Episode_de_la_déroute_de_Quiberon ZZZ

QUIBERON DU 6 JUIN AU 25 JUILLET 1795

Celui qui rêve d'assister, sans être du nombre des acteurs, au spectacle émouvant d'une bataille, ne fait pas, certes, un rêve héroïque. Mais il n'en est pas moins vrai que si des circonstances spéciales mettent un homme, un officier surtout, dans cette situation exceptionnelle : assez loin du champ de bataille pour conserver tout son sang froid et donner toute son attention à l'étude des diverses phases de la lutte, assez près pour n'en perdre aucun des détails essentiels, le récit qu'il pourra faire sera du plus haut intérêt, s'il a pris soin de consigner sur le champ les notes qui doivent fixer ses souvenirs.

Ce n'est guère qu'en mer que ce spectacle est possible ; c'est seulement sur cette grande plaine qu'on peut trouver un observatoire assez bien placé pour suivre des évolutions complexes sur un vaste espace. L'officier du génie dont j'ai retrouvé le journal s'est vu dans ces conditions ; il a eu la louable préoccupation de conserver le souvenir du drame auquel il assistait ; et ce drame de vingt jours est l'un de ceux qui font époque dans un siècle, qui s'inscrivent forcément dans la mémoire de chacun comme dans les pages de toutes les histoires ; car je veux parler des événements tragiques dont Quiberon fut le théâtre ...

Un siècle des plus mouvementés écoulé depuis n'a point diminué l'intérêt qui s'attache à cette date historique ; il rend même plus précieux les documents contemporains qui peuvent aider à la reconstitution de scènes douloureuses dont on voudrait n'ignorer aucun détail. Les quelques pages que je publie, nettes et concises comme il convient au rapport d'un soldat, sont de cette nature.

Notre officier, je pourrais dire notre compatriote, commandait à l'île de Groix, sur le passage forcé de la flotte qui amenait la petite armée des Émigrés, un poste établi à la pointe nord de l'île. De là il pouvait, dans les conditions normales, suivre toutes les allées et venues des vaisseaux de l'un ou de l'autre parti, voir même les signaux de la terre ferme. Il devait se faire une obligation d'état de cette surveillance pour être prêt à toute éventualité d'abord, pour transmettre ensuite le résultat de ses observations. Il l'a fait avec soin et son journal mérite une place dans l'ensemble des mémoires relatifs à l'affaire de Quiberon. Il eût été facile, par des annotations, d'en faire le noyau d'une publication assez volumineuse, mais le meilleur moyen de l'utiliser est de le reproduire sans commentaire, comme élément de contrôle pour certaines dates, pour donner de la précision aux histoires écrites ou à écrire, pour rectifier aussi les mémoires rédigés après coup par les acteurs eux-mêmes ...

Le Maine aussi était à Quiberon. Mgr de Hercé et son héroïque frère furent les premières victimes, et parmi les soldats obscurs de la cause vaincue, aux avant-postes, les Chouans Manceaux étaient mêlés à ceux de la Bretagne.

A. ANGOT.


 

PRECIS DES EVENEMENTS MARITIMES QUI SE SONT PASSES A LA VUE DE L'ISLE DE GROIX LES 5 ET 6 MESSIDOR (1).

Les 18 et 19 prairial an III, (6 et 7 juin 1795) une Division de l'escadre française composée de trois vaisseaux le Nestor, le Zélé et le Fougueux et de 6 ou 7 frégates avait été chassée sous Belle-Isle ; nous avions entendu le lendemain matin une forte canonnade dont nous ignorions la cause. Nous avons appris depuis que c'était un convoi revenant de Bordeaux qui fut rencontré par la Division angloise, que les frégates qui l'escortoient se battirent et parvinrent à en sauver la majeure partie ; les Anglois ne prirent que sept vaisseaux marchands, quatre s'étoient réfugiés sous la batterie de Kerdonis à Belle-Isle, un vaisseau rasé anglois vint pour les y prendre, la batterie tira dessus à boulets rouges ; elle ne put l'incendier, mais elle le força d'abandonner son dessein ; en revanche, il envoya une bordée à la batterie mais elle passa par dessus le corps de garde.

Alors la Division angloise avoit disparu.

Environ le 27 prairial (15 juin) une escadre française, composée d'un vaisseau à 3 ponts, de huit vaisseaux de ligne et de douze frégates parut et vint joindre la Division qui étoit sous Belle-Isle ; ils disparurent le 30 pour aller chercher la Division anglaise.

Le 3 ou le 4 messidor (21 ou 22 juin) nous entendîmes une forte canonnade, sans rien découvrir ; voici ce que nous en avons appris.

