ÉRECTION DE LA "COLONNE" DE TORFOU

C'est le [jeudi] 19 septembre 1793 qu'eut lieu la célèbre bataille de Torfou.

Trente-trois ans après, au jour anniversaire de la bataille, le marquis de la Bretesche fit poser la première pierre d'une colonne en granit destinée à perpétuer le souvenir de ce haut fait d'armes.

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Voici le compte-rendu de la fête, publié par le Journal de Maine-et-Loire :

Les champs de Torfou sont célèbres dans les annales de la Vendée. Tous les corps de l'armée catholique et royale eurent leur part de danger et de gloire dans la sanglante journée du 19 septembre 1793. M. le marquis de la Bretesche, dont le château touche par ses avenues au lieu même de l'action, y fait élever une colonne destinée à perpétuer le souvenir de cette éclatante victoire.

C'est mardi dernier, jour anniversaire de la bataille de Torfou, qu'a été posée la première pierre du monument, au point de jonction des rouges de Poitiers à Nantes, et de Cholet à Tiffauges. Après une messe solennelle célébrée dans la chapelle du château, un détachement de Vendéens en armes forma une double haie et accompagna jusqu'au lieu désigné un nombreux et brillant cortège que suivait la population entière des communes voisines.

Avant de sceller dans la pierre le procès-verbal, les médailles et les pièces de monnaie qui devaient y être renfermés, M. de la Bretesche s'avança au milieu des braves qui se plaisent à le reconnaître pour leur compagnon et pour leur chef, et dans un discours plein des plus religieux et des plus nobles sentiments, il exposa son généreux dessein pour la mémoire des victimes de la bataille de Torfou. Aucun lieu n'était plus propre à recevoir cet hommage que celui où combattirent à la fois toutes les parties de la Vendée qu'un même voeu, un même dévouement armaient pour la défense de l'autel et du trône. Nous regrettons de ne pouvoir faire connaître en entier le discours d'un vrai chevalier français, fidèle à toutes les traditions de la foi et de l'honneur.

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Nous citerons du moins cette péroraison que les vieux soldats d'une sainte cause ont entendue avec une émotion touchante :

"Un tiers de siècle s'est écoulé depuis cette époque mémorable ; les jours d'épreuves ont été longs ; mais le feu sacré s'était conservé dans nos coeurs, et la Providence a eu enfin pitié de la France. Bénissons-la à jamais, cette Providence qui nous a rendu nos Bourbons, cette race légitime et sacrée, ces fils aînés de l'Église, pour qui la Vendée a sacrifié tout, et qui ne croira jamais avoir assez fait pour eux. Sous le règne de Charles le Bien-Aimé, confiant en sa sagesse et en sa prudence, les plus dévoués de ses sujets, aujourd'hui les plus paisibles, se livrent avec sécurité au culte du Dieu de leurs pères et à l'amour de leur Roi. Fasse le ciel que ce bonheur dont jouit la France ne soit plus troublé ! Mais si jamais des ennemis de son repos osaient encore invoquer le démon des révolutions, Vendéens, que cette pierre que nous allons sceller sur le terrain arrosé de votre sang, devienne le garant d'une fidélité à la vie et à la mort que nous jurons ici à nos princes légitimes. Mais dans ce jour d'allégresse, écartons des suppositions funestes, et répétons tous ici avec effusion ces cris d'amour dont les mêmes échos retentissaient il y a 33 ans, au bruit des balles et des boulets : Vive la Religion, Vive le Roi."

M. de Chantreau, sous-préfet de l'arrondissement, qui porte un nom cher à la Vendée, fit aussi entendre des accents dignes de cette réunion, où figuraient, à côté du général Sapinaud, la veuve et les enfants du brave Suzannet, le général de La Rochejaquelein, M. le comte de Colbert, MM. de Romain, de la Roche Saint-André, Soyer, de Chabot, et plusieurs autres officiers distingués par de longs et glorieux services. La présence de M. le comte de Mesnard, premier écuyer de Madame, duchesse de Berry, rappelait les espérances qu'il avait données, dans une fête vendéenne, d'un voyage de l'auguste mère du duc de Bordeaux dans nos fidèles contrées. (La duchesse de Berry vint en Vendée pendant les mois de juin et juillet 1828.) Le 6 juillet 1828, elle était au château du Couboureau.

En rentrant au château, 300 Vendéens trouvèrent, sous un berceau de tilleuls, à l'entrée du beau parc du Couboureau, une table abondamment servie. Des drapeaux blancs flottaient aux branches des arbres avec des guirlandes de laurier et quatre couronnes en l'honneur des quatre corps des armées royales. La même intention avait présidé à la décoration de l'orangerie, dans laquelle furent réunis 70 convives. On lisait sur les murs, dans des cercles de verdure, les mots sacrés qui forment la devise des bons Français : Gloire à Dieu, Vive le Roi ! Le buste de Charles le Bien-Aimé s'élevait au-dessus d'une couronne de fleurs, ornée de quatre drapeaux blancs, qui renfermait le nom des quatre grandes divisions de la Vendée : l'Anjou, la Bretagne, le Haut-Poitou et le Bas-Poitou.

Enfin des chants, inspirés par la fidélité la plus pure et la gaieté la plus franche, des pièces d'artifice et un feu de joie terminèrent ce beau jour, qui a dû procurer à M. et à Mme de la Bretesche des jouissances bien méritées par le généreux et noble emploi qu'ils savent faire de leur fortune.

