ARRESTATION DU DESSERVANT INSERMENTÉ DE LA TESSOUALLE (1798)

Né à Denée le 13 mars 1760, M. Hilaire-Jacques-Marie-Louis Guillon fit ses études au collège de Beaupréau, et il était vicaire de Saint-Maurille d'Angers quand éclata la Révolution.

Guillon Hilaire baptême z

En mars 1791, il se retira pendant quelque temps à Denée, au sein de sa famille. Dès le début de juillet 1791, il partit pour Saint-Laurent-sur-Sèvre, où il resta jusqu'à l'insurrection générale de la Vendée. Il alla ensuite exercer le ministère à Mortagne-sur-Sèvre. M. Guillon quitta Mortagne le 15 octobre 1793, et fut dénoncé au comité révolutionnaire de Cholet par le citoyen Bauduceau, le 30 janvier 1794.

M. Guillon habita de nouveau Mortagne et Saint-Laurent-sur-Sèvre depuis le mois de juillet 1794 jusqu'en octobre suivant. Il se retira à la Tessoualle, qu'il desservit jusqu'au 18 fructidor (4 septembre 1797). Ce coup d'État le contraignit encore à se cacher et il ne put exercer le ministère que clandestinement.

Le 2 mars 1798, le commissaire du Directoire près l'administration centrale de Maine-et-Loire ayant demandé des renseignements secrets sur les prêtres réfractaires, le commissaire cantonale de Maulévrier répondit : "Guillon, faisant les fonctions à la Tessouale, reste dans les métairies aux environs".

MAULEVRIER LE VEILLERE Z

On sait que la loi du 6 juillet 1798 autorisa des visites domiciliaires pour l'arrestation des agents de l'Angleterre, des émigrés rentrés et des prêtres réfractaires. En exécution de cette loi, trois gendarmes de Cholet (Planque, Paimparé et Delhumeau) se transportèrent, le 27 juillet, chez Jacques Gendreau, métayer à la Vieillère, commune de Maulévrier. Ils y rencontrèrent et arrêtèrent "Hilaire Guillon, prêtre réfractaire aux lois de la République, âgé de 39 ans, né à Denée, domicilié à la Tessoualle".

On lui fait subir un premier interrogatoire :

- Depuis quand demeurez-vous dans cette métairie ? Depuis le 22 juillet. Je n'ai aucun domicile fixe en ce moment. Je suis sorti d'Angers en 1791.

- Avez-vous exercé les fonctions de votre ministère en qualité de ministre du culte catholique ? Je n'exerce plus mon ministère depuis que la loi (du 19 fructidor) me l'a défendu.

- Vous êtes-vous émigré ? Non, je suis toujours resté dans la Vendée." On le conduisit sans retard à Angers, où il fut interné à la prison de la Rossignolerie.

A la date du 24 août, le commissaire du Directoire près l'administration centrale de Maine-et-Loire demanda qu'on statuât sur le sort du détenu, et le lendemain, les administrateurs angevins arrêtèrent qu'il serait d'abord interrogé par le juge de paix du premier arrondissement. En conséquence, le citoyen Boulay se rendit, le 5 septembre, à la Rossignolerie, et l'interrogea comme suit :

- Où demeuriez-vous avant la Révolution ? J'étais vicaire à Saint-Maurille d'Angers.

- Avez-vous prêté le serment ordonné par l'Assemblée Constituante le 26 décembre 1790 ? Non ; je suis sorti d'Angers quelque temps après la loi qui l'ordonnait.

- Où vous retirâtes-vous alors ? A Saint-Laurent-sur-Sèvre, où j'ai demeuré pendant deux années ; j'ai également demeuré quatre à cinq mois à Mortagne-sur-Sèvre.

- Qui vous a déterminé à fuir de la ville d'Angers et à vous retirer dans le département de la Vendée ? C'était pour y jouir de la tranquillité, et j'avais des connaissances dans ce pays.

- Exerciez-vous le culte ? Je n'exerçais aucune fonction.

- Où vous êtes-vous retiré depuis 1793 ? A la Tessouale, où j'ai toujours demeuré jusqu'à l'époque où j'ai été arrêté et amené à Angers.

- Exerciez-vous le culte catholique à la Tessouale ? Je l'ai exercé pendant les quatre à cinq mois que j'ai passés à Mortagne ; c'était l'époque de la guerre de Vendée. J'ai également exercé pendant tout le temps que j'ai demeuré à Tessouale jusqu'au 18 fructidor an V. Depuis cette époque, j'ai cessé mes fonctions.

- Vous étiez-vous soumis aux lois qui exigeaient une déclaration (30 mai et 29 septembre 1795) pour exercer votre ministère ? Je n'ai fait aucune déclaration, parce que par le traité de paix qui a eu lieu (à Saint-Florent-le-Vieil, le 2 mai 1795), les prêtres qui habitaient la Vendée et le pays insurgé étaient exempts de toute déclaration et soumission, et on n'en exigeait aucune. Depuis le 18 fructidor, j'ai cessé toutes fonctions, au moyen de ce que la loi le défend. Le Gouvernement, par le traité de paix et d'amnistie, a pardonné tout ce qui a pu être fait de contraire à la loi pendant la guerre, tant aux habitants qu'aux prêtres qui s'étaient retiré dans le pays insurgé.

- Avez-vous pris part à la guerre et l'avez-vous conseillée ? Jamais, je n'y ai pris part, et j'ai fait tout ce qui était en mon pouvoir pour empêcher de prendre les armes. Je suis dans le cas d'en donner la preuve.

