LA MARÉCHALE D'AUBETERRE (1742-1816)

Fils de Haut et Puissant Seigneur Messire Guy-Michel De Scépeaux, chevalier, Seigneur de la Roche et autres lieux et de Dame Marguerite-Magdelaine Chotard, fille de Jacques Chotard, et de Marguerite Laurencin - mariés le 11 février 1692Jacques-Bertrand de Scépeaux (mort à Paris, le 10 janvier 1778), seigneur de la Roche-de-Noyant, acheta en 1737 le marquisat de Beaupréau et en 1764 la baronnie de Candé ; en 1767, il vendit la Roche-de-Noyant et sept ans après la baronnie de Candé.

Lieutenant au régiment de Villeroy en 1721, capitaine dans le régiment de Montrevel en 1722, colonel du régiment de Lyonnais en 1734, lieutenant général de la province d'Anjou et du pays saumurois en 1738, il fut nommé maréchal de camp en 1745 et lieutenant général des armées du roi en 1748.

Par contrat de mariage du 29 mars 1740, il épousa Élisabeth-Louise Duché.

Leur fille, Françoise-Marie-Rosalie de Scépeaux, épousa, par contrat du 23 octobre 1769, Nicolas-François-Julie comte de la Tour d'Auvergne, comte de Mousme, marquis de Margeville, seigneur de Marsac, Vernant, maréchal des camps et armées du roi.

MARQUIS D'AUBETERRE

Le 10 septembre 1773, elle épousa en secondes noces, dans l'église Saint-Sulpice de Paris, Joseph-Henri Bouchard d'Esparbez de Lussan marquis d'Aubeterre, ancien ambassadeur à Vienne, à Madrid et à Rome, lieutenant général des armées du roi, conseiller d'État d'épée, qui fut gouverneur de la Bretagne à partir de 1775 et dont la conduite conciliante lui valut le bâton de maréchal de France, en 1783.

Veuve sans enfant (1788), la maréchale d'Aubeterre alla quelque temps se consoler et s'édifier dans l'abbaye du Ronceray d'Angers, qui était alors gouvernée par sa belle-soeur.

Au mois de mars 1791, M. Pinot, curé du Louroux-Béconnais ayant été condamné par le tribunal du district d'Angers, fit appel devant le tribunal du district de Saint-Florent-le-Vieil séant à Beaupréau. M. Gruget écrivait à ce sujet en 1794 : "La dame du lieu, Mme la maréchale d'Aubeterre, alors à Angers, n'en fut pas plus tôt instruite, qu'elle donna des ordres à son régisseur, qui était président du tribunal, de le traiter honnêtement et d'avoir pour lui tous les égards qu'il méritait ; elle avait d'autant plus de droit de donner ces avis à son régisseur, qu'elle avait permis qu'on se servit de son château pour y mettre le tribunal, la municipalité et la prison (1790). Elle eût désiré qu'on lui eût donné dans son château une chambre particulière, avec la liberté de se promener dans les jardins et le parc ; mais cela n'était pas possible, il fallait qu'il fût traité comme s'il eût été criminel. Tout ce qu'on put faire, ce fut de lui donner une chambre particulière, qu'on eut soin de bien meubler, mais à la fenêtre de laquelle on fit mettre des grilles, afin qu'elle eût l'air d'être une prison".

Le 26 juin 1793, l'abbesse du Ronceray d'Angers arriva au château de Beaupréau, avec un certain nombre de religieuses. Elles récitèrent l'office dans l'église collégiale de Sainte-Croix jusqu'au passage de la Loire à Saint-Florent-le-Vieil (18 octobre 1793).

Angers Ronceray

Mme d'Aubeterre, qui avait quitté l'abbaye du Ronceray à la fin de 1791, pour fuir les horreurs de la Révolution, se trouvait en Belgique, quand elle apprit que l'Assemblée législative avait décrété (27 juillet 1792) le séquestre et la mise en vente de tous les biens des émigrés. Elle ne tarda pas à rentrer en France, pour conserver sa terre de Beaupréau. Incarcérée à Rouen, mais délivrée après la chute de Robespierre, elle vint à Beaupréau afin de visiter sa propriété, qu'elle ne connaissait pas encore, puis elle alla demeurer à Tours.

