Varennes-en-Argonne plaque beffroi


Le chevalier Louis-Charles de la Cassaigne n'était point un Vendéen d'origine. Né à Varennes-en-Clermontois, le 20 mars 1740, et seigneur de Saint-Laurent-des-Combes, en Angoumois, il était fils de Charles Chrétien de La Cassaigne de Saint-Laurant, chevalier de Saint-Lazare, et de Dame Anne-Marguerite Godinet.

Cassaigne naissance

 

Il est ainsi dépeint par Mme de la Rochejaquelein :

"C'était un homme de cinquante ans, petit, gros, bon, sot et poltron : voilà en deux mots son caractère. Sa figure exprimait la bêtise et peignait parfaitement son mérite".


Destiné d'abord à l'état ecclésiastique, "tout le temps qu'il avait porté le petit collet, il avait été assez libertin" ; mais chose curieuse ! à peine eut-il renoncé à entrer dans les ordres qu'il devint très dévot, et même bigot : tel est le qualificatif que n'hésite point à employer la pieuse Marquise, dont la dévotion éclairée s'accommodait mal de certaines pratiques quelque peu étranges.

L'ex-abbé au petit collet avait été chassé de son pays et ruiné par les premiers troubles de la Révolution ; si bien qu'il "se trouvait absolument à l'aumône".

Comme il était un peu parent de la famille de La Rochejaquelein et de Lescure, celui-ci "l'avait recueilli chez lui par charité", et ce fut ainsi que notre personnage, à l'époque de l'insurrection, se trouva au nombre des hôtes qu'abritait le château de Clisson ...

Or, un beau matin, on vit arriver tout à coup au château des gendarmes de Bressuire, porteurs d'un mandat d'arrêt contre le chevalier de la Cassaigne, coupable d'avoir envoyé une collection de petits sacrés-coeurs à Mlle de la Rochejaquelein, tante de Monsieur Henri. Le messager avait été arrêté en chemin, le chevalier tombait sous le coup de la loi, comme propagateur d'emblèmes séditieux.

Lescure réussit toutefois à se débarrasser des gendarmes en répondant par écrit de M. de la Cassaigne, qu'il représenta comme un pauvre infirme, bien tranquille et tout à fait inoffensif. Les sbires partis, le peu héroïque chevalier, qui s'était bien gardé de comparaître, perdit littéralement la tête en apprenant que c'était à lui qu'on en voulait :

"Le moindre bruit le faisait trembler, raconte Mme de la Rochejaquelein ; il se cachait sous les chaises, sous la tapisserie, sitôt qu'on ouvrait une porte. Il baisait les mains de M. de Lescure, et nous donnait la comédie".

Il la donna bien davantage quelques jours après, lorsque La Rochejaquelein, impatient d'avoir des nouvelles du dehors et décidé à aller rejoindre les insurgés dont on annonçait vaguement les succès, prit congé des hôtes du château de Clisson. Écoutons encore le témoignage de Mme de la Rochejaquelein :

"Après cette scène si touchante (les adieux de Lescure à Henri de la Rochejaquelein), vient la parodie : M. de la Cassaigne dit qu'il veut suivre Henri et se joindre aux royalistes. Nous lui démontrons que c'est s'exposer beaucoup, et qu'il ne fera pas la guerre. Il nous étale de beaux sentiments de bravoure, cela nous fait rire. Dans le fait, la peur l'avait aveuglé au point qu'il croyait être plus en sûreté dans le pays insurgé. On lui objecte que M. de Lescure a répondu de lui corps pour corps, et qu'il est indigne de vouloir l'exposer à une prison certaine. Il se met à pleurer, prétend que nous voulons sa mort, que Dieu lui avait donné des jambes pour fuir, et que, tant qu'il en aurait, il fuirait ; que ce serait résister à la volonté de Dieu de ne pas le faire.

Nous le chapitrons deux heures, mais il pleurait toujours, M. de Lescure entre dans le salon, M. de la Cassaigne va lui demander tout en larmes la permission de se sauver. M. de Lescure la lui accorde, malgré nos représentations. Nouvel embarras. Nous disons à M. de la Cassaigne qu'étant gros, lourd et âgé de cinquante ans, il ne pourra jamais suivre Henri, qui n'a que vingt ans et est un des hommes les plus lestes qu'on puisse trouver ; qu'il faut faire neuf lieues dans la nuit, par une pluie à verse, à travers champs, passer par dessus des haies très hautes, sauter des fossés ; que si quelque patrouille arrivait, il ferait prendre Henri. Il dit alors à celui-ci :

"Mon cher ami, dans le cas où nous entendrons du bruit, tu me laisseras et tu te sauveras". Henri lui répond : Est-ce que tu me crois aussi poltron que toi, et capable d'abandonner quelqu'un qui est avec moi ? Non. Si on vient pour nous prendre, je me battrai, je périrai avec toi, ou nous nous sauverons ensemble." M. de la Cassaigne se jette sur ses mains, les baise et s'écrie mille fois : "Il me défendra, il me défendra !"

