LOUIS LEROY dit DIX AOUT 3

 

PIERRE-NICOLAS-LOUIS LEROY DE MONTFLABERT, juré du tribunal révolutionnaire, au temps de Fouquier-Tinville, était né à Coulommiers (Seine-et-Marne) le 21 mars 1743 et baptisé le lendemain.

 

Ler Roy baptême

 

Fils de : Pierre Jacques LE ROY des NONCOURTES (1695-17/09/1759 Paris, paroisse Saint-Sulpice), écuyer (1748), veneur du duc d’Orléans (1742-1748), seigneur des Nouescourtes, de Voisins (Chailly-en-Brie) en 1757 [ép. (avant 1731) Marie Houdette SAGET] et de Jeanne Elisabeth LEFORT de LA VILLENEUVE (1710- ) fille de Nicolas LEFORT, gentilhomme servant de feue Madame; et de Marie Françoise CHERON, [mariage le 25/10/1740 à Doue, chapelle du château de Doue, dispense de mariage pour consanguinité du 17/10/1740 (AD 77, 22 G 41), mariage célébré par son frère Pierre-Nicolas LEFORT de LA VILLENEUVE, bachelier en droit de la faculté de Paris, prêtre curé de Doue (1737), vicaire à St-Christophe de Meaux (1738)]. 

Avant la révolution, ce personnage portait le titre pompeux de marquis de Montflabert ; puis, il avait pris le surnom de Dix-Août (jour où la monarchie fut détruite), comme un témoignage de son patriotisme.

Il était sourd, et prétendait pouvoir, précisément à cause de cette infirmité, prononcer plus sûrement sur les accusés, car au moins il ne pouvait être influencé ainsi ni par l'un ni par l'autre.

Ancien maire de Coulommiers (de 1790 à 1792), il avait, dans ses rapports administratifs, contracté des haines qu'il satisfit plus tard en faisant traduire au tribunal et guillotiner quinze ou seize habitants de cette commune, sous l'éternel prétexte de conspiration contre la République.

 

LE ROY MAIRE COULOMMIERS

 

Il se lia ensuite très-étroitement avec les meneurs du club des jacobins ; devint, en 1798, par leur influence, juré du tribunal révolutionnaire, et se montra l'un des plus cruels de ce sanguinaire pouvoir.

Il eut part à tous ses arrêts, et ne manqua pas une audience jusqu'à la chute de Robespierre, où lui-même fut condamné à mort, comme complice de Fouquier-Tinville, par le même tribunal, composé de nouveaux juges.

Quoique sourd, et dans l'impossibilité d'entendre les dépositions et les débats, il n'hésitait jamais à prononcer contre les accusés. 

"Il fut un temps, répondit Le Roy lors de son interrogatoire, où j'avais en effet l'oreille dure ; mais j'avais soins de me placer au premier rang des jurés, et j'affirme que j'entendais parfaitement les débats.

Je nie avoir été le dénonciateur des habitants de Coulommiers ; au contraire, je les ai défendus, bien que quarante témoins eussent déposé contre eux."

Mais le plus grave que l'on reproche à Leroy est le suivant :

L'épicier Dervilly avait été traduit au tribunal comme complice de la conspiration de Saint-Lazare ; il se justifiait de son mieux, et l'un des juges mettait en doute la vérité de ce qu'il avançait.

"Ce que je dis est aussi vrai, dit alors l'accusé, qu'il l'est que dans deux heures je ne serai peut-être plus."
- Il faut que l'accusé se trouve bien coupable, s'écria alors Leroy, puisqu'il présume son jugement ; par cela même, en mon âme et conscience, je le déclare convaincu et je le condamne ..."

 

Le 8 germinal, an III, (28 mars 1795), 25 accusés sont amenés au tribunal révolutionnaire : Fouquier-Tinville et ses anciens collègues du Tribunal de sang : Naulin, ex-vice-président, Lohier, Delaporte, Garnier, Launay, Foucault, Maire, Scellier, Harny, Deliège, ex-juges ; Trinchard, Leroy-Dix-Août de Montflabert, Renaudin, Chrétien, Ganney, Vilatte, Duplay, Prieur, Chatelet, Brochet, Girard, Trey, Pigeot, Aubry, ex-jurés ; ils furent appelés à rendre compte des iniquités qu'ils avaient commises dans leurs fonctions ...

