Les Aubiers église zzz

 

EXTRAIT ANALYTIQUE
Du Rapport rendu par le Chef de Bataillon Ardouin au Général Dufresse, sur la bataille des Aubiers dans la journée du 13 Brumaire, (4 novembre 1799)


Bressuire, le 14 Brumaire an 8 de la République française.

Je vous ai rendu compte, citoyen Général, par ma dernière lettre, du blocus du cantonnement des Aubiers, cerné par un nombre considérable de brigands, qui avaient forcé le citoyen Lavigne à se retrancher dans l'église dudit lieu, avec ses deux cents hommes.

Instruit de cette malheureuse position de nos camarades, le citoyen Baux, commandant le cantonnement de Châtillon, envoya cent hommes à leur défense. Je prévis bien que ce détachement serait obligé de rétrograder ; ce qu'il fit effectivement : en conséquence, j'écrivis de suite au citoyen Baux de partir, avec tout son monde, de Châtillon, pour se rendre sur le champ sur la route de Bressuire aux Aubiers, à la hauteur de la jonction du chemin de Voultegon à Bretignolle, près du bois, où j'avais envoyé un détachement de 200 hommes pour observer le mouvement des ennemis, et prévenir toute surprise sur Bressuire.

Le citoyen Baux, n'ayant pas reçu ma lettre à temps, était déjà parti de Châtillon, à une heure du matin, pour se rendre à Bressuire, où il arriva à neuf heures et demie.

Je pris de suite la résolution de partir et de me porter sur le champ sur les Aubiers ; en conséquence, pour mouvement préparatoire, je donnai l'ordre au citoyen Tricole commandant le détachement de deux cents hommes qui était en observation, de marcher en avant sur la route de Nueil, pour y reconnaître la position des ennemis et leur force approximative, lui recommandant toutefois de rétrograder sans attaquer, si les forces ennemies étaient trop supérieures aux siennes.

Cet officier exécuta ponctuellement mes ordres, et m'envoya dire que le pont de Nueil était gardé par environ douze cents hommes d'infanterie et 50 de cavalerie, ce qui rendait cette position extrêmement importante, d'autant plus que le pont avait été barricadé. Il m'instruisit également, que suivant tous les rapports, les ennemis pouvaient être forts d'environ six mille hommes, ce qui paraissait vraisemblable, vu la quantité qui paraissait de toutes parts.

Sans être intimidé par cette supériorité, je partis de Bressuire à onze heures du matin avec ma colonne, qui pouvait être forte d'environ sept cents hommes, et je me rendis à la hauteur de la métairie de Lené où je trouvait les deux cents hommes d'observation. Je recomposai de suite ma colonne ; j'ordonnai aux première et deuxième de la 68e, ainsi qu'à la septième de la 70e, de se réunir sur le champ pour se porter sur la route de Nueil, aussitôt que j'aurais exécuté un mouvement sur ma droite. J'ai laissé cet ordre au citoyen Champion, à la colonne duquel j'avais laissé six gendarmes, et je lui avais recommandé de ne se porter en avant que trois quarts d'heure ou une heure après mon départ, mon intention étant d'aller passer par Voultegon et de m'emparer du pont de Saint-Clémentin, afin de revenir par le chemin de cette commune aux Aubiers, pour me porter rapidement sur l'église où étaient nos troupes, afin de les délivrer.

Le tout fut parfaitement exécuté. Les ennemis ayant oublié de faire garder ce passage, et le citoyen Champion les ayant attaqués de vive force sur le pont de Nueil, ils y portèrent de suite une partie de leurs forces. Aussi-tôt que j'entendis l'attaque du citoyen Champion, je fis prendre le pas de course à ma colonne, et nous arrivons par tous les côtés qui nous faisaient face. Les grenadiers entrent et forcent tous les passages. Aussitôt le citoyen Lavigne sort de l'église avec toutes ses troupes. Une fusillade terrible se dirige contre nous de toutes les croisées ainsi que du cimetière, où nos ennemis s'étaient retranchés. De toutes parts, officiers, soldats, entrent dans les jardins, dans les maisons, enfin sur le cimetière, et font une horrible boucherie de cette horde de brigands.