Notre escadre rencontra la Division anglaise qui avoit chassé la nôtre sous Belle-Isle ; celle-ci s'enfuit à la vue de la nôtre qui la poursuivit ; déjà quatre de nos vaisseaux l'avoient jointe et avoient commencé le combat ; une frégate qui étoit à la découverte vit et signala environ 70 voiles ; le vice-amiral Joyeuse (2) qui commande l'escadre fit signal de ralliement ; les vents étoient contraires ; pour revenir ils furent obligés de louvoyer ; sur ces entrefaites il vint un coup de vent du nord-est qui démâta un de nos vaisseaux (l’Alexander que nous avions pris sur les Anglais il y a un an). Cet accident arriva en présence d'une escadre anglaise composée de vingt-trois vaisseaux de ligne, ce qui, joint à la Division chassée, faisoit une escadre de vingt-huit vaisseaux dont dix à trois ponts, que suivoient environ 50 bâtiments de transport ; dès que les vents eurent changés, notre escadre revint à toutes voiles, les Anglois la poursuivirent de même.

Le 5 messidor (23 juin), les deux escadres parurent à la vue de Groix à 4 heures du matin, à 5 heures et demie elles étoient toutes les deux à 4 lieues de terre, ce fut là que le combat commença. Les nôtres continuoient toujours leur route tout en se battant ; ils étoient à une demi-lieue de la pointe ouest de l'isle, quand le feu prit par accident au vaisseau françois le Formidable. Il fut obligé de jetter à bas son mât d'artimon et de noyer ses poudres ; un vaisseau anglais l'obligea d'amener son pavillon. Un instant après l’Alexander et le Tigre, deux autres vaisseaux françois, furent coupés et pris. Les Anglais s'arrêtèrent à une lieue de la première batterie de l'isle (3) en sorte qu'elle n'eut aucune part à l'affaire. L'escadre françoise entra, partie dans la rade de Lorient, partie dans celle du Port Liberté (4) et partie dans celle de Larmor (5) , l'escadre angloise amarina (sic) ses prises et passa la nuit à une lieue et demie de la pointe ouest de l'isle ; trois frégates et un vaisseau de ligne allèrent à la pointe de l'est. Comme elles faisoient route, une frégate française voulut sortir mais elles la chassèrent et la forcèrent à rentrer. La première frégate lui envoya environ 30 boulets, mais elle n'étoit pas à portée ; elles passèrent la nuit à une heure et demie de la pointe de l'est ; le convoy étoit resté à environ quatre lieues dans le sud ; il y passa la nuit. D'après ces dispositions des Anglois, toute la garnison passa la nuit au bivouac, c'étoit le jour de la Saint-Jean (24 juin) ; tous les feux de joie étoient finis à six heures et demie ; à dix heures les frégates qui étoient à la pointe de l'est firent des signaux ; aussitôt il parut des feux sur la côte depuis le Polduc (6) jusqu'à Quiberon ; nous présumons que ce sont des signaux entre les Chouans et les Anglais.

Le 6 (24 juin, mercredi)

Le lendemain matin ils étoient tous dans la même position ; le soir ils firent route dans l'est et il se leva un brouillard qui nous les fit perdre de vue.

Le 7 (25 juin, jeudi)

Même brume.

Le 8 (26 juin, vendredi)

Idem.

Le 9 (27 juin, samedi)

Au matin la brume s'est éclaircie et nous avons vu les Anglois dans la baie de Quiberon ; les signaux du fort Penthièvre à Quiberon étoient : « Ils débarquent en grande force » (7) . Ils ont été les mêmes toute la journée ; une frégate angloise croisoit à la pointe de l'est de Belle-Isle et un bricq et un cotre anglais croisoient à la pointe de l'ouest ; le soir une autre frégate est venue joindre celle qui croisoit à la pointe de l'est ; elles y ont mouillé toutes les deux. De cette manière Belle-Isle est bloquée.

Le 10 (28 juin, dimanche)

La brume a recommencé, nous n'avons rien pu voir, mais nous avons appris que les Anglais sont débarqués à Carnac au nombre 8,000 ; qu'ils ont sommé Belle-Isle de se rendre, ce qu'il n'a pas voulu faire.

Le 11 (29 juin, lundi)

Nous avons vu le convoi anglois qui est toujours dans la baie de Quiberon et les deux frégates mouillées sous Belle-Isle.

Le 12 (30 juin, mardi)

La brume a recommencé, nous n'avons rien vu.

