LES DÉPUTÉS DES DEUX-SÈVRES ET LE PROCÈS DE LOUIS XVI

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La découverte de documents dans un placard secret des Tuileries prouve les intrigues du roi avec les pays en guerre contre la France. Son procès longtemps ajourné par les Girondins, devient indispensable. Il débute en décembre 1792 ; et le 14 janvier 1793, la Convention décide de se prononcer par appel nominal sur trois questions :

1) Louis est-il coupable de conspiration contre la liberté et la nation, et d'attentat contre la sûreté générale de l'État ? A l'image de tous leurs collègues, les députés des Deux-Sèvres (sauf Duchâtel, malade) répondent par l'affirmative.

2) Y aura-t-il appel à la nation de la sentence rendue (cette question traduit une ultime tentative des Girondins pour sauver le roi) ? Comme l'ensemble de l'Assemblée, la députation des Deux-Sèvres se divise : 426 députés (parmi lesquels Auguis, Cochon et Dubreuil-Chambardel) rejettent l'appel au peuple. 278 (parmi lesquels Lecointe-Puyraveau, Lofficial et Jard-Pauvilliers) l'approuvent.

- LECOINTE-PUYRAVEAU : "Je déclare que je ne me présente point en qualité de juge, mais avec le caractère de représentant du peuple. Mardi, j'ai voté pour l'appel au peuple. Vous avez rejeté cet appel ; je respecte votre décision ; le peuple la jugera. Je représente le peuple, le peuple a été assassiné par le tyran. Je vote pour la mort du tyran".

- DUBREUIL : "Si je ne consultais que mon coeur, je ferai grâce ; mais, comme législateur, je consulte la loi ; la loi a parlé, je prononce la mort".

- COCHON : "J'ouvre la déclaration des droits, j'y lis : la loi doit être égale pour tous ; comme juge, je dois appliquer la loi ; la loi prononce la mort ; je vote pour la mort".

- LOFFICIAL : "Si j'avais à émettre un voeu comme juge, je voterais pour la mort ; mais je n'ai point ce pouvoir ; mes commettants m'ont envoyé pour faire des lois, et non pour juger. Je vote pour la détention et le bannissement".

- JARD-PANVILLIER : "Quoiqu'il soit contraire à mes principes de prononcer la peine de mort, je n'hésiterais pas à la voter si la tête du dernier conspirateur pouvait tomber avec celle de Louis. Je vote pour la détention jusqu'à la paix et le bannissement à cette époque".

- AUGUIS : "J'obéis au décret qui m'a rendu juge. Le tyran mérite la mort ; mais ne serait-il pas plus utile de le garder pendant la guerre, et de le déporter à la paix ? Je vote pour ce dernier parti". (Le Moniteur, XV 207).

A la dernière minute, sollicité par Lofficial, Duchâtel, malade, quitte son lit pour venir voter en faveur du bannissement. Son arrivée à la tribune, en robe de chambre et la tête entourée de flanelle, fait sensation. Un membre de la Montagne s'écrie : "Quel est le royaliste qui est allé chercher un spectre pour sauver le tyran" ?

Extrait : Les Pays des Deux-Sèvres, sous la direction de Jean Combes et Michel Luc - 2e édition - 1979