Le château de Beaupréau avait été en partie incendié en 1794. A son premier voyage, Mme d'Aubeterre avait logé dans une maison qui avait une porte de communication avec l'église Notre-Dame, et qu'on nommait la "Communauté", parce qu'on y avait fondé (1711) une école et un dispensaire que de pieuses filles desservaient. Mlle Dumesnil s'était dévouée à la direction de cet établissement, auquel elle consacrait son temps et sa modeste fortune. Ce fut là que Mme d'Aubeterre se logea provisoirement, quand elle revint à Beaupréau pour y rester. Mais dès le 11 novembre 1796, les époux Cady achetaient pour elle, quoique en leur nom, la maison des Enfants de Choeur (maison Brouillet), qu'ils lui rétrocédèrent par acte du 20 février 1801. Cette maison était du petit nombre de celles qui avaient échappé à l'incendie, mais elle était délabrée ; il fallut y dépenser 10.000 francs pour la réparer et la mettre dans un état convenable, en attendant qu'il fût opportun, ou possible, d'entreprendre une restauration partielle du château. Les réparations de ce local étaient à peine commencées, lorsque le coup d'État du 18 Fructidor inspira à Mme d'Aubeterre de nouvelles craintes pour sa sûreté. Elle se réfugia à Saint-Rémy-en-Mauges, dans la maison de la Courtaiserie, que la famille de Kersabiec mit à sa disposition.

C'est le 18 janvier 1800 que la paix fut signée entre les Vendéens et le général d'Hédouville, à Montfaucon-sur-Moine. Le 4 février, le commissaire du gouvernement près l'administration départementale : "La religion est la principale cause de la guerre dans nos contrées, et si on laisse les prêtres tranquilles il sera impossible d'y rallumer la guerre civile, car il n'y a que cette classe d'hommes qui puisse influer sur l'esprit des habitants. Actuellement qu'ils ont la liberté d'exercer leur culte, il y a une différence totale dans la situation morale et politique de mon canton. Avant la pacification, la majeure partie des habitants avait un air féroce et sauvage, actuellement ce ne sont plus les mêmes hommes : on les voit, la gaîté peinte sur la figure, contents et satisfaits".

M. l'abbé Loir-Mongazon était caché, à la Courtaiserie, en même temps que Mme la maréchale d'Aubeterre, lorsque les habitants de Notre-Dame de Beaupréau apprirent que le gouvernement consulaire permettait l'ouverture des églises et l'exercice public du culte. Une cavalcade se rendit à Saint-Rémy, d'où elle emmena le confesseur de la foi comme en triomphe. A son arrivée au faubourg Saint-Gilles, il trouva toute la population réunie. MM. Boutreux, Dubois et Doizy, quoique simples aspirants à la prêtrise, avaient organisé une procession, qui se dirigea vers l'église.

Mme la maréchale d'Aubeterre tarda peu à revenir à Beaupréau et elle alla occuper sa maison des Enfants de Choeur. Bientôt, même elle donna des ordres pour la restauration d'une partie notable de son château. Les appartements qu'elle avait à la Communauté, furent mis à la disposition de M. Mongazon, qui s'y logea lui-même (1800-1802). Aussitôt il plaça M. Dubois à la cure pour y tenir une école, et il fit répandre dans le public qu'à Pâques (1800) il rouvrirait le Collège. Cette époque arrivée, il put effectivement confier à MM. Boutreux, Doizy et Dubois un certain nombre d'élèves humanistes, tant pensionnaires qu'externes ; mais ce ne fut qu'à la fin d'octobre 1800 que l'établissement acquit de l'importance, et c'est à ce moment qu'il convient de fixer la restauration du collège de Beaupréau.