Tandis que tout ceci se passait dans le bourg, la colonne du pont de Nueil a fait des prodiges de valeur. Tous les postes de l'ennemi sont culbutés. Enfin, on renverse dans l'eau les voitures qui formaient la barricade ; la majeure partie de nos soldats, impatiens de passer, traverse la rivière, presqu'à la nage, et bientôt tous courent, la bayonnette en avant, sur l'infanterie qui est sur le champ mise en déroute. La cavalerie veut faire un mouvement, une décharge complette la met en fuite. Tout le reste de l'infanterie se reploye dans le bourg de Nueil, et se retranche dans le cimetière et les avenues de l'église : l'ennemi est encore culbuté, chassé du village et poursuivi jusqu'aux Aubiers où il est reçu par une vigoureuse décharge d'un détachement de grenadiers et de fusiliers qui se trouvait de ce côté-là.

Se voyant pris par derrière, la déroute devient complette et générale ; nous le poursuivons longtemps à travers les champs et les hayes jusqu'à Izernay et aux Cerqueux, où nous perdîmes ses traces, et où l'approche de la nuit et la dissémination de mes troupes me firent une loi de revenir sur mes pas.

Je crus donc qu'il était prudent de faire rappeler pour les rassembler, et de faire évacuer les blessés sur Bressuire, ce que je ne pus faire qu'avec beaucoup de peine, car tous les paysans s'étaient sauvés, et je ne pouvais obtenir de voiture.

Enfin, je suis parti à neuf heures et demie des Aubiers, et suis arrivé à Bressuire à deux heures et demie du matin.

Je ne puis vous peindre, citoyen Général, la bravoure avec laquelle les troupes ont combatu dans cette brillante journée : tous ont fait des prodiges de valeur. Le citoyen Dessolle, lieutenant à la 68e demi-brigade, a été grièvement blessé à la figure. Les citoyens Lavigne, capitaine de la 70e, Laleine, lieutenant des grenadiers, Baisse, Champion, capitaines à la 68e et Valton, capitaine à la 70e, se sont aussi particulièrement distingués. Nous n'avons à regretter que la perte de vingt de nos braves : les brigands ont perdu plusieurs chefs ; plus de cinq cents ont été tués, et un très-grand nombre de blessés.

La gendarmerie s'est pareillement distinguée. Le brigadier de la brigade de Nueil a tué sept hommes à lui seul. Plusieurs grenadiers en ont fait autant.

Pour extrait conforme :
Le général de brigade commandant la subdivision des Deux-Sèvres,
DUFRESSE


Du 16 Brumaire an VIII.
Vu l'extrait analytique du rapport rendu par le chef de bataillon Ardouin au général Dufresse, sur la bataille des Aubiers, dans la journée du 13 brumaire, présent mois, transmis à cette Administration, ce jour, par le général Dufresse,
L'Administration centrale du département de la Vendée,
Le Commissaire du Directoire exécutif entendu,
Arrête qu'il sera de suite réimprimé pour être envoyé aux Administrations municipales, publié et affiché dans toutes les communes du département.
A Fontenay-le-Peuple, en département, séance du 16 brumaire an 8 de la République française, une et indivisible.
Signé au registre : PERVINQUIÈRE, président ; P. MAIGNEN, SAURIN, LAMOTTE, CHAPELAIN, administrateurs ; POUPEAU, commissaire du Directoire exécutif ; et CHESSÉ, secrétaire en chef.

Pour expédition :
PERVINQUIÈRE, Président.
CHESSÉ, Secrétaire en chef.

A Fontenay-le-Peuple, de l'Imprimerie de A. V. HABERT, (gendre et successeur de COCHON-CHAMBONNEAU) Imp. du Département de la Vendée.

AD85 - Affiches anciennes - 9 Fi 55