UN PRÊTRE BRETON GUILLOTINÉ A ANGERS (1794)

Grand Auverné église


Fils de François Petiteau et de Renée Chauveau, né à Varades en 1758 (baptisé le 26 juin de la même année), M. Pierre Petiteau fut ordonné prêtre à Nantes le 22 décembre 1786 et nommé vicaire au Grand-Auverné.

Petiteau baptême z

Petiteau signature z

Au lieu de se soumettre à la loi du 26 août 1792 qui les condamnait à la déportation en raison de son refus de serment, M. Petiteau se cacha dans sa paroisse natale et les environs.

A la fin de juin 1793, il se joignit aux Vendéens qui se dirigeaient vers Nantes pour faire le siège de cette ville.

Après l'échec de l'armée catholique et royale devant Nantes (29 juin), M. Petiteau alla demeurer à Saint-Florent-le-Vieil.

A la date du 4 août, le "conseil" de cette commune lui délivra un passeport ainsi conçu : "De par le roi. Laissez passer librement le sieur Petiteau, prêtre, allant pour ses affaires à Montjean et dans tout le pays reconquis". Cette pièce était signée de M. Guérif et d'un autre membre.

Passage de la Loire zzz

M. Petiteau passa la Loire à Saint-Florent-le-Vieil au début d'octobre 1793, et, au lieu de suivre l'armée vendéenne en Normandie, il se cacha de nouveau dans son pays natal.

Un ouvrier mineur de Montrelais, nommé Piton, qui était détenu à la prison nationale d'Angers, déclara, le 10 janvier 1794, au Comité révolutionnaire de cette ville que Misset, directeur des mines, l'avait forcé de suivre les Vendéens, avec lesquels il était resté pendant trois semaines. Il jura sur sa tête de le découvrir, ainsi que l'abbé Petiteau et autres. Le même jour, le représentant du peuple Francastel autorisa le Comité à nommer un commissaire qui se transporterait, avec Piton et deux gendarmes, pour arrêter les personnes dénoncées.

Montrelais zzz

Effectivement, le 13 janvier, M. Petiteau fut arrêté dans les mines de Montrelais, en même temps qu'Étienne Misset et François Aubey*, le premier directeur et l'autre caissier de ces mines. On les conduisit tous les trois à Angers, où, le soir du même jour, ils furent internés à la Prison nationale, place des Halles.

Le 15 janvier, le Comité révolutionnaire d'Angers fit comparaître devant lui, à l'Évêché, M. Petiteau, et procéda à son interrogatoire de la façon suivante :

"Où avez-vous été arrêté ? - Dans les mines de Montrelais, où j'étais depuis trois jours. - Depuis quand étiez-vous dans l'armée catholique ? - Depuis l'époque où, sortie au mois de juin d'Angers dont elle s'était emparée, elle se porta sur Nantes, y fut repoussée et repassa la Loire à Varades. - Quelle commune avez-vous habitée dans le pays ennemi et quel emploi exerciez-vous parmi les brigands (Vendéens) ? J'habitais Saint-Florent-le-Vieil, j'y ai dit la messe et même donné la communion, à ce que je crois. - A combien de batailles vous êtes-vous trouvé dans la Vendée ? - A aucune. - Pourquoi ayant refusé le serment exigé par la loi (26 décembre 1790), vous êtes-vous ingéré de remplir les fonctions que cette loi vous interdisait ? - Je ne croyais nuire à personne. - Avez-vous suivi les brigands à Varades et les avez-vous toujours accompagnés dans leurs marches ? - J'ai passé la Loire avec eux (qui la passèrent le 18 octobre), et je ne les ai pas suivis depuis ce moment, errant dans les communes de Montrelais, La Chapelle-Saint-Sauveur, Saint-Herblon, Varades et autres. - N'aviez-vous pas transporté dans les mines, lieu de votre retraite, tous les vêtements de votre prétendu culte, tels que bréviaire, rabats, saintes huiles et autres pourritures de cette espèce ? - Oui. - N'avez-vous jamais demandé ni obtenu de passeports des divers conseils provisoires établis par les brigands pour aller dans le pays conquis prédicander et faire des prosélytes à votre prétendue religion catholique, apostolique et romaine ? - J'en ai reçu deux environ".

Le 16 janvier, le Comité révolutionnaire envoya cet interrogatoire à la Commission militaire, qui, le lendemain, fit comparaître M. Petiteau dans la chapelle des Dominicains, lieu ordinaire de ses séances publiques.

Voici les nouvelles questions que la Commission militaire lui posa :

- "Pourquoi ne vous êtes-vous pas soumis à la loi qui exigeait la prestation de serment ? J'étais libre dans le temps, la loi ne me forçant pas de le faire. - Quelles paroisses desserviez-vous ? - Auvernay. - Pourquoi ne vous êtes-vous pas soumis à la loi de la déportation ? - Pour cause de maladie et d'autres raisons particulières de pauvreté. - Ce dernier prétexte est faux, puisque la loi y pourvoyait ? - Je croyais qu'on ne donnait rien aux déportés. - Pourquoi êtes-vous resté dans un pays insurgé et vous êtes-vous caché dans un des puits des mines de Montrelais ? Ne sachant où aller, j'étais obligé de me cacher, tantôt d'un côté, tantôt d'un autre."

Séance tenante, M. Petiteau fut condamné à mort pour les cinq motifs suivants :

- Avoir eu des intelligences et des liaisons intimes avec les brigands de la Vendée ;
- N'avoir point obéi à la loi de la déportation ;
- Avoir suivi ces scélérats dans leur marche contre-révolutionnaire pour les exciter au massacre des patriotes ;
- Avoir été trouvé nanti d'un passeport daté du règne d'un prétendu Louis XVII ;
- Avoir par les délits ci-dessus conspiré contre l'égalité, la liberté et la souveraineté du peuple.

Dans la soirée du même jour, 17 janvier (28 nivôse an II), vers quatre heures, M. Petiteau fut guillotiné sur la place du Ralliement, en même temps que MM. Misset et Aubey, ses compagnons de captivité (Archives de Maine-et-Loire).

Le lendemain de la mort de cet ecclésiastique, M. Gruget, curé de la Trinité d'Angers, caché dans une maison d'où il avait vue sur la place du Ralliement, écrivait dans son journal :

"Le vendredi 17 janvier 1794 (a été guillotiné), M. Pierre Petiteau, natif de Varades, prêtre non jureur, vicaire à Auvernay près Châteaubriand, diocèse de Nantes, âgé d'environ 35 ans. C'était un prêtre très instruit et très édifiant. Il s'était souvent sacrifié pour rendre service à tous ceux qui avaient recours à son ministère. Il a confessé sa foi jusqu'à la mort en mourant pour la religion".

L'Anjou historique - avril 1923 - p. 108 - 110.

* François Aubey, natif de la commune de Condé-sur-Noireau, département de la Manche, caissier des mines de Montrelais ;
Etienne Misset, natif de la commune de Sedan, département des Ardennes, inspecteur général des mines de France et Directeur de celles de Montrelais.