Le 13 (1er juillet, mercredi)

Les signaux du fort Sans-Culotte à Quiberon ne sont plus les mêmes ; il n'y a plus qu'un pavillon au haut du mât ; nous ne pouvons sçavoir ce qu'il est, le temps n'étant pas très clair ; cependant nous soupçonnons qu'il est rouge ou bleu, ce qui nous fait craindre que Quiberon ne soit pris. Le convoy et les frégates sont toujours dans la même place ; ce soir il est entré à Lorient un bâtiment à trois mâts, américain ; nous apprenons que l'escadre angloise est commandée par l'amiral Howe, que c'est le commodore Clisson qui a sommé Belle-Isle de se mettre sous la protection du roi George et de reconnaître Louis XVII, disant qu'il y a dans le Courault de Belle-Isle un vaisseau de ligne, deux frégates et six corvettes anglaises et que l'escadre croise au sud de l'Isle dont elle s'approche souvent jusqu'à une lieue.

Le 14 (2 juillet, jeudi)

Le jour étant serein, nous avons vu que le pavillon qui est à Quiberon est le pavillon national ; nous avons distingué 8 voiles mouillées dans le Courault de Belle-Isle. Le soir nous avons entendu quelques coups de canon à Belle-Isle.

Le 15 (3 juillet, vendredi)

Les deux frégates qui sont sous Belle-Isle croisent dans le Courault ; un vaisseau est parti de la rade de Quiberon ; l'escadre angloise a paru toute la soirée auprès de BelleIsle au nombre de 35 voiles ; au commencement de la nuit deux lougres françois venant de Belle-Isle et qui étoient poursuivis par une goëlette angloise, sont arrivés à une lieue de la Pointe des Chats (8) . La goëlette angloise étoit moins forte qu'eux, aussi nos lougres l'ont chassée à leur tour, ils lui ont tiré une dizaine de coups de canon, elle ne leur en a tiré qu'un et a gagné au large ; nos lougres ne l'ont pas poursuivis mais ils sont rentrés au Port-Liberté.

Le 16 (4 juillet, samedi)

Nous avons appris la prise de Quiberon (9) par les Anglois ; une frégate angloise a croisé toute la journée en vue de l'Isle.

Le 17 (5 juillet, dimanche)

L'escadre angloise a croisé toute la journée en vue de notre Isle. Le soir nous avons entendu une forte canonnade dans les terres du côté d'Auray (10). A la nuit l'escadre angloise a piqué au large ; deux frégates françoises sont parties pour Brest l'une après l'autre en serrant la côte le plus qu'elles ont pu.

Le 18 (6 juillet, lundi)

Même manœuvre de l'escadre angloise ; une frégate est partie de Lorient pour Brest à la nuit, en manœuvrant comme les deux autres d'hier. Toute la nuit du 17 au 18 nous avons entendu quelques coups de canon ; le matin nous avons entendu de la fusillade du côté d'Auray (11) ; le soir cette fusillade s'est approchée de Quiberon ; à trois heures nous avons vu avec des lunettes une foule immense de troupes fuyant avec leurs drapeaux blancs le long de la falaise ; toutes ces troupes sont entrées à Quiberon. Un moment après ont paru des bataillons qui ont aussi voulu y entrer, alors il s'est établi sur la falaise une forte fusillade, mais le fort Penthièvre (sur lequel flotte le pavillon blanc) et les vaisseaux ayant protégé de leur artillerie les émigrés et les Chouans, les Républicains ont été obligés de se retirer à 6 heures du soir.

Le 19 (7 juillet, mardi)

A deux heures du matin il y a eu encore sur la falaise une forte fusillade qui a duré jusqu'à huit heures ; pendant ce temps, des batteries établies sur la côte d'où l'on a chassé hier les émigrés, ont tiré sur les vaisseaux de transport anglois et les ont obligés de se mettre hors de la portée du canon. La tentative qu'ont faite nos troupes sur Quiberon n'a pas réussi car elles se sont retirées à 8 heures ; elles ont été suivies dans leur retraite par des chaloupes canonnières qui côtoyoient la falaise en leur envoyant leur bordée. Le soir nouvelle attaque de la part des républicains et nouvelle fusillade depuis deux heures et demie jusqu'à cinq. Cette attaque n'a pas été plus heureuse que la précédente ; même manœuvre de l'escadre angloise ; une autre frégate a encore voulu sortir de Lorient pour aller à Brest, mais elle a été obligée de rentrer en rade de Groix, ayant été chassée.

Le 20 (8 juillet, mercredi)

L'escadre a encore croisé en vue pendant toute la journée, nous avons appris que l'on fait partir du Port-Liberté et Lorient de l'artillerie de siège pour Quiberon.

