TRAVOT POLIGNY Z


Le baron Travot (Jean-Pierre), né le 7 janvier 1767 et baptisé le 9 à Poligny (39), est mort le 7 janvier 1836. 

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On connaît le triste évènement qui l'éloigna, il y a du monde et de l'armée.

Entré dans celle-ci, dès sa jeunesse, et comme simple soldat, il s'y éleva par sa bravoure et ses talens aux plus hauts grades.

Adjudant-général dans les premières années de la révolution, il fut nommé général de brigade en 1799, général de division en 1805, et sénateur durant les cent-jours.

La Vendée fut surtout le théâtre où il se trouva malheureusement en scène à divers époques, sous Hoche, d'abord, plus tard, avant et avec Lamarque.

Il prit aussi toutefois une part glorieuse aux guerres d'Espagne. Depuis longtemps il habitait à Montmartre la maison du docteur Blanche, retraite à laquelle l'avait prématurément condamné la perte de sa raison.

Plusieurs de ses anciens camarades et amis ont, en assistant à son convoi, rempli un dernier devoir que leur imposait le souvenir d'un citoyen aussi honorable qu'infortuné.

Dans le nombre se distinguaient les généraux Bayer, Thiébault et Piquet, les députés Chatry-Lafosse, Dinirans, Paganel et Viennet.

Nous empruntons au discours de celui-ci quelques détails qui feront mieux connaître le caractère de la vie du brave Travot.

"Il n'existait plus depuis longtemps pour ses amis, pour sa famille, pour l'armée, a dit M. Viennet, celui dont la tombe va renfermer la dépouille mortelle. L'esprit des vengeances politiques l'avait frappé à mort, à une de ces époques désastreuses qu'on voudrait effacer de nos annales. Travot avait été prédestiné par la fortune des armes pour cette guerre impie dont la Vendée était le sanglant théâtre, et il fallait avoir comme lui la religion du devoir pour se résigner à cette longue et douloureuse mission. Il sut y acquérir du moins une de ces gloires qui ne sont pas même contestées par les partis. Nous ne parlerons pas de son courage. Ses combats de chaque jour en furent des témoignages éclatants ; mais il y déploya toute la noblesse d'un beau caractère, tout ce qu'il y avait de candeur et de pureté dans son âme ; et ceux qui redoutaient son bras armé cessaient de le craindre, dès qu'ils ne paraissaient plus devant lui qu'en prisonniers. Charette vaincu ne voulut rendre son épée qu'au général Travot ...

Travot, cependant, fut une des victimes choisies par les implacables ressentiments qui se manifestèrent en 1815. On joignit la dérision à la férocité. Par un raffinement de barbarie, ses ennemis parvinrent à le dérober à la loi d'amnistie qui allait être proclamée. On se hâta de commencer un procès dont l'infamie ne tomba que sur les accusateurs et sur les juges. On osa lui faire un crime de sa clémence, parce que cette clémence, disait-on, avait fait des prosélytes à la révolution.

Heureusement pour Travot, ou plutôt pour sa famille, il se rencontra sur les marches du trône un ministre qui se souvint de son origine, qui rougit pour son roi de l'atrocité qu'on allait commettre en son nom. L'arrêt de mort fut cassé par la justice royale ; mais si la sentence n'avait frappé le vainqueur, le pacificateur de la Vendée, le compagnons des conquérants de Lisbonne, un homme dans toute l'énergie de ses facultés, dans toute la vigueur de sa pensée, la clémence ne tomba que sur un infortuné privé de sa raison, sur un objet de pitié, et l'indignation publique châtia d'autant plus ses juges, sans que la reconnaissance put s'attacher à un pardon tardif qu'on avait eu tant de peine à obtenir.

Depuis ce moment, le malheureux Travot fut condamné à finir sa vie dans l'obscurité, dans la douleur, loin des consolations d'une épouse dont les supplications et les larmes avaient triomphé de la vengeance. Mais ce bienfait n'étit pas même entré dans la mémoire d'un infortuné dont il conservait la triste existence. Il ne reconnaissait, il ne voulait revoir ni sa femme, ni sa famille. L'époux, le père, le général, le citoyen avaient péri en lui ; et le seul jour où il a été permis à l'un de ses enfants de l'approcher, il n'a plus trouvé sous ses yeux que le cercueil qui est devant vous, et que ce fils arrose de ses larmes !"

Le général Travot a laissé deux fils, l'un capitaine d'artillerie, l'autre lieutenant de cavalerie à l'école de Saumur.

Le Mémorial de l'Ouest - Dimanche 24 janvier 1836 - n° 4


 

COMMANDEUR DE LA LEGION D'HONNEUR, LE 14 JUIN 1804

Fils :
Philibert-Victor, fils de Jean-Pierre Travot, aide-major de la garde nationale de Poligny, et de demoiselle Danielle Cherin, est né et baptisé le 16 mars 1791. - Chevalier de la légion d'honneur en 1818.