2 FÉVRIER 1896
TERRIBLE ACCIDENT A MAULÉVRIER
Plusieurs morts - plusieurs blessés

MAULEVRIER 1896 EGLISE z


Dimanche 2 février, un accident épouvantable se produisait dans l'église de Maulévrier et jetait la consternation parmi la population.

C'était au commencement de la messe et vers dix heures et demie ; le curé de la paroisse officiait et allait dire l'épître, quand un craquement sinistre se faisait entendre et une quantité de plâtras s'abattait sur les fidèles assemblés.

Dix mètres environ de la corniche existant au-dessus des travées s'étaient détachées entre la troisième et la quatrième travée de gauche et plus de deux cent kilos de plâtras composés de briques et de plâtre venaient de tomber par gros, moyens et petits blocs. Ce fut un moment de panique épouvantable ; tous ceux qui n'étaient pas morts ou blessés se sauvaient en poussant des cris déchirants.

Malheureusement plusieurs n'avaient pu se relever et gisaient au milieu des bancs brisés.

Ce ce nombre, étaient un sieur Manceau (René-Jean, époux de Marie Guinaudeau - 79 ans)(Véronique Bluteau, 82 ans), habitant chez sa fille, qui a été transportée à son domicile et est morte vers 3 heures et demie du soir ; une nommée Rosalie Marie-Angélique Boissinot (veuve Augereau Eugène, 71 ans), cultivatrice à la Roulière, qu'on a transportée à l'hospice où elle a expiré vers 4 heures 1/2 du soir ; une fille Dixneuf (Eugénie, 31 ans), fermière à la Vieille Jounière, dont on nous annonce également la mort ; Soulard, Delhommeau, Revellière, femme Landreau, femme Soulard, femme Girard, femme camus, femme Geindreau, Séchet, sont grièvement blessés.

Plusieurs personnes ont échappé miraculeusement à la mort. Citons notamment le nommé Durand, de la Fradonnière qui, assis dans son banc et tenant son chapeau dans ses mains, a dû son salut à un mouvement en arrière et a vu son chapeau broyé dans ses mains.

Les portes de l'église ont été aussitôt fermées et les autorités judiciaires immédiatement informées.

Vers 5 heures du soir, arrivaient de Cholet sur les lieux de l'accident : M. le sous-préfet, M. le capitaine de gendarmerie, M. Guionet, juge au tribunal, M. le commissaire de police, et, conduits par le brigadier Bellier, ils se livraient à un examen minutieux des murs et de la voûte de l'église. On remarquait aussi sur les lieux un grand nombre de personnes venues de Cholet et aussi les reporters de plusieurs journaux. On croit généralement que cet accident est dû à un défaut d'entretien de la toiture et des dalles, qui aurait amené des gouttières sur les murs, et, petit à petit, le détachement des corniches.

L'église de Maulévrier a été construite en 1846 ; mais, depuis cette époque, fort peu ou point de réparations y ont été faites ; un entrepreneur étranger, appelé il y a quelque temps, aurait, dit-on, prévenu les membres du conseil de fabrique du danger que pouvaient courir les fidèles. On remarque même aujourd'hui au-dessus de la porte d'entrée, un pignon surplombant sur le toit de l'église d'au moins 20 centimètres ; un autre accident terrible serait à craindre par la chute de ce pignon, surtout sur les fonds ordinairement occupés par les enfants des écoles laïques et par les fidèles.

Depuis peu on avait démoli deux clochetons qui menaçaient ruine.

L'enterrement des victimes doit avoir lieu aujourd'hui, mardi à dix heures du matin.

Comme bien l'on pense cette catastrophe a produit une émotion considérable non seulement à Maulévrier, mais encore dans toute la région. Toute la population est consternée.

Une enquête est ouverte à seule fin de déterminer exactement les responsabilités. En attendant les résultats de cette enquête, il nous paraît utile d'appeler l'attention de MM. les architectes sur l'état d'un très grand nombre d'églises et autres bâtiments publics. Ces bâtiments, dans les campagnes surtout, sont assez souvent d'une vétusté qui est une perpétuelle menace pour ceux qui les fréquentent. Il importe d'exercer une surveillance de tous les instants si l'on ne veut pas avoir à enregistrer et à déplorer des catastrophes comme celle de Maulévrier, que la moindre prévoyance aurait probablement pu suffire à éviter.

AD49 - Le Petit Courrier - Quatorzième année - n° 35 - Mercredi 5 février 1896