Concernant les délits reprochés aux jurés, l'accusateur Judicis établit quels eussent été leurs devoirs, et il continue :

"Fort des principes gravés dans l'âme de tous les amis de la justice et de l'humanité, l'accusateur public demandera aux jurés s'ils ont rempli les obligations que leur imposait leur serment, quand ils coupaient la parole aux accusés et à leurs défenseurs, qui n'avaient encore pu rien dire pour leur défense, sous prétexte qu'ils étaient assez instruits, quoique le simulacre des débats n'eût duré souvent qu'une heure et demie et malgré qu'il y eût soixante accusés et quelquefois plus ; quand, rentrés dans la chambre de leurs délibérations, ils y recevaient Fouquier-Tinville et autres, prévenus d'avoir dirigé ou influencé leurs opinions ; ou quand ils en sortaient pour faire la conversation avec des personnes étrangères ; quand ils rentraient dans la salle des audiences, cinq à six minutes après en être sortis, pour y émettre leurs opinions, souvent sur une masse d'accusés si considérable que le temps de l'audience n'avait pas suffi pour les interroger sur leurs noms, prénoms, âges, professions et demeures ... ; quand ils déclaraient convaincus plus d'accusés qu'il n'y en avait à l'audience et souvent même dans les actes d'accusation ... ; quand ils disaient que, lorsqu'il n'y avait point de délits, il fallait en imaginer ; quand ils disaient qu'ils n'avaient besoin pour se convaincre que de voir les accusés ; quand ils dénonçaient, arrêtaient ou faisaient arrêter, traduire au Tribunal révolutionnaire ceux dont ils étaient les ennemis pour s'en rendre ensuite les juges, malgré les récusations que les accusés pouvaient leur adresser ... ; quand ils se vantaient de n'avoir jamais voté que la mort, en s'exaspérant contre les jurés qui ne les imitaient pas ; quand ils disaient à l'audience qu'ils allaient faire feu de file, qu'il fallait que toute la finance, les prêtres et les nobles y passassent ; quand, désespérés de voir la fermeté des condamnés qu'on conduisait au supplice, ils disaient que, s'ils étaient accusateurs publics, ils feraient préalablement faire une saignée aux condamnés pour qu'ils ne montrassent pas tant de courage ; quand enfin le résultat de leurs opérations a envoyé tant de personnes à la mort que le nombre n'en est pas connu, mais qu'on peut s'en faire une idée en voyant environ treize cents personnes condamnées dans moins de cinq décades par quatre-vingt-trois jugements dont la plupart n'en ont que le nom qu'ils ne méritent pas" ...

Les dépositions des témoins commencèrent la lecture de l'acte d'accusation ; ils étaient au nombre de 419 ...

Le 16 floréal, à dix heures du soir, le jury entra dans la salle ; le 17, à une heure de l'après-midi, après quinze heures de délibération, il rendit son verdict ... Leroy-Dix-Août de Montflabert était condamné à mort. Sa toilette se fit dans les cachots où il était enfermé ... Leroy répéta plusieurs fois qu'il mourait innocent, qu'il était convaincu que la République eût été perdue sans l'énergie que ses collègues et lui avaient déployée dans leurs fonctions ...

 

LEROY, dit DIX-AOÛT (Pierre-Nicolas), ex-juré au tribunal révolutionnaire de Paris, âgé de 52 ans, né et domicilié à Coulommiers, département de Seine-et-Marne, condamné à mort, le 17 floréal an III (6 mai 1795), par le tribunal révolutionnaire séant à Paris, comme complice de Fouquier-Tinville ; exécuté le 18 floréal an III, place de Grève, inhumé au cimetière des Errancis.

Biographie universelle, ancienne et moderne - Volume 71 - par Louis-Gabriel Michaud - 1842

Histoire générale et impartiale ... - Louis-Marie Prudhomme)

Le tribunal révolutionnaire de Paris - par Emile Campardon

Mémoires des Sanson - tome cinquième - par H. Sanson - 1863

AD77 - Registres paroissiaux de Coulommiers