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En Haute-Loire sont passés de nombreux proconsuls : Lacoste, Faure, puis à partir du mois d'août 1793, Reynaud qui s'est décoré du nom de Solon.

Maintenant celui qui domine, c'est GUYARDIN, en attendant qu'arrive de Nîmes le représentant Borie, investi de pouvoirs généraux, non seulement sur le Gard, mais sur trois des départements cévenols.

Or tous ces hommes, en leurs dépêches, sont unanimes : l'ennemi à détruire, presque l'unique ennemi, c'est le fanatisme.

Parmi les prêtres, beaucoup n'ont pu se résoudre ni à s'exiler, ni à se rendre dans les maisons de réclusion. Ils sont demeurés en leur pays, robustes et durs à la fatigue comme de vrais montagnards, sobres par habitudes de vie autant que par austérité, doublement exempts de crainte par courage naturel et par foi, protégés contre les poursuites par les mauvais chemins et les montagnes, sûrs en outre d'un abri dans leur détresse, tant le peuple de ces contrées leur est fidèle !

Tout ce qui peut se rassembler de rigueurs s'est accumulé. Par arrêté du 29 nivôse, toutes les églises ont été fermées. Tout les emblèmes religieux ont été abattus. Le repos décadaire a été imposé sous peine d'amende et de suspicion. Déjà deux prêtres ont été condamnés à mort par une commission militaire, et un autre guillotiné à Brioude. Trois autres, les abbés DELOUCHE, GARENTHES, DU GRAIL, ont été exécutés au Puy.

Cependant la colère se tourne contre les femmes. On s'avise qu'elles sont les grandes agitatrices. Il y a les anciennes religieuses : dominicaines, carmélites, ursulines, soeurs de Saint-Joseph, soeurs de Saint-Pierre, soeurs du Bouillon, soeurs du Pot. Il y a les béates, les filles de carreau, les maîtresses de dentelles, toutes plus ou moins constituées en tiers ordre. Un arrêté du 27 germinal les astreint, toutes sans distinction, au serment sous peine d'être emprisonnées.

La commune du Puy va plus loin, et, servile avec luxe, médite d'étendre l'arrêté à toutes les femmes de la ville qui ne fréquentent pas le temple de la Raison. - Au Puy, une quarantaine de religieuses prêtent serment. Mais ailleurs aucune violence n'intimide ni ne réduit. Parmi les béates, aucune ne cède. Les prêtres demeurent le plus souvent insaisissables. En beaucoup de communes il y a, suivant l'expression de Reynaud, "entière pénurie de patriotes". Ainsi en est-il dans les cantons de Saugues, de Fay, du Monastier ; ainsi en est-il surtout dans la région d'Yssingeaux, alors l'une des plus pieuses de France.

Il faut abattre ceux qu'on appelle les rebelles. Le printemps a fondu les neiges, amélioré les routes. Les jours plus longs rendent moins redoutables les embûches.

Dès la fin de germinal, s'organisent les expéditions qui fouilleront le massif du Mezenc, les bois de la Chaise-Dieu, et, tout aux limites du Cantal et de la Lozère, les monts de la Margueride. Le Représentant Guyardin commande. Derrière lui s'agite au Puy, sous le nom de Société Populaire, un club peu nombreux, mais pire que lui. Le mot d'ordre est de saisir tous les ecclésiastiques réfractaires. Mais pour les saisir sûrement, il faut s'emparer de ceux qui leur donnent asile. Aussi bien, la loi toute rcente du 22 germinal a montré la voie à suivre. "Sus aux receleurs de prêtres", telle est la consigne qu'emportent avec eux gendarmes et gardes nationaux.

Le tribunal criminel du Puy a été récemment épuré et, suivant l'expression du temps, "mis à la hauteur". Ce fut vers lui que les limiers de police rabattirent les victimes.

En ce pays lointain se déroulèrent des audiences tragiques et obscures, meurtrières jusqu'à rendre jaloux Fouquier-Tinville.

Le 29 floréal comparut devant les juges un prêtre, chapelain de Villeneuve-de-Fix, qu'on appelait BERNARDON.

