RENÉ-GASTON BACO DE LA CHAPELLE
(Nantes, 28 avril 1751 - La Guadeloupe, 29 novembre 1800)

La défense de Nantes contre les Vendéens et l'énergique résistance opposée par Baco, alors maire, aux commissaires de la Convention, ont rendu son nom populaire sur les bords de la Loire nantaise.

Baco de la Chapelle portrait z

Petit-fils d'un avocat au parlement de Paris qui s'intitulait noble homme Louis Baco, sieur de la Boulais, René-Gaston naquit à Nantes (paroisse Saint-Nicolas) le 28 avril 1751 de Pierre Baco, négociant et capitaine de navires alors en voyage en mer, et d'Anne de la Ville qui appartenait à la famille de Pierre de la Ville de Chambardet, maire de Nantes en 1772. Ces détails peuvent expliquer en partie la destinée de Baco. Il puisa dans le sang du laborieux capitaine qui naviguait au moment de sa naissance, l'indomptable énergie qu'il devait montrer en 1793, et dans celui des nombreux avocats de sa famille, une grande aptitude à la parole et aux travaux du palais et de l'administration.

 

BACO ACTE BAPTEME

S'étant fait recevoir avocat au parlement de Bretagne, Baco fut d'abord substitut, puis procureur du roi au présidial de Nantes, et devint l'un des principaux promoteurs des agitations du tiers-état nantais à la fin de 1788. Voici sur ce sujet un curieux épisode que je rencontre dans les mémoires du greffier Blanchard. Le parlement de Bretagne ayant été rétabli au mois d'octobre 1788, la noblesse et les parlementaires se livrèrent à de bruyantes démonstrations. Il y eut des feux de joie sur les places publiques et de nombreux festins d'un caractère exclusif et privé. Voici comment en parle Blanchard, ennemi déclaré de la noblesse à qui il imputera plus tard tous les excès de la Révolution : je lui laisse, bien entendu, toute la responsabilité de son récit :

"Pour achever de solenniser la victoire que la noblesse et le parlement venaient de remporter sur la royauté et sur la nation, la noblesse de Nantes se donnait des fêtes particulières. Dans leurs orgies, ils imaginèrent de faire fabriquer, par un confiseur, des médailles en sucrerie qu'ils servaient sur leurs tables : on les attachait même à la boutonnière avec un petit ruban pendant le dîner. Ces médailles étaient chargées d'emblèmes de l'ordre de l'Église et de l'ordre de la Noblesse ; c'est-à-dire deux clefs en sautoir pour l'Église et deux épées pour la Noblesse. L'ordre du Tiers État y figurait aussi, mais on avait eu l'imprudence de lui donner pour emblème un Ballai, signe de la servitude.

Le sénéchal de Nantes (Bellabre), voulant se signaler comme nouveau noble, donna aussi son festin.

Baco, procureur du Roi, homme riche, mais généreux et libéral, confrère du sénéchal, regardé par la noblesse, par sa fortune et son état, comme un noble naissant qui ne devait plus être entaché de la "crasse roturière", que d'ailleurs la noblesse eût été bien aise de s'attacher par le grand crédit que sa place lui donnait dans la ville, fut invité au dîner du sénéchal où, bien entendu, il n'y avait que des nobles. Au dessert les fameuses médailles ne furent point oubliées. On en présenta une à Baco, il la prit et l'examina. Il y distingua très bien les emblèmes de la Noblesse et de l'Église, mais il ne pouvait deviner quel était le symbole qu'on avait donné au Tiers-État, sinon que cela ressemblait parfaitement à un "Ballai". L'un des convives le tira de son embarras en lui disant :

- Ne voyez-vous pas que c'est un "Ballai" ?

Alors, n'ayant plus de doute, Baco se leva brusquement de table et dit au sénéchal qu'il n'aurait jamais imaginé trouver un pareil signe de mépris pour le Tiers-État sur la table d'un homme qui avait l'honneur d'être, par sa place de sénéchal, député "né" de cet ordre aux États de Bretagne et même président "né" de ce même ordre, lorsque les États ne tenaient dans une ville du ressort de son tribunal ; et Baco se retira. Il fut suivi par deux des convives jusque sur la place de Saint-Pierre, non pour le provoquer, ils n'étaient point de force, mais pour lui expliquer que l'histoire des médailles était une plaisanterie innocente à laquelle il ne devait attacher nulle importance. Baco ne les ayant pas accueillis favorablement, ils le quittèrent.