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Voici maintenant le procès-verbal, dont il est parlé dans le compte-rendu (document communiqué par M. l'abbé Chasles, vicaire à Torfou) :

L'an de grâce 1826, et le 3e du règne de Charles X le Bien-Aimé, roi de France et de Navarre, le mardi 19 septembre, jour anniversaire de la victoire remportée en 1793 à Torfou par les Vendéens réunis de l'Anjou et du Poitou sur les ennemis de l'autel et du trône, Armand-Michel-Marie Jousseaume marquis de la Bretesche, ancien chef de la division vendéenne de Montfaucon, chevalier de Saint-Louis, demeurant en son château du Couboureau, commune de Torfou, voulant perpétuer le souvenir de cette journée glorieuse en élevant un cippe sur le lieu même du champ de bataille, la première pierre en a été posée par Mme Apollonie-Thérèse-Louise Jousseaume marquise de la Bretesche née d'Andigné, sa femme, au point de rencontre des routes de Poitiers à Nantes et de Cholet à Tiffauges et de l'avenue du Couboureau. Et dans un coffret de plomb destiné à recevoir le présent procès-verbal, pour être scellé dans la première pierre, ont été déposées les médailles et monnaies suivantes :

1° Plusieurs médailles données par Charles X aux Vendéens à son avènement au trône.

2° Plusieurs médailles représentant le sacre de Charles X à Reims, le 29 juin 1825.

3° Une médaille frappée à la naissance de Son Altesse Royale Monseigneur Henry-Charles-Ferdinand-Marie-Dieudonné d'Artois, duc de Bordeaux, fils de Charles-Ferdinand d'Artois, duc de Berry, et de Marie-Caroline des Deux-Siciles, petit-fils de Charles X, né le 29 septembre 1820.

4° Une médaille représentant le baptême de Monseigneur le duc de Bordeaux, baptisé le 1er mai 1821.

5° Une médaille frappée par les Vendéens pour perpétuer le souvenir du passage de Son Altesse Royale Madame la Dauphine, alors duchesse d'Angoulême, dans la Vendée, en 1823.

6° Une médaille vendéenne frappée à l'occasion de la pose de la première pierre du monument dédié à Charette, à Legé, entre Nantes et Bourbon-Vendée, sous la date du 2 mai 1825.

7° Une médaille représentant d'un côté la figure de Louis XIV, roi de France, et au revers la victoire planant au-dessus d'une ville ; Esprit Jousseaume marquis de la Bretesche, colonel d'un régiment de dragons de son nom, ayant surpris la ville de Loo, en Brabant, en 1678, Louis XIV fit frapper cette médaille.

8° Plusieurs pièces de monnaie du règne de Louis XVIII le Désiré, de 1815, de 1823 et de 1824, année de sa mort, et quelques autres du règne de Charles X, notre bien-aimé monarque, de 1825 et de la présente année 1826.

La présente cérémonie a eu lieu en présence de M. de Chantreau, sous-préfet de l'arrondissement de Beaupréau, de M. le curé et de M. le maire de Torfou, de MM. les généraux, chefs de division et officiers d'état major des armées vendéennes soussignés, des capitaines de paroisse de la division de Montfaucon et d'une foule de Vendéens d'Anjou, de Poitou et de Bretagne.

Fait en triple expédition, dont l'une sera déposée dans la première pierre du monument, la deuxième à la mairie de Torfou, et la troisième dans les archives du château du Couboureau. Ainsi clos et arrêté sur ledit champ de bataille de Torfou, les jour, mois et an que dessus.

- De Sapinaud, lieutenant-général - Le comte de Mesnard - Comte de La Rochejaquelein, major général en 1815 - De la Sorinière, chef de la division de Chemillé, chevalier de Saint-Louis - Le comte de Colbert - Martin, curé de Montrevault, ancien intendant de la division de Bonchamps - Le comte de Romain, major général de l'armée d'Anjou - F. de Caqueray, chef de division - F. Soyer, chef de la division de Cholet - Le comte de Chabot, chef de division - B. du Doré, chevalier de Saint-Louis, chef de division de l'armée vendéenne d'Anjou - Hubin, chef de bataillon - Desmellier, chevalier de Saint-Louis - Thenaisie, chef de bataillon - De Saint-Germain - Legeay, chef de la légion d'hommes composant la subdivision de Montfaucon - Chevallier aîné, chef de bataillon - Chevallier, commissaire des guerres à la division de Montfaucon - Guignard, chef de bataillon - Denis, président de l'administration royale à Cholet en 1793 et 1794, maire de Torfou pendant 30 ans - Jules Chevallier, adjudant-major - Chevalier de Gourdeau, chevalier de Saint-Louis - A. de Rechignevoisin - Alexandre de Chabot, major de division - La Roche Saint-André, maréchal de camp - Du Chilleau comtesse de Romain - De Suyrot née de La Roche Saint-André - Armande de Gourdeau - C. de Suyrot - Amand de la Blotais - P. de Bellisle veuve d'Andigné - Le chevalier de Lostanges - Sabine de Rivière - Dupouët - Le vicomte de la Bretesche - De Chantreau, sous-préfet de Beaupréau - Foyer, prêtre - Comtesse de Suzannet - Louis de Suzannet - Ferdinand de Mesnard - Léon Baudry-d'Asson - La baronne de Rascas née de Chabot - L'abbé Gourdon - Zénobie de Romain - La marquise de la Bretesche née d'Andigné - Le marquis de la Bretesche, chef de la division de Montfaucon - Brin, maire de Torfou - Rigaudeau, maire de Tiffauges - Giffard, régisseur du château du Couboureau.

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L'Anjou Historique - septembre 1905

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