LA FILLEULE DE SAINT LAURENT


Parmis les anciens dont l'abbé Hillairet avait eu l'heureuse idée de mettre à contribution les souvenirs, figurait une vénérable paroissienne de la Rabatelière, Hortense Puaud. La bonne vieille était presque nonagénaire, mais encore très verte en 1893, époque à laquelle son témoignage fut recueilli par le scrupuleux enquêteur. Elle-même avait comme répondants deux témoins : Pierre Puaud, son père, et Marie Piveteau, sa mère.

Originaire du village de la Bernauderie en la paroisse de Saint-Martin-des-Noyers, Pierre Puaud était âgé de seize ans en 1793 ; après la destruction de la Grande Armée, il fit toute la guerre sous les ordres de Charette.

Marie Piveteau était à peu près du même âge que son mari ; à l'époque de l'insurrection elle habitait, en la paroisse de Saint-Fulgent, et assista à tous les événements dont cette partie du Bocage fut le théâtre jusqu'à la fin de la tourmente.

Si j'ajoute que la vieille Vendéenne, fille de deux témoins si bien placés, était une fervente catholique, incapable de proférer le moindre mensonge, et que son confident, le pieux abbé Hillairet, était lui-même un modèle de probité, c'est plus qu'il n'en faut pour m'autoriser à garantir la véracité des récits qui nous sont transmis par ce double canal.

Cela dit, écoutons, d'après les notes du bon curé de la Rabatelière, ce que racontait Hortense Puaud, et commençons par le témoignage de sa mère, Marie Piveteau.

Saint-Fulgent la Clavelière z


C'était à l'époque où les colonnes infernales, venues du Haut-Bocage, portaient le fer et la flamme à travers le Bas-Pays.

Tous les hommes valides de la contrée avaient rallié Charette, qui, faisant partout tête à l'ennemi, courait çà et là à la rencontre des massacreurs.

Au village de la Clavelière [la Basse-Clavelière], situé près du bourg de Saint-Fulgent, il ne restait plus que les femmes et les enfants, sous la garde d'un bon vieux, le Père Antoine Baudry, qui, bien qu'encore assez ingambe, avait dû renoncer à suivre les gâs.

Un jour, les bandes infernales sont tout à coup signalées du côté du village de la Bourolière en Saint-André-Goule-d'Oie, où, entre autres horreurs, elles avaient embroché tout vivant un enfant au berceau, le petit David, et martyrisé un pauvre vieillard sourd et à moitié aveugle, nommé Jean Minot.

Au cri de "voilà les Bleus !" les maisons de la Clavelière se vident en un clin d'oeil, et tout le monde court chercher un refuge dans les fourrés voisins. Seule, une jeune femme, la femme Maindron ne peut suivre les fuyards : le matin même, elle a mis au monde une petite fille ; le Père Baudry et les voisines n'ont pas eu le temps de l'aider à se sauver et les Bleus la surprennent dans son lit, où, tremblante de frayeur, elle serre entre ses bras le cher être auquel elle vient de donner le jour. [Nous sommes le 29 février 1794.]

Sans pitié à ce spectacle, qui eût attendri des sauvages, les bandits républicains saisissent la mère et l'enfant, puis les traînent au milieu du village, dont toutes les maisons sont déjà en flammes.

Là, un des chefs de ces misérables, brandissant un gril, déclare à la femme Maindron, plus morte que vive, qu'avant de la tuer elle-même, on va faire rôtir sa petite fille sous ses yeux ! ...

L'innocente victime est aussitôt attachée sur l'instrument du supplice, et déjà l'un des bourreaux apprête les tisons, quand tout à coup, à l'entrée du village, éclate une vive fusillade ...

Ce sont les gâs de Charette qui attaquent les massacreurs.

Hardis contre les femmes et les enfants, mais lâches devant la moindre poignée d'hommes résolus, les Bleus s'empressent de prendre la décampe, avant d'avoir pu accomplir l'acte de barbarie dont ils espéraient se repaître : la femme Maindron et sa fillette étaient sauvées !


La petite échappée au martyre vécut jusqu'à l'âge de 75 ans. Elle avait reçu au baptême le nom de Marie, mais, comme lui disait en plaisantant Hortense Puaud, on aurait dû l'appeler plutôt Laurence, en souvenir de saint Laurent qui, lui aussi, avait été mis sur le gril ... De fait, les compagnes de Marie Maindron ne l'appelaient ordinairement que la "filleule de saint Laurent".


La Vendée Historique - 20 décembre 1908


 

LA BASSE CLAVELIERE


- Marie-Anne Maindron, fille de Charles, laboureur, et de Marie Charieau, est née à Saint-Fulgent le 29 février 1794, baptisée le 29 avril suivant.

Elle est décédée à Saint-Fulgent, le 3 avril 1870. Elle était veuve de Joseph Bardet. Son fils, François Bardet, déclare son décès.

 

Maindron Marie-Anne St-Fulgent zzz

 

Maindron Marie-Anne St-Fulgent zz

Maindron Marie-Anne décès z

 

 


 

LA BASSE CLAVELIERE ZZZ

FRÈRES ET SOEUR :

- Jean, naît à la Basse Clavelière le 21 avril 1796.

Maindron Jean 1796 baptême z

  

Rose-Françoise-Geneviève, est née le 13 floréal an VII (2 mai 1799), baptisée le lendemain.

MAINDRON Rose-Françoise-Geneviève z

 

- François, né le 21 messidor an VIII (10 juillet 1800)

 

MAINDRON FRANÇOIS BAPTEME

 

- Charles (acte non trouvé)