Cette aventure, connue dans la ville, fit la sensation qu'elle devait naturellement y produire ..."

Vers cette époque, c'est-à-dire vers la fin de 1788, les chefs des corporations et quelques notables parmi les bourgeois, avaient établi, en face du conseil communal de Nantes, un comité ou conseil extraordinaire, siégeant aussi à l'Hôtel-de-Ville et portant le nom de "Commune". Baco devint l'orateur habituel de cette assemblée, et de fait, le véritable maire, car le conseil municipal officiel céda devant ce conseil rival, comme il avait cédé jadis devant les gouverneurs. Aussi ne s'étonnera-t-on pas de le voir élu, en décembre 1788, député de Nantes aux états de Bretagne ; et en avril 1789, troisième électeur-rédacteur du cahier des doléances (286 voix sur 530), puis député aux États généraux. Il avait alors trente-huit ans.

A Versailles et à Paris, son rôle fut assez effacé. Il se contenta de suivre le mouvement déterminé par les fondateurs du Club Breton et ne prit, dit-on, la parole qu'une seule fois, le 13 novembre 1790, pour accuser l'abbé Maury d'avoir causé l'émeute et le pillage de l'hôtel de Castries, dont on avait jeté les meubles par les fenêtres ; en revanche, il travailla beaucoup dans les commissions, et vivement pressé par ses électeurs de Nantes, qui accusaient l'Assemblée de ne pas marcher assez vite, il vota constamment avec la gauche.

Après la fuite de Varennes, il écrivit aux assemblées de Nantes, avec lesquelles il se tenait en communication constante, une lettre que nous a conservée Mellinet et qui ressemble à un dithyrambe pour le salut de la République.

Lettre de Baco, député à l'Assemblée nationale, à MM. les administrateurs du département de la Loire-Inférieure. Paris, 22 juin 1791.

"Messieurs et chers concitoyens :
Le courrier que nous vous avons envoyé hier matin, vous aura instruit de la fuite du Roi. L'effet qui en est résulté n'est pas celui qu'on en attendoit, au moins pour le moment. Nul désordre, nuls regrets ; les malveillants cherchoient, sur les figures, les mouvements de la consternation ou de la fureur ; ils n'y ont remarqué que la froide indignation et le mépris qu'inspire et doit inspirer à tout Français la vile et odieuse conduite du Roi, qui, au mépris de ses serments répétés, avant et depuis son séjour à la capitale, malgré ses dispositions civiques annoncées avec faste depuis la Révolution, a osé fuir et abandonner son poste. Il nous a remis ou fait remettre une déclaration écrite de sa main, en style d'un mauvais écolier, où il se plaint, entre autres choses, de ne pas être bien logé dans le vaste palais des Tuileries, de ne recevoir de la Nation que vingt-cinq millions, quoique la Nation, par lui ou pour lui, soit écrasée d'une dette immense. Il dit qu'il n'a pas été libre, qu'il a été forcé dans son voeu. Que de mensonges ! que de perfidie ! L'Assemblée prend la plus grande précaution pour assurer et maintenir l'ordre ... Citoyens et amis, voilà un grand moment, vous déploierez sans doute tout le patriotisme que les départements voisins de Paris ont déjà manifesté depuis le départ du roi ! Une conscription de volontaires nationaux est ordonnée : ils seront payés du moment qu'ils entreront en exercice. D'avance disposez-les à partir ; armez les bras des bons citoyens ; relevez le courage de tous par l'exemple du vôtre. La liberté publique est menacée, vous ne serez pas les derniers à la défendre. Veillez vos prêtres, nos factieux, nos imbéciles. Vous vous montrerez, Messieurs, dignes de votre réputation dans ce jour de crise. Vos représentants mourront à leurs places, si vous redevenez esclaves ..."

Aussi, aux élections du 28 août 1791, fut-il, avec son collègue Giraud, élu haut juré à la haute Cour nationale.

Peu après, Giraud devint maire de Nantes, et quand, élu député aux élections de 1792, il eut donné sa démission, Baco le remplaça à la Mairie.

L'administration de Baco dura dix mois, de décembre 1792 à octobre 1793, c'est-à-dire jusqu'au proconsulat de Carrier : elle fut surtout marquée par l'entreprise des Vendéens sur la ville de Nantes.