Le 21 (9 juillet, jeudi)

L'escadre angloise n'a pas paru le matin, le soir elle a continué à croiser en vue de l'isle.

Le 22 (10 juillet, vendredi)

L'escadre s'est approchée jusqu'à deux lieues de l'isle ; elle a passé la nuit à environ quatre lieues dans l'ouest de l'isle. Deux chaloupes canonnières angloises ont voulu s'opposer au passage de l'artillerie de siège, cela a occasionné entre elles et deux de nos batteries une canonnade qui a duré toute la journée, le soir elle a cessé.

Le 23 (11 juillet, samedi)

L'escadre s'est encore approchée très près de l'isle ; le soir vers cinq heures deux frégates anglaises ont passé au milieu du Courault ; on a tiré dessus environ 30 coups de canon, mais elles étaient trop loin ; aucun boulet n'a été à bord ; une d'elles nous a envoyé un boulet qui est tombé dans la mer ; nous avons passé cette nuit au bivouac.

Le 24 (12 juillet, dimanche) 

Le matin l'escadre étoit au large ; elle a couru à terre et a croisé toute la journée à environ une lieue ; elle est plusieurs fois venue à l'entrée du Courault, mais elle n'y a point passé ; des frégates ont côtoyé l'isle à une petite demi portée de canon, mais seulement depuis la pointe, de l'ouest jusqu'à Stauran, le soir l'escadre étoit à deux lieues de terre ; le tiers de la garnison a bivouaqué.

Le 25 (13 juillet, lundi)

Même manœuvre qu'hier de l'escadre et des frégates ; un tiers de la garnison a encore bivouacqué.

Le 26 (14 juillet, mardi)

Le matin, l'escadre étoit à perte de vue ; sur les dix heures l'on a apperçu dans le Courault de Belle-Isle 3 frégates, 2 chaloupes-canonnières et 24 chasse-marée ; ils sortoient de la baie de Quiberon, et le vent étant nord ils louvoyoient pour venir sur l'isle ; le soir au coucher du soleil ils étoient en panne à environ une lieue de la pointe de l'est de notre isle ; nous avons tous bivouaqué cette nuit ; à 1 heure et demie du matin nous avons entendu tirer une centaine de coups de fusil vers le Port-Liberté ; nous ne savons ce que c'est.

Le 27 (15 juillet, mercredi)

Pendant la nuit les chasse-marée avoient couru dans l'ouest ; au point du jour ils étoient à quatre lieues de l'isle ; vers les dix heures ils sont arrivés dans la baie de la Forêt près Concarneau, ils y ont tiré beaucoup de coups de canon, nous présumons qu'ils y ont effectué un débarquement. Le soir les canonnières et les chasse-marée sont sortis de la baie et ont couru à nous ; cela nous a fait croire que ce n'étoit qu'une fausse attaque que celle du matin, en sorte que nous avons encore tous passés la nuit au bivouac.

Le 28 (16 juillet, jeudi)

Le matin, vers les deux heures et demie du matin, a commencé à Quiberon une canonnade et une fusillade très forte, elles ont duré jusqu'à environ six heures, nous pensons que c'est un assaut que nos troupes auront donné (12) ; nous ignorons quelle aura pu en être l'issue ; vers les huit heures les chasse-marée et canonnières se sont portés à trois quarts de lieue de la pointe de l'est ; cela nous a encore donné une alerte. Cependant nous avons vu avec des lunettes qu'ils n'avoient que 5 ou 6 hommes à chaque bord, cela nous a fait présumer qu'ils ont effectué leur débarquement, ils sont retournés à Quiberon. L'escadre étoit à perte de vue à la pointe du jour ; elle a couru à terre jusque vers les onze heures qu'elle s'est trouvée à environ une lieue de la pointe de l'est ; elle y a croisé pendant quatre heures et a ensuite couru au large.

Le 29 (17 juillet, vendredi)

L'escadre a fait la même manœuvre qu'hier, rien de nouveau.

Le 30 (18 juillet, samedi)

On a aperçu le matin un grand mouvement de chasse-marée dans la baie de Quiberon ; l'escadre a fait la même manœuvre que les 2 jours précédents ; le soir nous avons entendu des bordées environ de 3 en 3 minutes, ce sont deux frégates qui ont canonné Belle-Isle ; vers les 5 heures un bâtiment neutre sorti de Lorient a été rencontré par une frégate angloise ; ils ont tous les deux mis en panne ; le neutre a envoyé à bord de la frégate un canot qui s'y est tenu pendant trois quarts d'heure ; au bout de ce temps ils se sont quittés. Nous avons appris que le 16 les émigrés ont tenté une sortie à Quiberon ; c'est ce que nous avions entendu. Les chasse-marée que nous avons vus ont débarqué 1500 chouans entre Quimperlay et Concarneau.

