LE COUP D'ÉTAT DU 2 DÉCEMBRE 1851 DANS LES DEUX-SÈVRES
Ses adversaires - Le plébiscite

Louis_Napoléon_Bonaparte


Louis-Napoléon Bonaparte renversa la IIe République Française par le Coup d'État du 2 décembre 1851.

Le Préfet des Deux-Sèvres adressa le même jour une proclamation aux maires du département :

"Le Préfet des Deux-Sèvres fait appel au concours de tous les bons citoyens, il compte, dans ces graves circonstances, sur leur appui pour maintenir le repos public.
Ce n'est qu'au milieu du calme que la Nation pourra faire connaître avec sincérité l'expression de sa volonté souveraine.
Habitants des Deux-Sèvres, je compte sur votre concours, vous pouvez compter sur mon activité, ma vigilance et mon énergie !
Niort, le 2 décembre à 8 heures du soir.
Le Préfet des Deux-Sèvres,
DE SAINTE-CROIX."

Un grand nombre de représentants du peuple avaient été arrêtés à Paris, parmi lesquels Rouget-Lafosse, représentant des Deux-Sèvres, député légitimiste. Il fut détenu trois jours à Vincennes. Libéré, il abandonna la vie politique.

Une opposition se manifesta à Niort, et, le 3 décembre, le maire de Niort, Henri Giraud, adressait au Préfet sa lettre de démission :

"Monsieur le Préfet,
Ma conscience ne me permettant pas de m'associer à l'exécution des mesures qui doivent être la conséquence d'un acte accompli en dehors de la Constitution, j'ai l'honneur de vous adresser ma démission de maire de la ville de Niort.
Le Maire démissionnaire,
HENRI GIRAUD."

Cette lettre est datée du 2 décembre 1851, à 9 heures du soir.

Les victimes du Coup d'État furent assez nombreuses dans le département des Deux-Sèvres, Philippe Clerc-Lasalle (qui se rallia assez vite, d'ailleurs, à l'Empire ; Joseph Maichain ; Claude Durand, l'auteur du chant révolutionnaire de 1848 ; Les Vignerons ; Rousseil, le Père de Rosélia Rousseil, plus tard une grande tragédienne. Les listes sont longues des déportés à Cayenne, des expulsés, des internés, des surveillés à domicile. C'est là la preuve que certaines consciences protestèrent hautement contre le coup de force du Prince-Président de la République.

L' "autorité" adressa aussi aux habitants de longues exhortations les invitant à approuver "l'acte solennel qui devait inaugurer une ère nouvelle pour la République" (c'étaient là les termes mêmes de Louis-Napoléon).

Les électeurs devaient approuver cet acte en votant "oui". C'était le plébiscite.

"Il ne doit plus y avoir, affirmait le Préfet des Deux-Sèvres, que deux partis ; d'un côté, ceux qui tiennent au maintien de l'ordre social par le travail, la propriété et la religion. C'est l'immense majorité du pays.

De l'autre, ceux dont l'abominable programme vient d'être réalisé sur quelques points par l'assassinat, le viol, le pillage, l'incendie ; ceux qui rêvent la destruction de la société et veulent régénérer par la mort.

... OUI, c'est la vie ! NON, c'est la mort par le suicide.

Voilà l'alternative. Choisissez !"

Voici quels furent les résultats du plébiscite pour le département des Deux-Sèvres : 74.200 OUI ; 2.855 NON.

149 communes du département avaient voté oui à l'unanimité ; 49 autres avaient voté oui à l'unanimité moins une voix ; 35 autres, oui à l'unanimité moins deux voix.

Les communes où l'on avait émis le plus de votes négatifs, c'est-à-dire celles qui étaient restées les plus fidèles à la République étaient : Niort, Parthenay, Bressuire, Champdeniers, Breloux, Cherveux, Romans, Sainte-Néomaye, Fressines, Melle, Airvault, Argenton-l'Église, Cerizay, Thouars, Saint-Martin-de-Sanzay.

Extrait : Tout un passé - G.J. Picard - 1938