D'abord, remarque Mellinet, Baco n'avait été "qu'un homme d'entraînement, doué d'un de ces coeurs génreux dont la sensibilité se montre à tout évènement qui peut les émouvoir : mais il grandit avec les circonstances, et lorsqu'on lui imposa les fonctions de maire (Giraud et Mosneron s'étaient dérobés à ce périlleux honneur), une fermeté inébranlable remplaça cette délicatesse d'homme du monde, aimable et spirituel, qui s'alliait à la mobilité d'un coeur naïf et bon".

Son discours d'installation, le 1er janvier 1793, causa un enthousiasme indescriptible. Il faut le lire tout entier dans le recueil de Mellinet. En voici l'exorde :

"Citoyens, vous m'enlevez à ma retraite, à mes champs, à mon repos que de longs orages m'avaient rendu chers. Vous m'avez appelé et j'ai obéi : je rentre dans la carrière pénible des affaires publiques, je la parcourrai avec constance et fermeté. Par des phrases artistement modestes, citoyens, je ne solliciterai point votre indulgence pour mes oeuvres, j'invoque au contraire votre sévérité. Lorsque vous me verrez fléchir devant les principes de la morale publique ou de la souveraineté nationale, dès ce moment, je vous somme de m'y rappeler ..."

Ce langage n'était pas hypocrite, et si cette soumission "aux principes de la morale publique et de la souveraineté nationale" n'avait pas compris l'exécution des persécutions religieuses au nom de la liberté de conscience, on pourrait accepter Baco pour un franc républicain. Mais comment préciser les bornes de la souveraineté nationale ? ... Le maire de Nantes croyait pouvoir le faire, car dès le lendemain de son installation, il faisait prendre par le conseil de la commune une délibération pour protester contre les attaques de la Convention par les énergumènes, et on envoyait à la barre de l'Assemblée deux délégués avec mission d'y prononcer un discours d'où nous extrayons ce passage :

"Citoyens représentants, nous venons vous dire la vérité, plus que la vérité : mais faites plus que l'entendre, sachez en profiter. Vos divisions, vos débats scandaleux ont retenti dans tous les coins de France. Le peuple en est affligé. Il vous avait envoyés pour faire des lois et vous ne savez pas vous en imposer à vous-mêmes ; pour faire respecter son nom et sa puissance, et vous n'avez pas encore appris à vous respecter ; le peuple, enfin, vous avait envoyés pour fonder et assurer sa liberté, et vous n'avez pas su maintenir la vôtre ! ..."

Quoique cela puisse paraître invraisemblable, ce discours, écrit par Baco, fut prononcé le 7 janvier 1793 à la barre de la Convention par le délégué Sotin. La séance fut inénarrable. On n'avait jamais encore entendu pareil langage et on ne l'entendit plus : mais la ville de Nantes paya cher, un peu plus tard, son énergique audace. N'est-ce pas pour la punir que la Montagne y envoya Carrier ?

Quand on joue sa tête avec une pareille désinvolture, on a droit au pardon de bien des fautes. Le recueil de Mellinet (Commune et Milice de Nantes) renferme un grand nombre d'allocutions de Baco conçues dans le même style. Il y aurait là une étude fort intéressante à faire d'un orateur dont la rude franchise mériterait d'être mise en relief bien accusé.

Lorsque les Vendéens se présentèrent pour la première fois devant Nantes, au mois de mars 1793, Baco montra beaucoup d'énergie et de décision. Il essaya de tenir tête à la panique, organisa la défense, fit fermer les cercles et chambres littéraires qui contribuaient à entretenir le découragement de la population, et fut nommé président d'un comité directorial de cinq membres, chargé de veiller à toutes les mesures de précaution. Mais, sous prétexte de salut public, ce comité outrepassa singulièrement ses droits, en prenant, à l'instigation de Baco, des arrêtés illégaux au premier chef. C'est ainsi qu'il ordonna :

1° l'institution d'un tribunal criminel extraordinaire pour juger sans appel les révoltés ;

2° que la guillotine serait immédiatement dressée sur la place du Bouffay ;

3° que des cours martiales accompagneraient chaque détachement de la force armée ;

4° que les biens des rebelles seraient confisqués ;

5° que les maîtres seraient civilement responsables pour leurs domestiques et les pères pour leurs enfants ! ...