Depuis longtemps il errait dans la région de Brioude, vivant de charités, changeant souvent d'abri, exerçant pourtant son ministère. Le 22 floréal (11 mai 1794), il avait été arrêté dans la maison de son père, un vieillard de quatre-vingt-onze ans, chez qui il avait passé la nuit. Son sort n'était point douteux : il n'avait prêté aucuns serments ; il avait baptisé, confessé, assisté les mourants, et, loin de s'en défendre, le déclarait fièrement ; sur lui on avait trouvé des écrits de sa main, prières, exhortations aux fidèles, datées d'un lieu qu'il appelait "la Solitude" et qu'il se refusait de désigner autrement, afin, disait-il de ne compromettre personne.

Cependant, en la demeure où avait été saisi l'abbé, vivaient, outre son père, impotent et en enfance, la belle-fille de celui-ci, THÉRÈSE SAUGUES, épouse de Claude Bernardon, et une jeune cousine pauvre, CLAIRE BERNARDON, qui faisait office de servante. En même temps que le prêtre, les deux femmes avaient été appréhendées, et, avec lui, elles furent amenées devant le tribunal. La loi du 22 germinal était atroce. Les juges l'aggravèrent par une interprétation plus atroce encore. A défaut du chef de famille, irresponsable par son âge et l'affaiblissement de ses facultés, ils condamnèrent à mort comme receleuse la belle-fille. Restait la servante qui n'était que salariée et qui n'avait pu qu'obéir. Son seul tort était de n'avoir point trahi ses parents et ses maîtres. "Pourquoi n'as-tu pas averti la municipalité ? lui demanda le président. - Je ne l'ai pas fait, répondit-elle, parce que je ne pouvais faire de la peine à mes parents." L'ingénuité de la réponse n'émut pas. La jeune fille fut enveloppée dans la sentence capitale, et les trois condamnés furent livrés au bourreau.

Six jours plus tard, le 3 prairial (22 mai 1794), une femme âgée, qu'on appelait la dame BEAUZAC, fut extraite de la prison pour le tribunal. Elle était notoirement entachée de fanatisme ; car dans sa famille comme en beaucoup de familles du Velay, on avait compté plusieurs vocations sacerdotales. Était-elle hostile au régime établi ? on peut en douter ; car son mari avait été, en 1792, maire de Solignac ; et l'un de ses enfants était aux armées. Son crime était d'avoir un fils prêtre, ordonné naguère en exil par l'évêque M. de Galard. Comme ce prêtre était sans asile, elle l'avait reçu. Les gendarmes étaient venus ; le proscrit avait réussi à s'enfuir, mais elle avait été appréhendée. Qui ne l'eût absoute ? Tout autre fut la sentence, et la mère fut punie de mort. Les contemporains ont rapporté qu'en entendant le jugement, la pauvre femme s'écria en un accès de douleur sauvage : "Vous êtes pires que des tigres. Vous faites mourir une femme pour n'avoir pas chassé son fils. - C'est la loi, balbutia le président" ; tandis que dans l'auditoire, quoique composé de la plus vile populace, passait un frisson d'émotion.

Sept jours plus tard, le 10 prairial, Guyardin écrivit au Comité de salut public : "Il y a peu de jours, on manqua deux prêtres ; mais on saisit la femme qui donnait asile. Elle fut guillotinée." Et marquant l'évènement comme on eût fait d'un succès, il ajouta : "Cela fit impression".

Il ne faut pas laisser refroidir "l'impression", mais au contraire précipiter les meurtres. On est au mois de juin, un bon temps pour fouiller la montagne. Par arrêté du 17 prairial, Guyardin ordonne une grande battue pour découvrir les "scélérats de prêtres" et tous ceux qui les protègent. Une petite armée est levée : neuf cent cinquante gardes nationaux, des dragons, neuf brigades de gendarmerie. A l'expédition sont même attachés deux ingénieurs des ponts et chaussées. "Les forces en marche, dit l'arrêté, visiteront les communes, les hameaux, les fermes, les maisons, les baraques, les bois, les gorges". Les officiers municipaux seront tenus d'indiquer ceux des prêtres "qu'ils connaissent et les lieux où ils se retirent". En cas de refus, il seront "receleurs, complices et traîtres".

Et de nouveau, vers le tribunal, sont acheminées les victimes. Dans les fastes de cette meurtrière justice, une journée, celle du 29 prairial (17 juin 1794), a mérité de demeurer fameuse.

