SAURAIS (79)

LE RICHE MARIAGE DE L'EX-CONDAMNÉ A MORT

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Fils de Marie Fillon et du marchand de bois, Jean Mercier, Jean-Jacques Mercier naquit le 5 avril 1810, au hameau de Malserpe.

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Légitimiste comme l'étaient ses parents, il adhéra, jeune encore, au mouvement de résistance qui suivit les journées de juillet 1830 et l'avènement de Louis-Philippe, fils de Philippe-Égalité, membre de la Convention, qui avait voté la mort de Louis XVI.

Une amende de 175 francs lui fut infligée le 19 mars 1832 pour un léger délit forestier par le tribunal correctionnel de Parthenay. Elle accrut encore son irritation contre le gouvernement.

Il s'était contenté jusque-là de distribuer des médailles à l'effigie du fils de la duchesse de Berry. Il en fit davantage. Le lendemain même de sa condamnation, dans un cabaret de la ville, il offrit de l'argent à des soldats du 64e de ligne et les incita à rejoindre les bandes d'insoumis et de déserteurs opérant en Gâtine.

Un mandat d'arrêt ayant été lancé contre lui, Mercier, qui avait déjà pris contact avec Robert le Chouan, d'Azay-sur-Thouet et le "général" Diot, de Boismé, décida de constituer sa propre compagnie de "soldats de Henri V".

Avec comme lieutenant, Jacques Bory, de la Peyratte, avec l'ex-garde forestier Grosset, de la Robelière, de Vautebis, Texier, charron à Saint-Aubin-le-Cloud, Clisson, un réfractaire, Gatard, le neveu de Diot et quelques autres, la bande opéra le plus souvent dans le sud de l'arrondissement de Parthenay et jusque dans la Vienne. Elle nargua longtemps les gendarmes et les hommes du lieutenant de Saint-Arnaud lancés à ses trousses.

Rançonnant les partisans de Louis-Philippe, qui souvent ne portaient pas plainte par crainte de représailles et volant la caisse des percepteurs, Mercier et ses hommes disposaient de caches sûres et bénéficiaient de nombreuses complicités.

Les soldats vinrent à plusieurs reprises interroger les parents de Mercier ainsi que ses petits frères et sa soeur, même lorsqu'ils eurent perdu leur père. Crétineau-Joly raconte qu'un jour, appuyant le canon d'un fusil sur la tempe d'un des jeunes enfants, ils s'écrièrent "dites-nous où est votre frère ou vous allez mourir !" mais les petits Mercier ne parlèrent pas.

Sans doute, d'ailleurs, n'avaient-ils rien à dire, Mercier n'étant venu qu'une seule fois à Malserpe afin de s'y recueillir au chevet de son père expirant.

Après de longs mois d'errance et de coups de main, Mercier, face à l'échec de la tentative d'insurrection royaliste estima inutile la poursuite de la lutte. Ayant partagé avec ses compagnons l'argent dont il disposait, il quitta la région.

Le 5 septembre 1835, la cour d'assises des Deux-Sèvres le condamna à mort par contumace et ses biens furent mis sous séquestre.

Après avoir vécu caché sous le nom de David Lacoste, Jean-Jacques Mercier, en 1839, se réfugia à Bruxelles. Ses qualités de travail et son sens des affaires lui permirent d'y édifier, en quelques années, une fortune le mettant à l'abri du besoin.

Il revint en France et retrouva, à Paris, le marquis de La Rochejaquelein qui le présentait en ces termes à son entourage : "mon ami Mercier ... condamné à mort !"

Ayant rencontré Élizabeth Trincaud de La Tour, il sollicita et obtint sa main. Il s'était, entre-temps, constitué prisonnier à Niort, en juin 1847, et avait été acquitté par la cour d'assises des Deux-Sèvres.

Son mariage fut célébré à Bordeaux, le 25 août 1847.

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A Bruges, en 1871, Jean-Jacques Mercier, alors père de cinq enfants, eut l'honneur d'être présenté - et ce fut la dernière grande joie d'une existence qui devait s'achever l'année suivante (1872) - au comte de Chambord, le Henri V de sa jeunesse aventureuse, pour lequel il s'était inutilement battu.

Extrait : Le Pays de Gâtine - Maurice Poignat - 1984

* Fille de Jérôme Trincaud  de La Tour et de Claire-Françoise de Cazenave de Mathecoulon, Élisabeth est née à Saint-Gaudens (31), le 29 mars 1827 et décédée à Saubion (40) le 20 décembre 1902.