Cela n'avait pour base aucune loi et l'on s'arrogeait proprio motu le droit de confiscation, de vie et de mort. Qui sait si, par des mesures moins violentes, on ne fût pas parvenu à apaiser les troubles !

Au mois de mai, quatre commissaires envoyés par la Convention, Merlin, Sevestre, Gillet et Cavaignac, vinrent s'installer à Nantes. Baco les reçut fort mal, et comme ils accusaient les Nantais de lâcheté, le maire eut l'audace de protester vivement, devant eux, contre l'abus de ces commissaires "pour lesquels on prodiguait jusqu'à l'indécence les trésors de l'État" et qui ne venaient que semer dans nos départements les agitations, le désordre, l'inquiétude et les défiances. Il y eut à ce sujet, entre Baco et Merlin, un colloque fort dramatique, qui fut la source de la haine implacable vouée par le futur comte de l'Empire au maire de Nantes.

BATAILLE DE NANTES Z

Le mois suivant, les Vendéens s'approchèrent de nouveau et sommèrent la ville de capituler. Merlin et Gillet étaient hésitants ; on leur avait persuadé que le maire avait déjà traité de la capitulation avec la vie sauve pour tous les habitants à condition qu'on livrât leurs deux tristes personnes. Baco leur déclara, au contraire, qu'il avait déjà répondu par un refus formel, et fit afficher un arrêté, prononçant la peine de mort contre quiconque parlerait de capitulation. Mais les deux représentants avaient laissé voir qu'ils avaient eu peur et la perte de Baco fut résolue. En attendant, le maire se multipliait pour organiser la défense et, se portant sur tous les points menacés, conduisait en personne les colonnes de la garde nationale. Le 29 juin, il fut blessé d'un coup de feu à la cuisse et ramené dans un tombereau. Il est fort probable que la ville eût été enlevée, si son maire n'eût communiqué son énergie et son ardeur à ses concitoyens. Nantes pris, tout l'Ouest appartenait aux Vendéens, et la Convention était perdue sans espoir.

Il en résulte qu'avec les meilleures intentions du monde, l'énergique et spartiate Baco ne sauva sa ville des royalistes que pour la livrer ... à Carrier.

A peine les commissaires de la Convention étaient-ils partis que, donnant libre cours à leurs rancunes, ils dénoncèrent le maire de Nantes comme fédéraliste et adversaire du 31 mai. Leur lettre, datée d'Ancenis le 14 juillet, fut lue à la Convention, le 17, et suivie d'un décret déclarant Baco et ses collègues hors la loi. Mais la veille du même jour, prévoyant ce qui allait se passer, le maire de Nantes avait fait prendre à son conseil une délibération pour dénoncer les deux représentants ... Pour bien mettre en relief le caractère de Baco, citons le passage suivant de l'adresse à la Convention :

"Les représentants Gillet et Merlin ont calomnié la ville de Nantes : ils ont commis le crime de haute trahison. Si les faits ci-dessous sont prononcés, s'ils sont prouvés, Gillet et Merlin doivent être livrés à toute la sévérité de la loi contre les calomniateurs et les traîtres à la patrie ; car la loi est pour tous ; autrement l'égalité ne serait qu'un vain mot."

Quelques jours après, le conseil recevant le décret de mise hors la loi, députait extraordinairement Baco à la barre de la Convention pour en demander le rappel.

Il fallait de l'audace pour accepter en ce moment une pareille mission. Baco eut cette audace.

La séance du 2 août 1795 fut émouvante à la Convention. Baco y prononça sans trembler sa justification et le réquisitoire de ses mandataires : acceptation de la constitution révolutionnaire, défense de Nantes contre l'armée vendéenne mise en fuite, voeu de restreindre l'autorité des représentants en mission. Les interruptions et les injures pleuvaient comme grêle. Le maire de Nantes tint tête à l'orage et comme Fayau, après Chabot, Thuriot et Collot d'Herbois, accusait l'ex-constituant et terminait sa philippique en déclarant qu'il avait su que, pendant le siège de Nantes, 1.200 couverts avaient été préparés pour les assiégeants dans une maison dont on avait tenu soigneusement les volets fermés.

- Tu en as menti, s'écria Baco, renouvelant les prouesses de Lanjuinais contre Legendre.