Le 1er thermidor (19 juillet, dimanche) (13)

A deux heures du matin a commencé à Quiberon une canonnade et une fusillade qui a duré jusqu'à la nuit ; nous n'avons vu que quelques canonnières qui se promenoient le long de la falaise en tirant de temps en temps leur bordée, l'escadre a fait la même manœuvre que les 3 jours précédents.

Le 2 (20 juillet, lundi)

Même manœuvre de, l'escadre ; le matin la plus grande partie des vaisseaux de transport et les canonnières qui étoient le long de la falaise de Quiberon ont appareillé, nous les avons perdus de vue.

Le 3 (21 juillet, mardi)

La brume nous a empêché de rien voir ; nous n'avons rien entendu.

Le 4 (22 juillet, mercredi)

Le matin vers les 8 heures l'escadre a paru, elle couroit à terre ; à 2 heures elle étoit à une lieue de l'isle, elle a viré de bord et couru au large.

Le 5 (23 juillet, jeudi)

Le matin l'escadre a paru à 8 heures ; elle étoit à 2 lieues de l'isle ; une frégate est venue jusqu'à l'entrée du Courault, mais elle a viré de bord et a rejoint l'escadre qui a aussi viré de bord et couru au large.

 

1 Ce titre du manuscrit ne se rapporte, on le voit, qu'au premier acte du drame, la rencontre de la flotte française commandée par Villaret-Joyeuse avec l'escadre de lord Bridport. Mais toute la suite du récit est de la même main.

2 Louis-Thomas Villaret de Joyeuse. Les Anglais étaient commandés par lord A. Hood Bridport, vice-amiral, qui était parti du port de Portsmouth pour aller chercher la flotte française sortie de Brest, et qui lui livra les combats des 21, 22 et 23 juin. Sire John Warren, amiral anglais, qui avait son pavillon à bord de la Pomone, dirigea spécialement les opérations du premier débarquement d'émigrés venus d'Angleterre, et concourut à la prise du fort de Penthièvre.

3 La première batterie de l'île de Groix doit être celle de la pointe du Grognon, au nord ; elle défend l'entrée des Couraux, et la côte nord-est.

4 Port-Louis.

5 La rade de Larmor, au nord, en face de celle de Port-Louis, est défendue par la batterie de Loqueltos à l'ouverture du chenal conduisant à Port-Louis et à Lorient.

6 La baie du Pouldu, dans laquelle se jette la Leita venant de Quimperlé, à environ 12 kilom. NN-O de Larmor.

7 Ce premier débarquement précéda de 6 jours la prise du fort de Penthièvre.

8 Pointe extrême S-E de l'île de Groix.

9 La prise du fort avait eu lieu la veille. Il était occupé par 700 hommes du 41e de ligne, commandant Delize, qui capitula sans résistance.

10 Combats de Landevan et d'Auray où Hoche refoule les Chouans de Vauban et de Bois-Berthelot.

11 Dans la nuit du 6 au 7 juillet, les troupes républicaines achevaient de refouler les royalistes dans la presqu'île de Quiberon.

12 C'était au contraire une attaque combinée des lignes de Hoche par Puisaye et d'Hervilly, secondés par une diversion faite par Tinteniac et Vauban, sur le flanc gauche des républicains. Cette attaque échoua par le retard de Vauban, mais surtout pour avoir été trop précipitée. Ce jour-là même la division Hanovre commençait à débarquer et aurait sans doute changé la face des événements.

13 Ces derniers articles ont certainement été rédigés après coup. Il s'agit, comme on le voit, de l'attaque et de la prise du fort de Penthièvre par les troupes républicaines, laquelle eut lieu dans la nuit du 20 au 21 juillet. Le général de Tercier, qui eut le bonheur d'échapper au massacre, et qui vint commander une division de Chouans du Bas-Maine, avait la garde du fort avec 400 hommes le 19, Il fut remplacé dans ce poste le 20 juillet à midi par Charles du Val de Beaumetz, jeune homme d'une famille noble d'Artois, qui fut fusillé à Vannes le 21 septembre 1795.

Archives départementales de la Mayenne - Abbé Alphonse ANGOT, « Quiberon, du 6 juin au 25 juillet 1795 », dans Revue historique et archéologique du Maine, t. XLI (1897), p. 335-347.