Ce jour-là, on vit d'abord paraître un vieillard de soixante-seize ans, l'abbé ABEILLON, l'ancien curé d'Arlempdes. Son procès fut court ; il avait prêté serment, mais s'était rétracté ; il avait continué son ministère et, en outre, se recommandait par une longue vie de vertu. Incontinent il fut condamné à mourir ; et ce fut comme un lever de rideau en attendant la grande pièce.

Quand ABEILLON eut été emmené, le banc des accusés se garnit mais au point de déborder : d'abord un prêtre, l'abbé MOURIER, ancien vicaire de Beaune au canton de Craponne ; puis les époux Barthélémy BEST, cultivateurs au hameau de Bruas, commune de Beaune, et avec eux leur soeur Marie BEST ainsi que leur fille âgée de quatorze ans, MARGUERITE BEST ; puis encore une ancienne soeur de Saint-Joseph, MARIE-ANNE GARNIER, et une dentellière, du nom de JEANNE-MARIE AUBERT ; puis enfin trois autres dentellières, deux filles de service, un cultivateur. En tout on eût compté TREIZE ACCUSÉS.

- l'abbé fut interrogé le premier. C'était un homme jeune encore, d'inébranlable résolution. Une fois déjà, il avait été arrêté par la garde nationale et avait réussi à s'échapper. Ses réponses furent brèves, fières, presque hautaines : il n'avait prêté aucun serment : il avait exercé son ministère autant qu'il l'avait pu ; en quel village ? chez quelles personnes ; en quelles conditions ? il refusait de le dire. La semaine précédente, se sentant à bout de forces et malade, il avait demandé asile à BEST, le fermier du domaine de Bruas. En cet abri il était demeuré trois jours, couché en une sorte de cachette pratiquée entre deux murailles. C'était là que, dans la nuit du 26 au 27 prairial, il avait été arrêté. Ayant parlé de la sorte, MOURIER s'assit, en homme qui n'a plus qu'à mourir. Le juge interrogea ceux qu'on appelait les receleurs. BEST, sa femme, sa soeur ne nièrent rien. "Savais-tu, demanda le président à MARIE BEST, que tu t'exposais à des peines en donnant refuge à un réfractaire. - Oui, répliqua-t-elle avec une brièveté intrépide." Qu'avait fait le prêtre pendant son séjour à la ferme ? Bien qu'il fût malade, il avait confessé, il avait donné la communion. "A quelles personnes, demanda le juge ? - Je les connais bien un peu, répliqua BARTHÉLÉMY BEST, mais je ne veux pas les déclarer, de peur de les mettre en peine." Parmi les autres inculpés se trouvaient MARIE-ANNE GARNIER, l'ancienne religieuse de Saint-Joseph, et MARIE AUBERT, une des ouvrières en dentelle. Ni l'une ni l'autre n'habitait le domaine de Bruas ; mais elles y étaient venues, la première pour soigner le prêtre malade, la seconde pour lui apporter des provisions ; et elles avaient été saisies au moment des perquisitions. Contre les autres prévenus nulle charge, sinon qu'on les avait vus à la ferme de Bruas et que sans doute ils s'y étaient rendus pour recevoir de l'abbé MOURIER les secours religieux. - Il restait à statuer. Les lois étaient barbares. Le jugement enchérit sur les lois. MOURIER fut condamné à mourir, pareillement les époux BEST et par surcroît MARIE BEST. Par une extension sans exemple dans la jurisprudence pénale, les juges considérèrent comme receleuses MARIE-ANNE GARNIER qui avait soigné le prêtre, MARIE AUBERT qui s'était attardée dans la ferme ; et elles furent l'une et l'autre comprises dans l'immolation. Deux autres femmes furent condamnées à la réclusion "pour fanatisme outré". Le reste des prévenus fut acquitté, y compris la jeune MARGUERITE BEST que les émotions brisèrent à tel point qu'elle mourut trois mois après. - L'exécution suivit immédiatement la sentence.

On avait fait attendre ABEILLON pour le joindre aux autres victimes. Quand les sept condamnés furent mis en marche vers la place du Martouret où se dressait la guillotine, les deux prêtres entonnèrent le Miserere, et on les entendit, reprenant l'un après l'autre chaque verset comme ils l'eussent fait à l'autel. Autour de l'échafaud était rassemblée la populace ordinaire, mais cette fois silencieuse et comme pétrifiée. Les quatre femmes furent immolées d'abord, puis Barthélémy Best et après lui l'abbé Mourier. Pendant ce temps, Abeillon, le vieux curé d'Arlempdes, priait tout haut : In te Domine speravi, non confundar in aeternum. Comme il achevait le texte sacré, le bourreau le saisit ; et sa mort compléta l'holocauste.

