Puy du Fou gravure z

CHARLES-JOACHIM GIRAUD, DERNIER SÉNÉCHAL DU PUY DU FOU

Fils de François Giraud, sieur de La Clairie, et de Marie-Louise Basty, Charles-Joachim a été baptisé à La Ferrière, le 13 septembre 1742.

 

Giraud Charles-Joachim baptême z

 


Parmi les victimes les plus marquantes de la Révolution aux Épesses, il faut compter messire Charles-Joachim Giraud, sieur de la Limouzinière, avocat au Parlement de Paris, lieutenant, sénéchal, juge civil et de police de la baronnie du Puy du Fou.

A la fois notaire, juge et régisseur, il appartenait à Charles-Joachim Giraud, comme tel, de présenter à qui de droit et en temps voulu les hommages de la baronnie, d'en établir le dénombrement, d'en percevoir les redevances, de rédiger les actes de vente ou autres, de régler les différents ou les litiges entre les particuliers, de faire rendre gorge aux voleurs et de punir les malandrins, bref de faire régner l'ordre et la paix sur toute l'étendue de la baronnie.

Charles-Joachim Giraud remplissait ces fonctions depuis au moins le 1er octobre 1781, date à laquelle on le voit parapher, comme sénéchal, le registre des assises de la baronnie du Puy du Fou ; il avait épousé, aux Épesses, l'année précédente, par contrat du 16 mai, Charlotte Merlet ; et ceci laisse supposer que déjà il exerçait ses fonctions de sénéchal du Puy du Fou.

Quand éclata l'insurrection, Charles-Joachim Giraud, étant donné ses fonctions, ne pouvait évidemment pas rester indifférent ni se tenir à l'écart. En fait, il opta résolument et, dès le premier jour, pour le mouvement qui dressa la Vendée contre l'hydre révolutionnaire ; et, par cela même, il fut mêlé d'assez près aux évènements dramatiques, dont à plusieurs reprises, Les Épesses furent le théâtre, durant cette période mouvementée. Finalement, il paiera de sa vie son attitude contre-révolutionnaire.

C'est ainsi que nous le voyons, en 1792, tenter d'arracher au Sequestre en sa qualité de sénéchal, la terre du Puy du Fou. Il fallait jouer serré ! Le sénéchal, par bonheur, put produire des pièces qui établissaient péremptoirement que la terre du Puy du Fou n'était plus, à aucun titre, la propriété de M. de Marconnay ; mais la procédure traîna en longueur, si bien que l'affaire n'était pas encore liquidée au mois de mai 1794.

Charles-Joachim Giraud, comme il se devait, fit partie, en 1793, du premier, puis du second comité contre-révolutionnaire des Épesses. Au sein de ces comités, le sénéchal prendra des initiatives qui lui vaudront la haine, une haine implacable d'un "patriote" des Épesses : Songez donc, aux beaux jours de l'insurrection, il avait eu l'audace, en compagnie de cinq autres notabilités des Épesses, de "forcer ce bon "patriote", alors que celui-ci était détenu aux Herbiers, à lui donner 10.440 livres provenant de la vente des effets du nommé Grignon (marquis de Pouzauges) et de sa femme, émigrés, laquelle somme ils avaient ensuite compté au nommé Donissan, général des brigands, qui leur en avait donné quittance". Affreux ! Comique aussi ! Pour un patriote, et surtout un tel "patriote", se faire dévaliser par des "brigands", et voir son argent servir la cause exécrée des Vendéens ! quel crime impardonnable !

Aussi quand, le 8 novembre 1793, le citoyen Baron viendra "révolutionner" Les Épesses, le sénéchal du Puy du Fou et ses complices ne seront pas oubliés. Notre "patriote", qui n'en est pas encore revenu du mauvais tour qu'on lui a joué, les fera figurer en bonne place sur la liste des "individus" à arrêter.

Mais Baron a beau multiplier ses recherches dans toutes les directions, Charles-Joachim demeure introuvable ! Baron devra repartir sans avoir pu lui mettre la main au collet. Le pauvre "patriote" des Épesses en a littéralement perdu le sommeil ! Deux jours plus tard, le 13 novembre, n'y tenant plus, il écrit à Baron de retour à Cholet : "Il nous faut encore Giraud ; l'on m'a assuré qu'il était caché à la métairie de Roche-Neuve, paroisse de Saint-Malo-du-Bois". Là ou ailleurs, Charles-Joachim Giraud est parfaitement introuvable ! Et, deux mois plus tard, à la fin de janvier 1794, il assistera impuissant à l'incendie du château du Puy du Fou.

Les Vendéens ont réagi rigoureusement contre les colonnes infernales, tant et si bien qu'à partir de mai 1794, et même auparavant, le pays jouira d'une sécurité relative. Charles-Joachim en profitera pour sortir de sa cachette ; il reprendra même, au moins partiellement, ses fonctions de sénéchal ; on le voit intervenir dans les affaires de la baronnie le 27 mai 1794. Ce sera pour la dernière fois !

Quelques jours plus tard, au début de juin vraisemblablement, il était massacré en plein bourg de Chambretaud, dans des circonstances mal définies, par "les soi-disant patriotes républicains". C'est ce que nous apprend une liste établie, le 19 juin 1794, par l'abbé Gabard, curé de Chambretaud, assisté de deux notables de l'endroit, liste comprenant quarante "catholiques qui ont été massacrés" ici ou là, à différentes reprises, sur le territoire de la paroisse.

Girault sénéchal des Epesses

Les Epesses Gabard signature

Ainsi finit glorieusement le dernier sénéchal du Puy du Fou, victime de ses convictions religieuses. Désormais, avec le nouvel ordre de choses, il n'y aura plus que des régisseurs au Puy du Fou ; ils feront les affaires du propriétaire, mais ils n'exerceront plus les fonctions de notaire, et surtout ils ne rendront plus la justice.

Extrait : Le Puy du Fou, Châteaux et Seigneurs - par Eugène Deriez - imprimerie S. Pacteau - Luçon - 1964

AD85 - Registres paroissiaux de La Ferrière - Registre clandestin de Chambretaud.