La paroisse manquait de tout et l'église n'avait plus aucune ressource ; Mme d'Aubeterre pourvut à tout, et, dans peu de temps, la sacristie posséda un mobilier complet en linge, en ornements, en vases sacrés, sans qu'il en coûtât un sou aux habitants. Le zèle de la maréchale pour la décence et la pompe du service divin était secondé par une de ses nièces, qui se chargea de gouverner la sacristie, Mme de Bourdeille de Matha, religieuse visitandine (Soeur Marie-Xavier).

Loir-Mongazon

M. Mongazon prépara au sacerdoce la première recrue que la Providence donna au clergé angevin, après la Révolution. Il appela autour de lui un certain nombre de jeunes aspirants à l'état ecclésiastique, dont la vocation, contrariée par la Révolution, n'avait fait que se consolider et s'épurer pendant sept ans d'épreuves, et auxquels on désirait faire recevoir les ordres sacrés, y compris la prêtrise, en septembre 1800. C'étaient MM. Boutreux, Doizy, Bourreau, Dogueneau, Guérif, Foyer. M. Mongazon donna pour professeur de théologie à ces 6 jeunes gens M. Hamelin, prêtre de Château-Gontier, tout récemment sorti d'un des pontons de l'Île de Ré. M. Dubois, quoique trop jeune pour recevoir les ordres, suivit néanmoins ses leçons. Il n'eut que 6 mois pour leur enseigner les principes fondamentaux et les parties les plus pratiques de la théologie morale. Ils se rendirent, au mois de septembre, à Paris, où ils reçurent les saints ordres de l'évêque de Saint-Papoul.

Dans le cours de l'automne 1800, M. l'abbé Hervé vint se joindre à M. Mongazon, qui ouvrit ainsi sa première année scolaire avec cinq maîtres, dont deux étaient prêtres (MM. Hervé et Boutreux), un aspirant à l'état ecclésiastique (M. Dubois), et enfin M. André Boutreux, encore étudiant, frère de M. l'abbé Boutreux. A la rentrée de 1801, M. Mongazon leur adjoignit M. François Drouet.

La restauration du collège ne fut possible que par la combinaison de cette oeuvre avec celle de la paroisse, qui de son côté gagna beaucoup à sa jonction avec la première. Le succès, du reste, fût demeuré impossible, malgré les libéralités de Mme d'Aubeterre put enfin aller habiter le château ; immédiatement elle mit sa maison à la disposition de M. Mongazon, et la rentrée se fit dans ce nouveau local des Enfants de Choeur, dont la propriété fut cédée par la maréchale à M. Mongazon le 22 avril 1803 (En 1816, on émigra dans l'ancien collège).

M. Mongazon était considéré au château comme un membre de la famille. On voulut qu'il y fit chaque jour son principal repas et qu'il y eût sa chambre à coucher. (En 1801, Mlle de la Tour d'Auvergne quitta Mittau où elle avait émigré, pour venir, avec sa mère, habiter la maison de sa tante ; en 1802, elle épousa le marquis de Durfort de Civrac).

Cependant l'évêque concordataire d'Angers avait été installé le 6 juin 1802. Pendant les premiers mois de son épiscopat, Mgr Montault eut à s'occuper de la nouvelle circonscription des paroisses. D'après l'article 61 des Articles organiques, l'Évêque devait, de concert avec le Préfet, régler le nombre et l'étendue des cures et succursales. Puis les plans, une fois arrêtés entre eux, devaient être soumis au Gouvernement. L'Évêque d'Angers ne put terminer son travail que le 22 octobre. Le 10 novembre, le second Consul, en l'absence du premier, approuva la nouvelle circonscription des paroisses. Un mois après, le 10 décembre 1802, Mgr Montault publiait officiellement la circonscription des nouvelles cures et succursales et la nomination des ecclésiastiques chargés de les desservir.

Les détails que nous venons de donner sur la paroisse, le collège et le château de Beaupréau, étaient nécessaires pour l'explication des lettres inédites qui font l'objet de cet article. Elles furent adressées, de Beaupréau, par la maréchale d'Aubeterre à M. Amand de Kersabiec, au château du Blotereau, près Nantes, pour lequel cette grande dame avait un coeur de mère.