Dans tout le département la battue continuait. Traqués de tous côtés, les prêtres, tantôt se réfugiaient dans les étables, les masures ou les fermes abandonnées, tantôt gagnaient les cabanes de pâtres situées dans les hauts pâturages de la montagne. Là, espéraient-ils, ils ne compromettraient qu'eux-mêmes. Il fallait leur ravir ces pauvres asiles. Un arrêté rendu par Guyaurdin déclara que les propriétaires seraient responsables pour tous les prêtres saisis dans les baraques, les huttes, les maisons ruinées ; ils n'avaient qu'un moyen d'échapper au danger, c'était de renoncer par acte authentique à leur propriété. Pendant ce temps, arrivaient de Paris des conseils, non de modération, mais de rigueur ; le Représentant Faure écrivait à l'un de ses agents dans le canton de Monistrol : "Je t'invite à ne pas souffrir d'apitoiements". Puis, comme si la justice locale ne suffisait pas, il annonçait un arrêté du Comité de sûreté générale pour traduire au tribunal révolutionnaire de Paris plusieurs prêtres et receleurs de prêtres.

Au Puy l'oeuvre de meurtre se poursuivait. Le 2 messidor, le tribunal appela devant lui un autre prêtre réfractaire. C'était un vicaire de Craponne appelé Clavel. Il avait été arrêté au hameau d'Auliac, chez son frère auprès de qui il était caché depuis quelques jours. Il fut condamné à mourir, son frère aussi, et par surcroît sa belle-soeur à qui l'on ne pouvait reprocher que "d'avoir préparé les repas du fugitif".

- Dix jours plus tard, le 12 messidor (30 juin 1794), nouveau jugement, nouvelle condamnation à mort contre un vicaire du nom de MOSNIER et contre une ancienne religieuse ÉLISABETH DORAT, dans la grange de qui le prêtre avait couché.

Il restait à assimiler au recel la simple détention d'objets pieux. Les juges du Puy ne reculèrent pas devant cette monstruosité. Le 3 thermidor (21 juillet 1794) comparurent devant eux les époux ABRIAL et leur fille ISABEAU. C'étaient des fermiers du hameau de Maisonseule près d'Yssingeaux. Contre eux leurs ennemis eux-mêmes n'auraient pu formuler aucun grief, hormis leur foi. Une perquisition avait fait découvrir à leur domicile, non des prêtres, mais un vase sacré, une chasuble, quelques ornements. En outre, quand on les interrogea, ils refusèrent, avec une constance plus forte que le péril, de déclarer à qui appartenaient le calice et les ornements sacerdotaux. Les magistrats n'en demandèrent pas davantage ; ils estimèrent que le refus d'être délateurs et le fait de posséder des objets cultuels constituaient le crime de recel. En vain ISABEAU ABRIAL essaya, avec une constance héroïque, de détourner sur elle l'accusation, en déchargeant ses parents. Il fallait aux juges non une, mais trois victimes ; et le père, la mère, l'enfant, furent ensemble immolés.

Histoire religieuse de la Révolution française - Tome 3 - 3e éd. - 1919 - Pierre de La Gorce


 

LOUIS GUYARDIN

Lieutenant particulier au bailliage de Langres, depuis le 12 février 1783, après avoir été avocat en Parlement, Louis Guyardin fut élu député suppléant de ce bailliage, après deux tours de scrutin, par l'assemblée convoquée sans distinction d'ordres, le 3 novembre 1789. Il remplaça le cardinal de La Luzerne, démissionnaire.