A onze heures, quand tous les domestiques furent couchés, Henri, son domestique, M. de la Cassaigne et le guide partirent, le premier armé seulement d'un gros bâton et de pistolets. Quand ils furent sortis, M. de Lescure me dit : "A présent que M. de la Cassaigne est en marche, je vous avouerai que je crois possible que son départ me compromette, mais je ne pouvais tenir à sa poltronnerie : sa peur me donnait autant d'ennui que de pitié."

Du château de Clisson, Henri de la Rochejaquelein s'en fut droit à celui de sa tante, d'où il repartit presque aussitôt pour entrer en campagne. Quant au chevalier de la Cassaigne, il demeura prudemment caché chez Mlle de la Rochejaquelein jusqu'à l'époque de la réunion des contingents poitevins aux insurgés de l'Anjou. La Grande Armée étant alors constituée, et l'insurrection maîtresse de tout le pays, le réfugié sortit de sa cachette et vint s'installer à Châtillon, où il pensait être plus en sûreté que partout ailleurs.

Comme il était pieux, bon et de manières affables, et que sa poltronnerie n'avait eu pour témoins que les hôtes du château de Clisson, il fut très bien accueilli par les Vendéens et devint même tout de suite populaire parmi eux. Tant et si bien qu'il se vit décerner les honneurs du gouvernement de la ville. Il eût été d'ailleurs, assez difficile de décider un gentilhomme du pays à lui disputer ces fonctions sédentaires et purement honorifiques, tous les nobles vendéens rivalisant de bravoure avec la masse des insurgés et ne rêvant que plaies et bosses sur le champ de bataille.

Hâtons-nous d'ajouter que le bon chevalier, tout à fait rassuré lorsqu'il se vit à l'abri des balles républicaines, ne s'acquitta point trop mal des devoirs de sa charge, sous l'autorité du Conseil supérieur et la protection des soldats de la Grande Armée :

"Il était vraiment excellent comme général d'une procession, lisons-nous dans les Mémoires de Mme de la Rochejaquelein, aussi en faisait-il sans cesse. Il faut convenir qu'il était bien dans cette place : il ne fallait s'occuper que du soin des prisonniers, qui y étaient en grand nombre, et de la police : il avait beaucoup d'humanité et de zèle ; de plus sa grande piété édifiait, et il était ainsi utilement employé".

Ne gardons pas trop rigueur à la mémoire de ce pauvre chevalier de la Cassaigne ! Nul n'est parfait ici-bas, les meilleurs ont leurs petits défauts, et il n'est pas donné à tout le monde d'être brave ! Et puis, ainsi que Mme de la Rochejaquelein a tenu à nous l'apprendre en complétant le portrait du bonhomme, celui-ci n'en avait pas moins certaines qualités et les gâs de la Grande Armée lui furent tout de même redevables de quelque chose ... ne serait-ce que des belles cérémonies que le pacifique général des processions organisait pour célébrer chacun de leurs triomphes !

La Vendée Historique - n° 147 - Septième année - 5 février 1903


Il avait deux enfants pour aides-de-camp : Langerie et Givais.

Un jour, plusieurs officiers voulant se moquer de La Cassaigne qui attachait beaucoup de prix à son gouvernement, lui disent que les Jacobins conspirent et qu'il y a conciliabule chez un perruquier jovial et pataud. Ces Messieurs ayant donné l'éveil au gouverneur se rendent chez cet homme et lui disent qu'à telle heure M. de la Cassaigne se présentera avec ses aides de camp et un détachement, qu'il ait la précaution de se tenir dans son arrière-boutique sans lumière et lorsque le gouverneur y entrera, de lui jeter au nez une houppe remplie de poudre. On le fait. Le perruquier se sauve alors et laisse le gouverneur furieux maître de sa maison. Les officiers , auteurs de l'espièglerie, entrent alors et le plaisantent ; trouvant sa dignité compromise, il jura que le perruquier serait mis en prison ; mais les aides-de-camp et l'état-major qui étaient complices sauvèrent le perruquier qui s'excusa sur ce qu'il ne connaissait pas.

(Revue du Bas-Poitou 1945 - 1ère et 2ème livraison)


LE SACRÉ-COEUR ET LES VENDÉENS EN 1793

C'est tout au début de la guerre de Vendée que le Sacré-Coeur fut mis sur la poitrine des soldats catholiques. On sait que la prise de Cholet eut lieu le 14 mars 1793. Le lendemain, le chevalier de Saint-Laurent de la Cassaigne (qui ignorait cette victoire) écrivait de Boismé (Deux-Sèvres) à Mlle de la Rochejaquelein, qui habitait Saint-Aubin-de-Baubigné : "Je vous envoie une petite collection de Sacrés-Coeurs de Jésus. C'est une dévotion très solide, et qu'on pratique avantageusement depuis bien des siècles. Elle n'a jamais été plus nécessaire que dans les malheureuses circonstances où nous nous trouvons, et je ne saurais trop la recommander, pour tous les grands biens qu'en ont retirés ceux et celles qui s'y sont voués avec cette confiance qu'on doit avoir dans les bontés et les miséricordes du meilleur de tous les Pères". Cette lettre fut interceptée le 16 mars, sur la route de Châtillon-sur-Sèvre (Archives de Maine-et-Loire).

[Bulletin paroissial du doyenné d'Amou - Landes - Mai 1918]