A SAINT-LAMBERT-DU-LATTAY
Charette, prisonnier, fit étape à l'auberge de la Croix-Blanche

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On sait qu'après l'écrasement de l'armée vendéenne à Savenay, l'avant-veille de Noël 1793, le gouvernement de la Convention expédia sur la Vendée les trop célèbres "Colonnes Infernales", chargées de faire de ce pays un "désert". Les ordres étaient simples : bourgs, châteaux, métairies doivent être incendiées ; tous ceux qui sont suspects d'avoir porté les armes ou soutenu l'insurrection, sans distinction de sexe ou d'âge, sont à passer par les armes ... Les chiffres sont éloquents : Saint-Lambert-du-Lattay comptait 1.300 habitants en 1790 ; il en reste 400, nous apprend Célestin Port, en 1794. En 1800, on dénombre 13 veufs pour 170 veuves, 130 garçons pour 224 filles.

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Le bourg de Saint-Lambert, les villages, le château des Petites-Tailles ont été incendiés le 23 janvier 1794 par la colonne du général Cordelier. Au bourg, deux ou trois maisons ont échappé au désastre ; parmi elles, l'auberge de la Croix-Blanche, tenue par la veuve Chapeau, dont pourtant le mari a été tué dans les rangs vendéens, mais qui sert d'étape aux troupes transitant par Saint-Lambert ; sans doute est-ce ce qui l'a sauvée.


C'était une de ces auberges de campagne où on logeait "à pied et à cheval", avec des écuries, une grande salle commune et quelques chambres pour les voyageurs. Une lucarne conserve encore la date 1722 et un Sacré-Coeur (mais probablement postérieur à la Révolution car on n'eût pas manqué de le marteler) surmonte une des portes. Rien n'attirerait l'attention si un petit fait, au bord de la grande histoire, ne venait, pour nous, remplir cette maison d'une présence ô combien évocatrice, celle du grand Charette, l'une des figures les plus glorieuses de la Vendée.

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Capturé par le général Travot le 23 mars 1796, près du château de la Chabotterie, à Saint-Sulpice-le-Verdon, il commence, ainsi que l'a si justement écrit le chanoine Tricoire, un véritable chemin de croix en ce dernier mercredi saint qu'il est en train de vivre : dès le lendemain, Travot reçoit l'ordre de l'acheminer sur Angers et Charette, quoique gravement blessé, devra faire tout le chemin à cheval, sous la conduite de son vainqueur, qui, remarquons-le cependant, se montrera pour lui parfaitement humain (il y a loin d'un Travot aux bouchers des colonnes infernales).

 

 

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Le petit groupe voyage toute la journée du 24. Le 25, dans la matinée, court arrêt à Chemillé. A midi, ils sont à Saint-Lambert ; le bourg est occupé par une garnison républicaine dont les officiers prennent pension à la Croix-Blanche : ils invitent Travot - et son illustre prisonnier - à s'asseoir avec eux à la table d'hôtes. "Le général vendéen, écrit l'abbé Conin qui relate le fait, accepta sans façon, mangea de bon appétit et entretint la conversation avec aisance. Après le repas, il demanda la permission de se retirer pour fumer un cigare ..." On reconnaît bien dans cette attitude "décontractée", dirions-nous en terme moderne, le chevalier de légende dissimulant son inquiétude sous une attitude désinvolte (avouez d'ailleurs qu'il y fallait du "coeur au ventre" !).

Mais bientôt il faut repartir pour Angers : là, d'abord un premier arrêt à l'hôtel Chemellier, près de la mairie, Lachèse, visitera ses blessures envenimées, puis, le surlendemain, dimanche de Pâques, on l'embarque sur une canonnière qui, par la Loire, va le conduire à Nantes. C'est le dernier voyage du "roi de la Vendée", qui a tellement conquis le coeur de son vainqueur que Travot, apprenant sa condamnation à mort, lancera aux juges : "Si j'avais su, je ne l'aurais pas livré !"

Le dimanche 20 septembre 1981, le Souvenir Vendéen, en collaboration avec les communes de Beaulieu et de Saint-Lambert, a inauguré un monument commémoratif au Pont-Barré, sur le Layon, et une plaque sur l'ancienne auberge, rue du Pont-Barré à Saint-Lambert. Ainsi ne mourront pas des souvenirs dont tous nous avons lieu d'être fiers.

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Extrait : Manoirs et Gentilshommes d'Anjou - André Sarazin - 1987