GUYARDIN baptême

Il était né à Dommarien, le 21 janvier 1758, de maître Jean-Baptiste Guiardain, chirurgien juré et de demoiselle Barbe Gallois, qui s'étaient mariés à Dommarien le 24 février 1756. Leur acte de mariage nous apprend que l'époux était fils de feu Denis Guiardin, chirurgien à Langres, et de Jeanne Aubry, neveu de Simon Guiardin, notaire au comté de Montsaulgeon, et frère de Simon Guiardin, capitaine résidant à Langres; l'épouse, âgée de 29 ans, était fille de Louis Gallois, procureur fiscal en la justice de Dommarien et de feue Anne Perriquet, nièce de François Perriquet, curé de Percey-le-Petit et de Pierre-Bénigne Perriquet, procureur fiscal en la justice de Montigny-sur-Vingeanne, soeur de Claude Gallois, conseiller du Roy élu en l'élection de la ville de Langres et de Pierre-Bénigne Gallois, notaire royal à Montigny-sur-Vingeanne.
Louis eut deux frères : un anonyme, né et mort le 17 décembre 1756 et Simon-Nicolas, né le 3 avril 1760, et une soeur, Barbe-Nicole (2 février 1759-4 février 1759).
Louis Guyardin épousa le 6 octobre 1783 Marie-Henriette Le Clerc de Vodonne, fille d'Etienne-Pierre, chevalier d'honneur aux bureau des finances et chambre des domaines de Paris, et de Marie Françoise Pulchérie Andrieu de Tornay. Jolibois note qu'il « vota toujours avec le parti le plus avancé de l'Assemblée ».
Député à la Convention en 1792, il y vota la mort du Roi en affirmant : «Il répugne à ma raison de pardonner au chef, lorsque j'ai condamné les complices.»
Après avoir été député de l'Ardèche au Conseil des Cinq-Cents, il devint président du tribunal criminel de la Haute-Marne, puis conseiller à la Cour de Dijon ; mais, frappé par la loi du 12 janvier 1816 contre les régicides, il se retira en Suisse. Baptenstein, dans sa Petite biographie conventionnelle publiée à Paris en 1816 écrit : « On assure qu'il vient de mourir en Allemagne, où il allait chercher un asile ». En fait, il était mort à Fribourg, en Suisse, le 14 avril 1816. (Biographies et généalogies Haut-Marnaises)

Il fut nommé Chevalier de la Légion-d'Honneur le 25 prairial an XII (14 juin 1804). (Les Fastes de la Légion-d'Honneur - tome 5 - page 433)

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NOTRE DAME DU PUY BRÛLÉE PENDANT LA TERREUR

On était à cette phase de la grande Révolution française connue sous le nom de régime de la Terreur ! régime abominable, dont l'histoire est tout entière écrite avec du feu, des larmes et du sang !

Voici le récit authentique de ce crime à jamais lamentable :

Le 30 nivôse an II de la république (19 janvier 1794), la statue de Notre-Dame du Puy, après avoir été dépouillée de ses richesses par des misérables, fut arrachée du maître-autel de la Cathédrale et transférée, pour faire place à la déesse Raison, aux archives de la Cathédrale.

Plus tard, les officiers municipaux prirent la détermination de la faire brûler.

En conséquence, le 8 juin 1794, fête de la Pentecôte, sur les cinq ou six heures du soir, le représentant du peuple GUYARDIN, le maire, ses municipes et quelques membres du Directoire du département, assistés par des canonniers, des gendarmes et par un piquet de troupes de ligne, allèrent prendre la statue, la mirent sur la charrette du déboueur de la ville, un canonnier se permettant toute sorte d'horreurs contre elle.

Quand on fût à l'Hôtel de Ville, des curieux, ou plus vraisemblablement des gens bien intentionnés, la firent porter dans une des salles de la mairie. Là, d'un coup de sabre, un canonnier lui ayant coupé le nez, elle fut reconnue pour être en bois de cèdre par M. Bertrand-Morel qui, pour la sauver sans doute, proposa de la porter au musée comme objet de curiosité.

Malheureusement, sa proposition ne prévalut point. On traîna donc la Vierge à la place du Martouret et on la livra aux flammes avec un grand nombre de tableaux, de statues d'église et de papiers précieux, aux cris répétés de : Vive la République !

Quand la statue fut brûlée d'un côté, un soldat prenant une perche : "A présent que tu t'es rôtie d'un côté, dit cet impie, il faut que tu te brûles de l'autre."

Le feu ayant alors consumé les charnières d'un coffret qui se trouvait au bas de la statue, il en sortit un petit rouleau qu'on jugea être du parchemin, mais qui fut jeté au feu par les vandales.

Le même soir, le déboueur enleva les cendres de la statue, et les porta dans un champ situé sous la Roche-Arnaud, où, de peur qu'on ne les recueillit, elles furent dispersées aux quatre vents du ciel ! ...

(Mois de Marie historique de Notre-Dame du Puy - par l'abbé Édouard Peyron - 1898)