UN MANDRIN GÂTINEAU : ROBERT LE CHOUAN

POMPAIRE


François-Augustin naquit le 10 juillet 1795 (22 messidor an III), à Pompaire (79) où son père, Laurent Robert, était au service des de Lauzon. Sa mère était Marie-Jeanne Girault.

A vingt-cinq ans, (le 4 novembre 1822), il épousa Pélagie Garsuault, fille du maire de Saint-Pardoux, un cultivateur, assurait-on, fort aisé. Les jeunes mariés s'installèrent à la Garde, où Mlle de Lauzon, tout près de son château, leur fit batir une ferme.

 

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D'une taille impressionnante, Robert était un solide gaillard. Comme sa protectrice, il n'aimait pas Louis-Philippe. Il ne se cachait pas d'être un ardent partisan de la duchesse de Berry et de son fils Henri V qui n'était encore que duc de Bordeaux.

Lorsque s'organisa la chouannerie de 1832, de partisan il devint chef de bande. Les hommes décidés rassemblés autour de lui, et qui recevaient une solde, lui étaient tous très attachés. Ils s'en prirent surtout aux percepteurs.

Devenu "Robert le Chouan" et bientôt redouté dans toute la région, François Robert narguait volontiers la maréchaussée et les soldats du roi lancés à ses trousses. Longtemps, ses exploits alimentèrent les conversations au cours des veillées d'hiver.

Il se cachait volontiers, sûr d'y trouver le gîte et le couvert, au château de Coutault où une retraite confortable avait été spécialement aménagée à son intention, ou encore chez des amis sûrs, à la Ronce, dans un trou creusé dans le jardin, sous une meule de paille. Il lui arriva de se réfugier près de la ferme de la Cigogne, dans le tronc creux d'un énorme chêne archiséculaire ... (voir, article et photos, ICI)

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Une nuit, les gendarmes le poursuivirent de Saint-Aubin jusqu'à Parthenay. Du faubourg Saint-Paul jusqu'au quartier des Rocs, la galopade tout au long du chemin du Rosaire, un étroit sentier semé d'échaliers, fut épique. Le chouan pour se débarrasser de la maréchaussée tira un coup de feu. Il se réfugia chez un tisserand de la Basse-Ville. L'artisan était républicain ... mais par chance n'aimait pas les gendarmes ! Il cacha l'homme traqué, pendant trois jours dans son grenier.

Quelques semaines plus tard, les représentants de l'ordre faillirent bien prendre leur revanche. Pénétrant à l'improviste dans une auberge d'Azay, ils interpelèrent un consommateur, vêtu de la blouse bleue des paysans et qui leur semblait d'un naturel paisible.

"Dites-nous, brave homme, ne connaîtriez-vous pas, ou n'auriez-vous pas rencontré, un certain Robert le Chouan ?
- Si, bien sûr, je le connais !"

Avant d'en dire davantage le pseudo paysan s'excusa. Il lui fallait, auparavant, aller, prétendit-il, satisfaire un besoin pressant.

Il sortir dans la cour de l'auberge, enfourcha prestement l'un des chevaux des gendarmes, avant de les interpeller.

"Ah ! vous cherchez Robert le Chouan ! et bien je suis Robert le Chouan, venez donc me prendre !"

Et narquois, éperonnant sa monture, il disparut dans la nuit.

Un autre jour, alors qu'il se trouvait chez des amis, à la Ronce de Saint-Pardoux, survinrent les représentants de la loi, alertés par un mouchard. Robert eut tout juste le temps de se réfugier dans sa cache souterraine. Elle était inondée et il dut y séjourner pendant plus de deux heures, avec de l'eau jusqu'au-dessus de la ceinture. Il s'en tira avec un début de congestion, mais sa robuste constitution prit rapidement le dessus.

Un jour, enfin, se sentant de plus en plus étroitement traqué, las de battre la campagne avec à ses trousses gendarmes et soldats et pressentant l'inégalité d'une lutte menée pour un résultat incertain, Robert le Chouan demanda à ses compagnons de se disperser et quitta la Gâtine.

Exilé en Savoie, il y vécut durement, pendant quelques années en offrant de porte à porte, des chandelles de suif de sa fabrication. Au prix de marches harassantes à travers la montagne, l'ancien chouan devenu colporteur gagnait à grand peine la maigre pitance qu'on lui servait dans de misérables auberges.

Mlle de Lauzon, avec laquelle il correspondait, n'avait jamais cessé de protéger celui que l'on disait avoir été son amant. Robert, grâce à son appui parvint à s'engager comme garde-forestier chez un châtelain d'Ile-de-France. Étant tombé malade, il fit appeler sa femme à son chevet. Elle le quitta quelques semaines plus tard.

