UNE ANCIENNE MAISON NOBLE :
LA GODELINIÈRE EN LES LANDES-GÉNUSSON

La Godelinière cassini


Après avoir résonné pendant des siècles du choc des armures, elle accueille dans ses murs plusieurs fois centenaires, de multiples réunions, banquets, centre de vacances, aux portes des Landes-Génusson : LA GODELINIÈRE

Ce vieux logis converti en exploitation agricole depuis les incendies de la Révolution allait "chaque an d'une pierre en périssant" et la Municipalité des Landes-Génusson, bourg en pleine expension, à la recherche de terrains à lottir, pour répondre aux multiples demandes de ses administrés acheta cette ferme de trente cinq hectares, afin d'en échanger les terrains contre d'autres sis plus près du bourg.

Après échange, il lui resta les bâtiments et plusieurs hectares de terres, dont un vieil étang asséché, et aujourd'hui remis en eau, pour la plus grande joie des pêcheurs landais.

Pour décrire cet ancien manoir où on trouve deux époques de constructions, il faut reprendre en partie la description qui en fut faite, lors de sa vente comme Bien National en 1798.

La partie la plus ancienne à l'Est est du XVème siècle et comportait à l'étage une galerie sur toute la longueur de la façade, desservant les différentes chambres, ce qui est assez rare à cette époque. L'escalier à vis, aux marches de granit qui desservait cet étage, ne fait pas saillie à l'extérieur du bâtiment, comme aux Noyers, de Saint-Paul. Puis à la renaissance fut ajouté un corps de logis beaucoup plus grand, comportant un étage détruit depuis longtemps et accolé à son extrémité d'une tour ronde aujourd'hui en partie arasée. Dans ce grand corps de logis, de belles fenêtres à meneaux de granit et une grande cheminée avec un écusson, aux armes de la famille de La Haye, ce qui date sa construction. Et dans cet acte de vente de la Godelinière comme bien national, en 1798, il est dit que la maison principal, sous laquelle est une cave, comporte un rez-de-chaussée qui se compose d'une cuisine, d'une chambre basse pour les servantes, un corridor, un escalier en pierres, une antichambre, un salon et une salle. Le premier étage lui est composé d'une "galoir" et de quatre chambres dans lesquelles de grandes cheminées du XVème existent encore, de même qu'au rez-de-chaussée.

De chaque côté de la cour, des restes de bâtiments des XVe et XVIe siècles. Il est dit aussi dans cet acte de 1798, qu'à chaque extrémité de la maison sont des tours couvertes en ardoises.

Dans la partie Renaissance, appelée aujourd'hui la Grande Salle, la belle ouverture en plein cintre qui sert de porte d'entrée, est de la fin du XIXe, et fut ouverte pour permettre le passage des charrettes, lorsque cette partie, après l'incendie des colonnes infernales, fut transformée en grange.

Et maintenant la Godelinière restaurée comprend, tant dans le logis que dans les bâtiments d'exploitation, de grandes salles de réunion et des dortoirs.

Cette Seigneurie de la Godelinière (et non "Chatellerie Royale" comme on l'a baptisée quelquefois, car à l'époque féodale, le seul châtelain était, fait très rare, le Curé de la Paroisse), la Godelinière, elle, relevait de Montaigu.

Cette Seigneurie de la Godelinière fut vraisemblablement créée aux alentours de la Guerre de Cent Ans, comme la plupart des Seigneuries de la Haute-Vendée, époque où les puissants seigneurs-Châtelains distribuèrent des terres à leurs Chevaliers, pour les fixer à proximité de la forteresse où leur service les appelait. C'est pourquoi, on ne connaît pas de Seigneur de la Godelinière avant ce début du XVème siècle, où le 16 février 1425, Jean de Voiluire ou Volvire était qualifié seigneur de la Godelinière. Ce fut une famille assez puissante, puisque l'un d'eux était baron de Ruffec. Il avait épousé Marie de Bazoges, ce qui vint le fixer dans cette région.

Une de ses filles Catherine de Volvire avait épousé François Jousseaume de la Bretesche, et devenue veuve, se remariait en 1449 avec Nicolas de La Haye, qui posséda aussi les Herbiers. Cette famille posséda la Godelinière pendant plus de deux siècles et eut de nombreux démêlés avec les Curés des Landes-Génusson, qui possédaient des biens assez importants, leur servant surtout de Bureau de Charité.

A l'occasion des Guerres du Protestantisme, de nombreux seigneurs jaloux de ces possessions ecclésiastiques embrassèrent la Nouvelle Religion Réformée, souvent dans le but de s'emparer par la force de ces domaines religieux qu'ils convoitaient. Ce fut le cas d'Isaac de La Haye seigneur de la Godelinière et de son fils Louis qui lui succéda.

Et dans un long Mémoire écrit en 1721, Pierre Corneille, curé des Landes, raconte les persécutions subies par plusieurs de ses prédécesseurs, qui sous menace de mort, battus, emprisonnés, durent céder aux seigneurs de la Godelinière. De longs procès s'ensuivirent, notamment à Angers, puis au Parlement de Paris gagnés par le Curé des Landes-Génusson.

Louis de La Haye-Montbault n'eut que des filles, et l'une, Marie de La Haye-Montbault, en se mariant le 2 octobre 1665 à Louis Mesnard, seigneur de la Barotière, lui apporta la seigneurie de la Godelinière, qui resta dans cette famille jusqu'à la Révolution.

Le dernier de cette famille en fut Marie-Antoine-Alexandre, comte de Mesnard, seigneur de la Godelinière, né à Luçon. Son frère cadet, Louis-Charles-Bonaventure de Mesnard fut écuyer de la Duchesse de Berry pendant la dernière Guerre de Vendée, et certains ont vu en lui le père de l'Enfant de la Vendée, né à la Forteresse de Blaye où la Duchesse était internée après l'échec de l'insurrection et sa capture à Nantes.

Son frère aîné, Marie-Antoine, seigneur de la Godelinière, capitaine-colonel, émigra en Angleterre en 1789, puis profitant d'une accalmie dans la répression, rentra en France, mais il fut arrêté à Passy, le 26 septembre 1797 et condamné à mort. Le 12 octobre 1797, il fut conduit dans la Plaine de Grenelle, et disent les journaux de l'époque, refusant de se laisser bander les yeux, s'agenouilla, ôta son chapeau et dit étendant les bras "Soldats, tirez, je suis prêt". Ainsi mourut le dernier seigneur de la Godelinière.

Ses biens confisqués par la Nation furent vendus, et la Godelinière adjugée le 2 floréal an VI (21 avril 1798) au citoyen Guyet, né à Saint-Fulgent le 20 avril 1774, un des gros acquéreurs de Biens Nationaux de Vendée. Ce fut lui, qui, officier dans l'armée républicaine, épousa pour la sauver des Noyades de Nantes, Marie du Vigier, épouse divorcée d'Auguste-Charles de Lespinay.

LA GODELINIERE

Depuis la Godelinière passa en plusieurs mains, pour revivre en Centre d'Accueil Municipal, un des plus beaux et des plus accueillants de Vendée.

 

JEAN LAGNIAU

Extrait : La Fin de la Rabinaïe - N° 71 - Juillet-Août 1991