THÉNEZAY
CONSPIRATEUR D'OPÉRETTE, SÉNÉCHAULT ÉCHAPPE DE PEU A LA GUILLOTINE

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Rayé des cadres de l'armée en raison de sa fidélité à l'empereur, l'ex-général Berton qui, à diverses reprises, et à Waterloo notamment, s'était distingué sur les champs de bataille, s'affilia à l'association secrète des "Chevaliers de la Liberté" afin de renverser Louis XVIII.

Se qualifiant de général en chef de l'armée de l'Ouest, il entraîna quelques dizaines de partisans dans un complot ayant pour premier objectif, le 24 février 1822, la prise de Saumur, extravagante équipée qui échoua lamentablement.

Quatre habitants de Thénezay firent partie de la conspiration : François Sénéchault, 44 ans, propriétaire, Robert-Augustin Lambert, 33 ans, ancien garde d'honneur également propriétaire, le bourrelier François Caillaud, 33 ans et l'épicier Urbain Sénéchault.

Arrêtés avec plus de cinquante affiliés, ils comparurent devant la cour d'appel de Poitiers (séance du 12 septembre 1822).

François Sénéchault, le plus compromis des Thénezéens, avait obtenu de Berton une note écrite le nommant juge de paix, fonction qu'il avait pendant des années vainement sollicitée. Se targuant de pouvoirs exceptionnels, flattant son orgueil de petit bourgeois naïf, il essaya de destituer le maire de Thénezay en nommant à sa place le notaire Paul Robin-Dubreuil qui refusa de se compromettre.

Il fit de même pour le chef de brigade de gendarmerie et pour quelques autres fonctionnaires que les agissements de leur compatriote, visiblement surexcité, laissèrent perplexes. Pour flatter la population, Sénéchault annonçait la suppression prochaine, par le gouvernement qui - disait-il allait prendre le pouvoir - de divers impôts et taxes et promettait de mettre en perce une barrique de vin sur la place du bourg.

Maître Boncenne, avocat à Poitiers, le défendit. Il mit l'accent sur les extravagances de son client : "Regarderez-vous comme un conspirateur décidé - déclara-t-il en concluant sa plaidoirie - le pauvre homme qui n'a été que le jouet de certains propos, la dupe de sa bonne foi et qui, pour se servir du mot propre, n'a été qu'un imbécile dans cette affaire !"

Imbécile ou non, Sénéchault n'en fut pas moins condamné à mort en même temps que Berton (guillotiné à Poitiers le 5 octobre 1822) et quatre autres partisans. Robert-Augustin Lambert s'en tira avec cinq ans de prison et 2.000 francs d'amende. François Caillaud et Urbain Sénéchault furent relaxés.

Mme Sénéchault, afin de solliciter la grâce de son mari, se rendit à Paris. Fraîchement accueillie par le ministre de la Justice, elle parvint à transmettre sa requête à la duchesse d'Angoulême et à la duchesse de Berry. Grâce à l'intervention des deux princesses, François Sénéchault vit sa peine commuée en vingt ans de prison. Il fut libéré en 1825 à l'occasion du sacre de Charles X, mais il n'oublia jamais, dit-on, les longs jours passés, dans l'attente de son exécution, au fond d'un cachot humide et froid, enchaîné à l'horrible et lourd carcan qui lui serrait le cou.

Extrait : Le Pays de Gâtine - Maurice Poignat - 1984