Sur la motion du farouche boucher, le maire de Nantes fut décrété d'accusation et envoyé à l'Abbaye : mais on ne lui fit pas immédiatement son procès parce que tous les corps constitués de la cité nantaise protestèrent énergiquement contre sa détention. On répondit aux réclamants en leur envoyant le proconsul Carrier, dont le premier soin fut de régénérer, de concert avec Gillet, le corps municipal. Mais Baco ne fut pas traduit devant le tribunal révolutionnaire. Il paraît même qu'on lui laissa bientôt une certaine liberté : il put sortir en surveillance dans les rues de Paris accompagné d'un gendarme et Thuriot en fit l'observation au mois de mai 1794. Carrier, qui était revenu de Nantes et n'avait pas encore été mis en accusation pour ses infamies, osa même remarquer, aux Jacobins, qu'il était indécent de laisser vivre un citoyen qui avait menacé de l'échafaud les représentants Gillet et Cavaignac pendant leur mission. Fort heureusement le 9 thermidor approchait et la chute de Robespierre sauva l'intrépide maire de Nantes.

Le département de la Loire-Inférieure lui donna peu après un éclatant témoignage de sympathie en l'élisant député aux Cinq-Cents, aux premières élections de l'an IV. Il y parla sur les receveurs de district et sur les colonies, mais son rôle y fut court, car il fut presque immédiatement nommé, avec Burnel, agent français aux îles de France et de la Réunion pour mettre à exécution le décret relatif à l'émancipation des nègres. La mission était délicate. Le gouverneur Malartic et le contre-amiral Sercey refusèrent de les reconnaître et les firent exporter aux Manilles, d'où Baco expédia, au mois de décembre 1796, un rapport au gouvernement sur son aventure. De son côté l'assemblée coloniale adressait une justification de sa conduite, et le Directoire, ne se santant pas en état de dicter la loi si loin de lui, craignant d'ailleurs que les Anglais ne profitassent du coup d'autorité qu'il aurait pu tenter, se contenta de l'espèce de soumission que les colons offraient à la mère patrie et sacrifia ses agents.

A son retour, Baco fut nommé directeur de l'Opéra. Nous le retrouvons, peu après, commissaire du gouvernement à la Guadeloupe, où il mourut presqu'au moment du coup d'État de brumaire, à l'âge de 49 ans (le 29 novembre 1800 - 8 frimaire an IX) à la Baie-Mahault). Peu d'existences furent aussi dramatiques que la sienne.

En des temps moins tourmentés, Baco eût pu jouer un rôle considérable.

Baco signature z

Recherches et notices sur les députés de la Bretagne aux États-Généraux et à l'Assemblée Nationale Constituante de 1789 - par René Kerviler - 1885

 

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Baco de la Chapelle z

 

Il alla mourir loin de la cité qu'il avait sauvée par son courage, et le seul hommage à sa mémoire, rendu, sans bruit, sans éclat, sans pompe aucune, par quelques amis, fut le placement, dans l'Hôtel-de-Ville, d'une table de marbre noir, qu'on y chercherait vainement aujourd'hui ! - On y lisait :

LES ENFANTS DE LA PATRIE,
LES AMIS DE LA LIBERTÉ,
A LA MÉMOIRE
DE RENÉ GASTON BACO DE LA CHAPELLE,
AVOCAT AU PARLEMENT,
ANCIEN PROCUREUR DU ROI AU SIÈGE PRÉSIDIAL DE NANTES,
ANCIEN PROCUREUR DU ROI DE POLICE,
DÉPUTÉ AUX ÉTATS GÉNÉRAUX TENUS A VERSAILLES,
MEMBRE DE L'ASSEMBLÉE CONSTITUANTE,
ANCIEN MAIRE DE NANTES,
BLESSÉ A L'ATTAQUE DE CETTE VILLE LE 29 JUIN 1793,
MEMBRE DE L'ASSEMBLÉE NATIONALE DE FRANCE,
COMMISSAIRE DU DIRECTOIRE AUX ILES DU VENT,
NÉ A NANTES LE 25 AVRIL 1751,
DÉCÉDÉ A LA GUADELOUPE LE 29 NOVEMBRE 1800,
A L'AGE DE 49 ANS SEPT MOIS.
L'HONNEUR FUT SON GUIDE.
IL FUT CHER A SA FAMILLE,
A SES AMIS
ET AUX BRAVES DONT IL FUT LE MODÈLE.

(La commune et la milice de Nantes - huitième volume - par Camille Mellinet, imprimeur.)

Baie-Mahault carte z