Peu après un chemineau hirsute apparut en Gâtine. Nul ne reconnut sous ses habits en loques, l'ancien cultivateur de la Garde, qui s'engagea comme domestique ... dans sa propre ferme !

Mais un jour la fermière accoucha d'une fille. On en fit des gorges chaudes dans le voisinage.

Alors "Robert le Chouan" se débarrassa de sa défroque, rasa sa barbe et redevint François Robert.

A la mairie de Saint-Pardoux, où l'arrivée du proscrit fit sensation, il fit enregistrer la naissance de son enfant. Il l'appela Caroline, en hommage à la romanesque duchesse, pour laquelle il avait chouanné et qu'il ne reniait point. [Marie-Caroline née le 25 mai 1837]

Arrêté il fut traduit devant les Assises des Deux-Sèvres. Mais le temps avait passé. On l'acquitta.

Le comte de Chambord, fit parvenir d'exil, à son partisan fidèle, une bague d'or au châton orné des armes des Bourbons.

Quelques années plus tard, François Robert dut abandonner la Garde que lui disputaient les héritiers de Mlle de Lauzon.

Il fit construire, à la Joubertière (Azay-sur-Thouet), une ferme qui, après un siècle et demi, est restée à peu près telle quelle. Épris de progrès et se transformant en entrepreneur, il fit l'acquisition d'une machine à battre le blé, la première qui fonctionna en Gâtine.

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L'ancien partisan de la duchesse de Berry décéda à 74 ans, le 31 décembre 1868. Sa femme mourut huit jours plus tard (8 janvier 1869).

 

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Son fils, Laurent-François, en 1870, lui fit graver cette épitaphe : "Ci-gît Robert de la Garde, l'un des chefs vendéens de 1832, brave coeur, intrépide soldat, ami sûr, père dévoué. Exilé, Dieu le protégea, qu'il le couvre encore de sa bonté et prions pour lui".

La tombe a été remise en place, le long du mur de clôture, dans la partie haute du cimetière d'Azay, mais son épitaphe est devenue illisible.

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Le 27 mars 1832, sept chouans armés jusqu'aux dents, pénétrèrent chez le maire d'Azay, M. Cottenceau, le terrassèrent et le garrottèrent à l'aide d'une courroie. Avant de le remettre en liberté, ils exigèrent le versement d'une forte somme d'argent. La même bande se rendit ensuite chez un sieur Guilbot, cultivateur à Allonne qu'ils mirent également à contribution, après l'avoir molesté. Les auteurs de ce double méfait ne furent pas découverts bien que les soupçons de la gendarmerie se soient portés sur les hommes de Robert le Chouan, qui se trouvait alors dans la région de Saint-Pardoux.

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VOUHÉ (79) - LA SANGLANTE ESCARMOUCHE DE LA MOUNÈRE

Une douzaine de Chouans, se disant "soldats d'Henri V", armés jusqu'aux dents et conduits par François Robert, dit "Robert le Chouan", se présentèrent le Jeudi Saint 19 avril 1832, à la Mounère.

Ayant demandé au fermier René Gelin de bien vouloir les héberger pour la nuit, celui-ci accepta de leur donner l'hospitalité, non sans leur avoir fait observer les risques qu'il encourait.

Robert le rassura, "nous venons, dit-il, de la part de Jamonneau de la Peignerie de Beaulieu". Cette affirmation ne satisfit pas le fermier, bien au contraire, "Jamonneau, fit-il remarquer, n'est pas un homme franc. Je le crains plus que quiconque".

En effet, tôt le lendemain, une escouade de soldats du 64e régiment de ligne séjournant à Parthenay, après avoir annoncé leur arrivée à coups de clairon, firent irruption dans la cour de la Mounère.

Les hôtes du fermier, parmi lesquels se trouvait également "le général Diot" de Boismé, parurent aux fenêtres. Les soldats tirèrent. Les chouans ripostèrent. Le clairon Millère tomba le premier, mortellement atteint. Le voltigeur Carrick fut blessé à la main. Deux déserteurs furent tués.

Les autres parvinrent à s'enfuir. Ils emmenèrent avec eux leur camarade, le Corse Secondi, qui avait une jambe brisée. Ils le déposèrent dans un champ de genêts, proche de la ferme, où il fut aperçu par une jeune fille du voisinage, qui promit, sous la menace, de venir le ravitailler, mais elle prévint ses parents qui alertèrent les gendarmes.

Capturé et transporté à Parthenay, Secondi fut amputé d'une jambe. La cour d'assises des Deux-Sèvres lors de sa session d'août-septembre 1832, le condamna à mort. Il fut guillotiné à Parthenay, le 3 octobre suivant, sur la place du Drapeau.

