St Martin des Noyers la Brenauderie cassini z


Le village de la Brenauderie dépend de Saint-Martin-des-Noyers. Il est situé à l'ouest du bourg, dans la direction de la forêt des Essarts.

C'est là qu'habitait, à l'époque de l'insurrection, PIERRE PUAUD, père de la vieille Vendéenne qui documenta le curé Hillairet ...

La famille Puaud était nombreuse : trois générations habitaient sous le même toit. Pierre Puaud était âgé de seize ans ; Jean, son père, en avait quarante-cinq ; le grand-père, Jean-Baptiste, était presque octogénaire.

A la Brenauderie, la tranquillité n'avait point été troublée pendant la première période de la guerre, grâce à la protection de l'armée du Centre qui, dès le début, avait tenu en échec les troupes républicaines venues du côté de Luçon et de Fontenay.

Après la dislocation de l'armée protectrice, dislocation qui coïncida avec le passage de la Loire, cette partie du pays, comme d'ailleurs le Bocage tout entier, se trouva sans défense ; mais toutes les forces dont pouvait disposer la République ayant marché à la poursuite de la Grande Armée, le calme continua à régner jusqu'à ce que celle-ci eût été définitivement écrasée à Savenay, le 24 décembre.

Au mois de janvier 1794, les colonnes infernales envahirent la contrée et ce fut alors seulement que commença pour les malheureux habitants, jusque-là épargnés, la période des incendies et des massacres. Le village de la Brenauderie devait être éprouvé entre tous.

Ce matin, il est tout à coup envahi par une colonne qui met le feu aux maisons, s'empare des gens qui n'avaient pas eu le temps de se sauver, puis, froidement, s'acharne à torturer le gibier : telle était la cynique expression dont se servaient les massacreurs pour désigner leurs victimes.

Les bourreaux commencent par le grand-père Puaud. Ici je copie textuellement le manuscrit rédigé par le curé Hillairet, sous la dictée d'Hortense Puaud, et gracieusement mis à ma disposition par son détenteur, M. le comte de Chabot :

"Au plus fort de la guerre, le village est envahi un jour par les Bleus, qui se livrent à leurs atrocités ordinaires. Ils saisissent le vieillard, lui passent une corde au cou et l'entraînent au bord d'une fosse. Pendant plus d'une heure ils lui font faire le tour de la fosse en le frappant et l'injuriant. Ils le menacent de l'y jeter s'il ne veut pas crier : Vive la République ! Mais à chaque sommation, il répond hardiment : Crève la République ! Sans cesse il faisait son signe de croix, croyant à chaque instant qu'on allait l'achever. A la fin les Bleus l'étranglent et le noient dans la fosse."

Après le vieillard, ce fut le tour de son fils JEAN, père de Pierre et grand-père d'Hortense Puaud. Le manuscrit poursuit ainsi :

"JEAN PUAUD, âgé de quarante-cinq ans, saisi par les soldats en même temps, fut invité à crier lui aussi : Vive la République ! A chaque fois qu'on lui disait : Allons ! crie donc Vive la République ! il répondait : "Y ne hucherai jamais votre République, je suis un bon chrétien !" On le menace de le sabrer : "Je le veux bien, dit-il, mais laissez-moi dire un acte de contrition et faire un signe de croix". Son corps fut haché par morceaux et jeté dans la fosse avec le cadavre de son père."

A peine Jean Puaud avait-il rendu le dernier soupir, que les massacreurs passèrent à d'autres victimes plus jeunes :

"La fille de Jean Puaud, MARIE-RENÉE, fut sabrée en même temps. La pauvre fille s'efforçait d'amortir les coups en se couvrant la tête avec son tablier : à chaque nouvelle blessure, elle faisait un signe de croix. Son frère, François, et ses deux cousins germains, JACQUES et PIERRE PUAUD, subirent le même sort."

Cela faisait six victimes d'un seul coup !

Le futur grand-père d'Hortense, Pierre Puaud, petit-fils, fils, frère et cousin germain de ces martyrs, ne se trouvait point dans le village lorsque les Bleus y firent irruption ; il arriva pendant qu'on massacrait ses parents. "A cette vue (ici encore je copie textuellement le manuscrit dicté par Hortense), il voulut fuir. Les Bleus, l'apercevant, se mettent à sa poursuite.

Arrivé en face d'un haut buisson d'épines, il va être pris, les ennemis le touchent presque. Alors le pauvre garçon fait un grand signe de croix et invoque tout haut son Bon Ange : "Mon bon ange gardien, dit-il, soyez mon aide et mon soutien !" Puis il s'élance au-dessus de ce buisson très épais et très élevé.

Il était temps : un des soldats lui tire un coup de fusil, un autre lui envoie un coup de baïonnette ; la balle manque heureusement son but, mais la baïonnette lui perce le talon. Le fugitif franchit le buisson ; les Bleus cessent la poursuite.

Pierre rejoignit l'armée de Charette, près des Essarts. Il fit ensuite avec le héros, avec La Roberie et avec Joly, toutes leurs campagnes. Partout, racontait-il, quand nous passions devant les églises brûlées et les calvaires abattus, Charette nous faisait arrêter et nous disait de saluer avec nos sabres".

PIERRE PUAUD vécut jusqu'à l'âge de quatre-vingts ans : on voit qu'il eut tout le temps de raconter à sa fille l'horrible drame dont il avait été témoin. Il était pauvre et, comme tant d'autres, hélas ! n'eut aucune part aux faveurs dont l'ingrate Restauration se montra si étrangement prodigue à l'égard de certains régicides ! Pour tout secours, lisons-nous dans la relation dictée à l'abbé Hillairet, "il reçut une somme de cent francs qui lui fut donnée un jour par M. le comte de Chabot du Parc, qui lui dit : "Quand tu auras besoin, mon brave Pierre, reviens." Pierre ne revint pas solliciter son bienfaiteur, car, dit sa fille, il n'aimait pas à se plaindre."

Jusqu'à sa mort il se ressentit de la blessure reçue le jour du massacre de la Brenauderie : "Chaque année, racontait Hortense au curé Hillairet, notre père nous faisait rogner la petite corne qui lui poussait au talon."

Notons en terminant, toujours d'après le manuscrit en possession du comte de Chabot, que le martyrologe de la Bernauderie ne se borne point aux six victimes dont j'ai ci-dessus rapporté le martyre :

"Dans le village de la Brenauderie, où dix-huit membres de la famille Puaud avaient été massacrés, un maçon, nommé JEAN BONNIN, fut martyrisé par les Bleus qui lui coupèrent le nez et les oreilles : surpris par La Roberie, ils s'enfuirent laissant en cet état le malheureux Vendéen."


La Vendée Historique - N2 - Février 1909