- Êtes-vous sorti de France ? Non ; j'ai toujours resté dans les lieux que je vous ai indiqués tout à l'heure.

- Depuis la pacification, n'avez-vous pas conseillé aux Vendéens de prendre les armes ? Pendant la guerre et depuis la pacification, j'ai toujours prêché la paix et la soumission aux lois. J'ai sauvé la vie à quantité de militaires que les habitants de la Tessouale voulaient assassiner. Par mes efforts, j'ai réussi à leur faire donner les pailles, foins et autres denrées qu'on leur demandait pour nourrir les troupes républicaines, objets qu'ils refusaient de donner. Stofflet ayant voulu faire reprendre les armes aux habitants (26 janvier 1796), j'ai empêché que les habitants des environs de ma demeure fussent aux rassemblements qui se faisaient. Cette démarche m'attira l'indignation de Stofflet, qui voulait me faire fusiller. J'ai toujours mis la paix entre les réfugiés et les habitants qui étaient restés dans le pays. J'ai même fait rendre à un grand nombre de réfugiés les effets et argent qui leur avaient été enlevés. J'offre de prouver la vérité de tous ces faits."

Le 10 septembre, le Ministre de la Police écrivit à l'administration centrale de Maine-et-Loire que le prêtre réfractaire Guillon n'était point compris dans les arrêtés de déportation (12 novembre 1797 et 4 février 1798) signés par le Directoire Exécutif contre des ministres du culte du département ; mais cet individu étant reconnu réfractaire aux lois de 1790 et 1792, l'administration centrale pouvait lui appliquer la peine prononcée par la loi contre ce délit politique.

En conséquence de cette lettre ministérielle, les administrateurs de Maine-et-Loire prirent, le 3 novembre, un arrêté condamnant M. Guillon à la déportation :

"Vu les lois des 26 décembre 1790, 22 mars et 17 avril 1791, 26 août 1792, 21 et 23 avril 1793 et celle du 19 fructidor an V ;
- Vu la lettre-circulaire du ministère de la Police Générale (24 octobre 1797), dans laquelle il est dit que les ecclésiastiques qui se trouvent frappés par l'article 23 de la loi du 19 fructidor sont ceux soumis aux lois de 1792 et 1793, remises en vigueur par cet article, qui rapporte la loi du 7 fructidor (24 août 1797), par laquelle elles étaient révoquées ; qu'ils ont dû avoir un délai de quinzaine depuis la publication de la loi du 19 fructidor dans la commune de leur résidence pour sortir de France, et que leur désobéissance à la loi est punie de la déportation dans le lieu qui sera déterminé par le Directoire exécutif ;
- Vu une autre lettre du Ministre de la Police Générale (16 octobre 1798) dans laquelle il est dit que les administrations centrales sont juges du délit politique des prêtres signalés comme réfractaire ; que c'est à elles à statuer sur le fait et à leur appliquer ensuite la loi ; que l'administration doit prononcer sur le délit et transmettre au Ministre extrait de sa délibération ;
- Considérant qu'il est constaté que le nommé Hilaire Guillon, prêtre, est réfractaire aux lois de la République, et que dès lors il est sujet à la déportation prononcée par les lois des 26 août 1792, 21-23 avril 1793, remises en vigueur par celles du 19 fructidor an V ;
- L'administration centrale arrête, après avoir entendu le commissaire du Directoire exécutif, que ledit Guillon sera déporté et conduit par la gendarmerie à la citadelle de l'Ile-de-Ré, conformément à la lettre du Ministre de la Police (19 avril 1798)."


Le même jour, 3 novembre, les administrateurs angevins mandaient au Ministre de la Police : "Conformément à votre lettre (16 novembre 1798), nous vous faisons parvenir expédition de l'arrêté que nous avons pris dans notre séance de ce jour, portant que les nommés Guillon, Bourigault et Gendron, prêtres, atteints et convaincus d'insoumission aux lois de la République, ainsi qu'il résulte de l'interrogatoire que chacun d'eux, a subi devant le juge de paix, seront déportés et conduits à l'Ile-de-Ré, lieu indiqué par votre lettre du 30 germinal an VI" (19 avril 1798). Cet arrêté fut approuvé, le 15 novembre, par le Ministre de la Police et M. Guillon arriva le 5 décembre 1798 à l'Ile-de-Ré.

Libéré le 4 février 1800, M. Guillon se retira d'abord à la Tessoualle. Trois mois après, le 15 mai, étant à Angers, M. Guillon demanda au Préfet sa radiation provisoire de la liste des émigrés arrêté le 1er octobre 1793 ; le 8 juin, le citoyen Montault lui accorda ce qu'il demandait.

Au commencement de 1802, M. Guillon quitta Angers et revint à Denée.

Un arrêté du Ministre de la Police, en date du 4 février 1802, portait radiation définitive du nom de M. Guillon, à condition que ce dernier fit la promesse de fidélité à la Constitution de l'an VIII.

C'est le 2 mai qu'il revint à Angers pour faire cette promesse entre les mains du préfet, moyennant quoi qu'il fut le 8 juin rayé définitivement.

A cette époque, il devint prêtre habitué à la Cathédrale, et plus tard aumônier de Mme Eveillon.

En 1817, il se mit à son ménage, et mourut rue du Volier, le 21 juin 1827 (1er, 2ème arrondissement). Mgr Montault l'avait nommé chanoine honoraire en 1810.

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L'Anjou historique - vingt-quatrième année - octobre 1924