La presse légitimiste exalta Secondi à l'égal d'un héros. En réalité, sur le point d'être puni du fait de sa mauvaise conduite, il s'était enfui de son régiment. Avant de tendre la tête au bourreau, le chouan s'adressa à la foule d'une voix ferme, "je me suis engagé - dit-il - à l'âge de dix-sept ans, j'étais sergent lorsque j'ai déserté. Ne m'imitez pas". Secondi, que le roi Louis-Philippe avait refusé de gracier, était âgé de vingt-six ans.

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La famille Gelin se composait du père, de la mère, d'une fille et de trois garçons. Deux d'entre eux, Jacques, le cadet, et Romain, le benjamin, étaient présents lors de l'attaque de la ferme par huit voltigeurs sous les ordres d'un caporal, alors que le gros de la troupe, soit près de quatre cents hommes, stationnait non loin de là. Romain reçut un coup de baïonnette, en voulant secourir sa mère qu'un soldat menaçait.

Les chouans revinrent à la Mounère après le départ des forces de l'ordre. Ils s'en prirent violemment aux cultivateurs qu'ils accusaient de les avoir trahis. Il fallut toute l'autorité de "Robert le Chouan", leur voisin de Saint-Pardoux, pour éviter qu'on ne leur fit un mauvais parti. Il rappela à ses compagnons l'observation du père Gelin sur le fermier de la Peignerie. Il avait réussi à convaincre les Chouans que le traître c'était lui, lorsqu'un retour en force des soldats les fit s'éclipser.

Les Gelin furent conduits à la prison de Niort. Ils y restèrent trois mois. Leur innocence ayant été reconnue, seul le chef de famille comparut devant la cour d'assises. Il fut acquitté, mais le fermier et son épouse, traumatisés par les dramatiques évènements dont ils avaient été les acteurs involontaires, n'y survécurent pas longtemps.

[René Gelin, âgé de 63 ans, est décédé le 18 décembre 1832 et son épouse, Perrine Giraux, s'éteignait avant lui,  le 30 août 1832, à l'âge de 62 ans.]

Extrait : Le Pays de Gâtine - Maurice Poignat - 1984.


 

Robert le Chouan gravure Z

 De son mariage, avec Pélagie Garsuault (décédée à Azay-sur-Thouet, le 8 janvier 1869), sont nés, à Saint-Pardoux :

- Marie-Delphine, née le 12 mai 1823 ; à l'âge de 23 ans, elle épouse Henri-Joseph Fourré, cultivateur à Mouillepain, d'Azay-sur-Thouet.

- Marie-Magdeleine-Claire, née le 19 juillet 1825 ; à l'âge de 25 ans, elle épouse François Patureau, de la Foye du Tallud.

- Marie, née le 14 août 1828 ;

- Laurent-François, né le 7 mars 1831 ;

- Marie-Caroline, née le 25 mai 1837 ; elle s'unit pour la première fois, le 27 novembre 1868, à André Roux, de Vouhé, domestique à Pressigny, au château du Porteau chez les de Talhouët-Roy (décédé à Pressigny le 28 septembre 1865). Elle épousa, en deuxièmes noces, à Azay-sur-Thouet, le 22 février 1870, Pierre-Louis Clisson, meunier à la Brunière du Tallud [contrat de mariage a été passé en l'étude de Me Dubois Melchior-Louis-Marie-René, notaire à Parthenay, le 20 février 1870].

 

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En 1822, avant son mariage, François Robert était père d'une fillette de quatre ans, non reconnue par sa mère laquelle, affirmait-on dans le pays, n'était autre que Séraphine de Lauzon.

 

ROBERT MARIE TIBURCE 1er

 

Robert Marie Tiburce 2ème

 

Vers onze heures du soir, le 15 avril 1818, un inconnu déposa un nouveau-né, une fille, dans le tour de l'hospice de Parthenay, rue de la Citadelle. L'enfant, mentionne l'acte d'état-civil dressé le lendemain et paraphé par le maire M. Turquaud d'Auzay, était vêtu d'une chemise, d'une brassière rouge en coton, coiffé d'un bonnet en soie et enveloppé dans des langes. Un billet, retenu par un ruban, indiquait que la petite fille n'avait pas été baptisée et demandait que lui soient donnés les prénoms de Marie-Tiburce.

Deux ans plus tard, la petite abandonnée fut reconnue et réclamée par François-Robert "homme de confiance" au Coutault de Saint-Pardoux, en présence de Laurent Robert, 46 ans, maire de Pompaire et du concierge de la mairie de Parthenay. La petite fille fut élevée d'abord par les parents de son père et plus tard, avec ses frères et soeurs.

Marie-Tiburce Robert, couturière, 26 ans, épousa, au Tallud, le 27 avril 1844, Louis Patureau.

Robert Marie-Tiburce signature zz

(Étonnantes Histoire de Chouans - Maurice Poignat)