Heroux jean baptême zzz

Jean Héroux était curé de Préaux depuis le mois de mai 1787. ll était né à la Baroche-Gondouin, en 1748, (baptisé le 6 février), avait fait de fortes études à Angers et y avait pris ses degrés en théologie. Aussitôt après avoir reçu le sacerdoce, il remplit les fonctions de vicaire à la Chapelle-au-Riboul, puis à Conlie, à Saint-Mars-la-Bruyère, à Torcé et en 1778 à Montenay. Il fut successivement proposé pour les cures de Ponthouin et de la Conception-en-Passais mais il ne fut jamais pourvu canoniquement de ces deux bénéfices. Il mérita constamment l'estime de ses supérieurs, qui le considéraient, selon leurs propres expressions, comme « un prêtre pieux, aimant le travail et fort zélé. » Il ne mérita pas moins le respect et l'affection des populations auprès desquelles il remplit le saint ministère.

Héroux signature zzz

 

La considération que sa science et sa vertu lui avaient conquise en peu de temps dans le pays le désignaient à la haine des révolutionnaires de la contrée ; il dut se retirer à Laval après avoir refusé le serment, ainsi que son vicaire ; et ils furent déportés à l'île de Jersey. Il passa de là en Espagne, et il reçut un accueil très favorable de la part du vénérable évêque de Placentia en Estramadure, don Joseph Gonzalès Laso. Ce pieux et savant prélat logea le curé de Préaux dans son propre palais, où il avait également recueilli l'archevêque d'Auch, Louis-Apollinaire de la Tour-du-Pin-Montauban. Malgré ces avantages Jean Héroux ne perdait point de vue ses paroissiens ; jour et nuit il était occupé du danger que couraient leurs âmes, principalement sous le rapport de la foi.

Peu de temps après la première pacification, en avril 1795, il quitta Placentia et il arriva dans le diocèse du Mans vers le mois de juillet ou d'août de la même année. Il brûlait du désir de rentrer dans sa paroisse ; mais l'approche lui en était interdite par le voisinage de Ballée, dont l'exaltation démagogique était redoutée dans tous ces parages.

Jean Héroux prit un moyen terme : il parcourut les campagnes les plus rapprochées, et surtout il se tint dans la ville de Sablé, où ses paroissiens venaient le trouver les jours de foire et il ne paraît sur les registres paroissiaux que le 2 août 1787.

Son diplôme de maître ès-arts de l'Université d'Angers est du 4 janvier 1771. Ce fut son frère plus que lui qui exerça le saint ministère près de Sablé. M. Jean Heroux bientôt alla aux environs de Château-Gontier, surtout à Mesnil.

Durant les mois d'octobre et de novembre, il réconcilia un nombre considérable de pécheurs. Infatigable dans son zèle, il visita tous les hameaux dans un rayon fort étendu. La nuit comme le jour il allait de village en village, de cabane en cabane ; il n'attendait pas que l’on vînt réclamer son ministère : il volait au-devant des âmes égarées : et Dieu bénissait ses travaux par des fruits innombrables. Il continua ce pénible et consolant apostolat sans rencontres fâcheuses jusqu'à la fin du carême de 1796.

Le retour des fêtes pascales lui donnait une ardeur nouvelle pour ses fonctions ; et il préparait un grand nombre de fidèles à remplir leurs devoirs, lorsqu'il tomba entre les mains d'un détachement de la garde nationale de Château-Gontier. Il fut conduit en cette ville et renfermé en prison. Château-Gontier n'avait qu'un tribunal civil et un juge de paix. (M. Jean Héroux était petit, il avait surtout les jambes très courtes et semblait toujours courir. Son jeune frère lui disait de modérer cette sorte de précipitation, car il se ferait soupçonner, ayant toujours l'air de vouloir fuir).

On le fit comparaître devant l'un des juges et subir un interrogatoire, pour décider si l'on devait le traduire au tribunal criminel du département de la Mayenne, siégeant à Laval.

Le magistrat lui demanda s'il avait prêté le serment prescrit par la loi ; il lui déclara que sa conscience le lui avait interdit. « Que faisais-tu dans ce pays ? » lui dit le juge. - « Depuis ma rentrée en France, répliqua le saint confesseur, j'enseignais le catéchisme à la jeunesse, et je réconciliais les pécheurs avec Dieu. » - « Tu as donc émigré ? » - « Non ; j'ai été déporté en vertu de la loi du 26 août 1792. » - « Pourquoi es-tu rentré ? » - « Je m'y suis cru obligé en conscience, pour remplir mes devoirs de ministre de Jésus-Christ. » - « Que prétendais-tu ? » - « Prêcher la paix, l'union et la concorde, les commandements de Dieu et de l’Église. »

Ces réponses furent traitées d'insolentes et de séditieuses ; et on lui appliqua l'épithète alors plus banale que jamais de fanatique. Il fut décidé qu'il devait être traité comme émigré rentré, et renvoyé à Laval pour être jugé par le tribunal criminel.