23 août 1800 - M. Mongazon est arrivé hier, bien reconnaissant de la bonne réception de la maman et compagnie, mais surtout de vos attentions pour lui. Il vous a quitté avec regret.

8 septembre 1800 - Nos jeunes gens, tous les six, doivent être rendus d'hier à Paris. Ils sont partis d'Angers, le jour de votre départ de Nantes. Sans effort nos six jeunes gens sont pourvus de leur ample nécessaire. La bonne Dumesnil n'a voulu partager avec personne le soin de Doizy. Les autres ont eu de leur famille. Voici une jolie production de Boutreux, vous devinerez facilement à qui elle est adressée, et sûrement elle vous fera plaisir. (A la lettre de la maréchale d'Aubeterre était joint un billet de M. l'abbé Mongazon, du 8 septembre : "Madame la maréchale veut bien me permettre de vous dire ici un petit mot. C'est avec bien de la satisfaction que j'en profite. Je ne saurais vous peindre la peine que m'a coûtée votre séparation. Il me tarde que vous soyez revenu au Blotereau. Puisqu'on m'a promis que nous ne vous aurions que lorsque j'irai vous chercher, je puis vous assurer, monsieur, que lorsque vous nous aurez fait connaître votre volonté, rien ne sera capable de m'arrêter, pas même vos enfants, vous savez que c'est beaucoup dire. Je n'oublierai jamais la bonté que vous avez eue pour moi à mon séjour au Blotereau, non plus que les procédés honnêtes et obligeants de votre respectable famille. Je vous prie de ne pas m'oublier dans vos prières, j'y ai beaucoup de confiance. Moi et les miens nous ne vous oublions point et vous regrettons beaucoup. Je vous prie d'agréer l'assurance du plus profond respect et de l'attachement le plus tendre dans lesquels je suis, dans les SS. CC. de Jésus et de Marie, monsieur, votre très humble et obéissant serviteur. - Loir-Mongazon, prêtre".)

19 septembre 1800 - Je suis très contente de l'ouvrage de nos bonnes dames de Nantes. Cependant je n'aime pas du tout le clinquant, il me reste du goût pour la magnificence ; il faut bien y renoncer. Au surplus, le tout a réussi, et on en a fait usage le 14, et en vérité on remarquait peu l'absence de Doizy. Nous avons eu de ses nouvelles. Tous se portent bien et sont dans le ravissement des beautés de Paris.

7 octobre 1800 - Nos jeunes gens sont de retour, bien contents de leur voyage et de ceux dont ils ont pris des leçons. Nous sommes en gala. La bonne Dumesnil avait dimanche un grand dîner, la mère Foyer demain.

12 octobre 1800 - J'ai couronné l'oeuvre, jeudi, par un grand dîner. Pour l'ami Boutreux, il nous reste, et nous perdons Doizy, qui sous peu de jours va à Villevêque chez le frère de Mlle Dumesnil, qui a prétendu avoir des droits. Je vais demain chez M. Dupont (Andrezé). Le cher Loir (Mongazon) va à Angers. Le voisin du parc (Clambart, curé de Saint-Martin de Beaupréau) est seul depuis deux jours, il demande Guérif (pour vicaire).

25 octobre 1800 - Doizy vient de partir pour Villevêque, bien affligé de quitter son premier maître (M. Mongazon) ; il n'a pas eu le courage de faire des adieux ; je le vois s'éloigner avec regret. Le neveu de M. Dupont (M. Guérif) est à la place du compagnon (vicaire) de notre voisin du parc ; je crois qu'il lui convient parfaitement. Nous avons M. Boutreux. Hervé est de retour.

18 novembre 1800 - J'ai eu la contrariété et une vraie peine. Le bonhomme P. est parvenu à ses fins. Ma chapelle (ancienne église collégiale de Sainte-Croix) est prise, mais sans mon consentement (pour le tribunal). On m'a permis d'enlever ce que j'ai voulu. Ce sera le cher Loir qui vous écrira la première fois. Son petit troupeau augmente. Je crois vous avoir mandé qu'il a M. Hervé.

