'icelles à Paris ou ailleurs".

En possession d'une procuration de son mari, Madame de la Motte se trouvait chez Louis Lenoir, "notaire et tabellion à la flesche", le 16 mai 1743, pour vendre à "Messire Jacques de Gaultier de Launay, chevalier, ancien enseigne de vaisseau du Roy, seigneur de la terre et chastelynie de Clefs, et à dame Magdelaine de Preuilly, son épouse, demeurant au faubourg Saint-Jacques de cette ville (...) la terre noble du Doussay, avec toutes ses circonstances et dépendances (...) y compris le droit de banc dans l'église de Sainte-Colombe.

Conformément aux clauses de la "vendition" stipulant aux fermiers de quitter l'exploitation avant la Toussaint 1744, les nouveaux propriétaires habitèrent et firent valoir eux-mêmes leur domaine où ils moururent en 1766 et 1767. Lors du partage établi entre leurs deux enfants, l'aîné, Charles-Amable, héritier "noble et principal", reçut les terres et seigneurie des Clefs. A sa soeur puînée, Magdelaine-Anne de Gaultier de Launay, échut le domaine du Doussay, estimé 51.161 livres.

Mademoiselle de Launay géra le Doussay avec autorité et compétence. A l'approche de la Révolution, âgée, sans descendance, elle se décida à le vendre en viager. Un brillant ingénieur des Ponts et Chaussées au port maritime de Rouen se présenta. C'était François-Laurent Lamandé.

Le 30 novembre 1789, cet homme éminent, dix-huitième enfant d'un bourgeois de Dinan, et dame Gabrielle-Angélique Jacobsen, de Noirmoutier, son épouse, devinrent propriétaires du domaine. Cheptel, mobilier, argenterie, ornements de la chapelle faisaient partie de la vente. Les acquéreurs devaient en entrer en jouissance aussitôt après le décès de Mlle de Launay, alors âgée de soixante-dix-huit ans. Le contrat était signé moyennant une somme de 44.000 livres payées comptant, 7.681 livres pour le mobilier, plus une rente viagère annuelle de 1.500 livres qui serait réduite à 1.200 livres au décès de Mlle de Launay, et reportée sur la tête de son neveu Jacques-Amable Gaultier de Clefs.

Un "procès-verbal de visite et montrée" fut établi, document fort intéressant sur l'état des lieux, l'élevage et la culture dans nos campagnes à la fin du XVIIIe siècle.

Mlle de Launay, à demi-grabataire, vécut les années révolutionnaires au Doussay. Le domaine était géré par le citoyen Dulac, secrétaire du Directoire du district de La Flèche, homme de confiance et fondé de pouvoir de M. de Lamandé. Grâce à l'abondante correspondance de ce parfait régisseur, nous connaissons en détail la vie quotidienne au Doussay à cette époque. Mlle de Launay mourut le 1er juin 1795.

La Flèche le Doussay

S'ils agrandirent le château et améliorèrent la propriété, François-Laurent de Lamandé (1735-1819) et son fils Maudé-Corneille (1776-1837), tous deux inspecteurs généraux des Ponts et Chaussées, résidèrent peu au Doussay. Ils étaient accaparés par leurs travaux : quais du Havre (l'un de ceux-ci porte leur nom), grand pont de pierre de Rouen, ponts d'Austerlitz et d'Iéna à Paris, plus leurs innombrables publications. Maudé-Corneille entra cependant au Conseil général de la Sarthe en 1810 et fut élu député au Mans en 1826. Il donna sa démission lors des journées de juillet 1830.

Jules de Lamandé, son fils, pris personnellement la direction du domaine et s'adonna tout à la fois aux affaires publiques. On connaît sa rude bataille pour tenter d'éviter l'annexion de Sainte-Colombe à La Flèche ...

Sa fille Marie-Adèle-Alphonsine épousa le 7 juin 1870 Gilles-Louis de Maupeou, VIIe comte d'Ableiges, ingénieur du Génie maritime (1841-1925). L'un de leurs fils, Alphonse (1872-1953), officier de cavalerie, est l'aïeul de la branche fléchoise des Maupeou et de cent quinze arrière-petits-enfants ... Son petit-fils, Henri, dirigea l'exploitation de Doussay ...

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De lignes très sobres, le château comprend un corps central et deux petites ailes en léger retour d'équerre sur la façade sud datant apparemment du XVIIe siècle. Le bâtiment a été très agrandi au nord et pourvu d'une vaste rotonde au début du XIXe siècle par les Lamandé. Burbure, en 1803, cite parmi les curiosités des environs de La Flèche "les deux étangs du Doussay, situés à plus de trente mètres au-dessus du niveau de la rivière du Loir. Une source plus élevée encore fournit à leur entretien."

Plusieurs petits bâtiments disséminés dans les jardins ont été abattus au XIXe siècle. Vers 1650, une "chapelle du Doussay" avait été consacrée dans l'église Sainte-Colombe. En 1783, à la demande de Charles-Amable de Gaultier, seigneur des Clefs, et de sa soeur Magdelaine, très âgés l'un et l'autre, une chapelle fut construite face au château. Autorisée de nouveau par Mgr de la Myre, évêque du Mans, en 1822, elle sera seulement utilisée par la suite pour les cérémonies familiales et les Rogations.


Extrait - La Flèche extra-muros - Pierre Schille - 1981

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