Le lendemain, J. Héroux partit pour Laval, suivi d'un jeune homme de dix-sept ans, qui s'était attaché à lui par vénération pour sa vertu, et qui ne voulut jamais consentir à le quitter. Ils allaient à pied, le curé de Préaux ayant les menottes aux mains comme un criminel. (Quand il se vit reconnu il dit au jeune homme qui l'accompagnait de s'enfuir. Mais celui-ci refusa disant qu'il l'accompagnerait jusqu'à la mort. Alors M. Héroux se tourna vers ceux qui le poursuivaient et leur dit avec la dignité d'un prêtre et d'un martyr : « Je suis le curé catholique de Préaux").

Arrivés à une demi-lieue de la ville de Château-Gontier, l'escorte fit une halte, déclara aux deux serviteurs de Dieu que leur heure suprême était sonnée, et les fusilla sur-le-champ.

Les deux cadavres étaient restés sur le chemin ; le lendemain un laboureur du voisinage les chargea sur sa charrette, et les conduisit dans le cimetière de l'Hôtel-Dieu de Château-Gontier, où ils furent jetés dans la fosse commune.

AD53 - Abbé AngotMonographie paroissiale : Saint-Martin de Préaux, diocèse de Laval, suivie des Mémoires du colonel Lebaillif : 1792-1822. Mamers,  G. Fleury et A. Dangin, 1884

 


 

 

Château-Gontier Hôtel-Dieu Saint-Julien zzz

 

Dans les registres d'état-civil de Château-Gontier, de l'an VII, on trouve l'acte suivant qui nous renseigne un peu plus sur l'identité du jeune homme et sur la date approximative du double assassinat :

 

Aujourd'hui sixième jour du mois de floréal, l'an sept (25 avril 1799) de la République française une et indivisible, à dix heures du matin, par devant moi, Jean-Jacques Thoreau, agent municipal de la commune de Château-Gontier, chef-lieu de canton, département de la Mayenne, chargé de dresser les actes de naissance, mariage et décès des citoyens,

est comparu le citoyen Georges Le Vayer, juge de paix de la section intra-muros du canton de Château-Gontier ; lequel assisté des citoyens Louis-Jacques Davière, propriétaire, âgé de 31 ans, et Jean Bourjugé, berger (?), âgé de 42 ans, tous deux demeurant en cette commune,

lequel a déclaré à moi Jean-Jacques Thoreau, qu'ayant été instruit que deux cadavres étaient exposés sur la grande route de Château-Gontier à Laval, il s'était transporté sur le lieu et y avait rédigé le procès-verbal dont la teneur suit :

Extrait d'un procès-verbal dressé par le juge de paix de la section intra-muros du canton de Château-Gontier, département de la Mayenne.

Aujourd'hui, vingt sept ventôse, l'an sept de la République française une et indivisible, (17 mars 1799)

Nous, Georges Le Vayer, juge de paix, officier de police judiciaire de la section intra-muros du canton de Château-Gontier, département de la Mayenne, exerçant pour empêchement de notre collège du canton de Laval, détenu pour cause de maladie, avons fait la reconnaissance et la levée de deux cadavres trouvés morts dans la route tendant de cette commune à celle de Laval, à la distance d'environ deux kilomètres de cette commune, et examen fait desdits deux cadavres, ils ont été reconnus pour ceux d'un prêtre réfractaire ... Jean Héroux, et l'autre un nommé Perrault, ex-chouan, prévenu de faire partie des brigands maintenant existants dans ce pays, lesquels ont été tués sur le rapport du commandant de la force armée du même jour, lorsque l'on les transferoit de cette commune, en celle de Laval, pour être déposés dans la maison de justice, lesquels deux cadavres ont été inhumés à l'hospice civil de cette commune, en vertu de notre ordonnance.

Le procès-verbal est signé, Davière aîné, Jean Bourjugé, Bessin, Le Vayer, juge de paix et Berot, greffier.
Pour extrait conforme, signé G. Le Vayer, jdp, Bérot, greffier.

D'après la lecture de ce procès-verbal que Louis-Jacques Davière et Jean Bourjugé ont déclaré être conforme à la vérité, j'ai rédigé le présent acte, que Georges Le Vayer, juge de paix, Louis-Jacques Davière et Jean Bourjugé ont signé avec moi ...

Fait et arrêté, les jour, mois et an ci-dessus.

Héroux décès signatures

 

AD53 - Registres d'état-civil de l'an VII - p. 69