17 décembre 1800 - Les occupations du cher Loir augmentent ; il a 28 jeunes gens. Point de nouvelles de nos cantons, que la mort du curé de la Boissière, revenu depuis peu d'Espagne (Reyneau, mort le 9 décembre). Celui de Saint-Rémy (Amant) est aussi de retour, bien portant. M. Dupont est à Andrezé.

28 décembre 1800 - J'aurais bien voulu vous voir le 25. Vous auriez eu satisfaction. Je crois que dans peu d'églises l'office n'aura été aussi beau, aussi majestueux, la nuit et le jour. Le cher Loir s'est distingué en dirigeant les cérémonies, et la chère soeur Marie-Xavier pour l'ornement et la lumière. Cette belle fête était nouvelle pour nous, après dix ans de privations. Rien de nouveau dans nos cantons, si ce n'est le retour de Mme Gibot (Mauvoisinière, à Bouzillé), à trois lieues, qui me presse d'aller la voir, dans la seule terre délabrée qui lui reste de cent mille livres de rente. André Boutreux est maître et s'acquitte très bien de cet emploi.

18 janvier 1801 - J'ai été aux noces de la cadette Amaury. Son mari est Nantais, commerçant. Elle est partie pour Nantes deux jours après son mariage. La soeur est dans les larmes de cette séparation. M. Hervé est malade.

26 janvier 1801 - Nous jouissons d'un calme aussi parfait que possible. Je voudrais pouvoir mettre notre ami (M. Mongazon) plus à l'aise. Je trouve que ses enfants et lui sont trop à l'étroit. Il passe ses journées dans un petit cabinet qui ne saurait être sain.

12 octobre 1801 - M. Boutreux, à son retour, a été fêté par les écoliers : compliments, pétards, fagot, rien n'a été oublié pour témoigner leur joie de l'avoir pour préfet.

2 novembre 1802 - Nous sommes dans l'incertitude sur les nominations (concordataires), qui ne paraissent pas encore prochaines. Notre évêque (Mgr Montault) est encore à Paris. Son travail n'est pas encore ratifié. Nous sommes entre la crainte et l'espérance de conserver notre pasteur (M. Mongazon). Il veut vous écrire aujourd'hui. Nous parlons de vous lorsque je puis le voir, ce qui devient plus rare que jamais. Le pauvre Dubois (professeur au collège de Beaupréau) est demeuré malade à Château-Gontier.

5 décembre 1802 - Nous avons dans les Affiches d'Angers (du 1er décembre) la liste du chapitre et des 34 curés (de cantons). M. Mongazon est à nous (Beaupréau), M. Gruget à Saint-Florent, M. Martin à Montrevault, M. Piou à Chalonnes. En général, point de mélange (avec des ex-assermentés) aux environs et peu ailleurs. J'étais bien inquiète. Voilà pour le moment un point de tranquillité. Nous ne savons rien des succursales, excepté à Angers. On dit que chacun restera chez soi. Cela sera connu, dit-on, sous peu de jours.

13 décembre 1802 - Les Affiches nous ont appris, hier, que la maison de M. Mongazon est nommée École secondaire (arrêté des Consuls du 4 décembre 1802). Je ne sais comment ni d'où vient cette faveur (le 28 juillet 1802), le sous-préfet avait visité officiellement le collège et dressé un procès-verbal très favorable), car il n'y a pas huit jours que M. B. (le sous-préfet Barré) disait que ceux qui avaient fait des démarches pour qu'il soit curé n'étaient pas de ses amis, qu'il valait mieux pour lui être principal. Que dira-t-il actuellement ? Tout ce qu'il voudra. - Nous ne connaissons pas encore nos succursales. Nous savons seulement, au grand regret de Daviau, Saint-Rémy supprimé (faux). On donne à Saint-Quentin M. Amant, qui a coup sûr ne remplacera pas M. Trotereau. Tout ceci est une culbute et des déplacements auxquels on devait s'attendre, mais qui sont affligeants. Nous sommes ici bien heureux de conserver notre ange de paix (M. Mongazon). Il conserve son calme, mais il est confondu d'être le premier (curé de canton). Le voisin du parc (curé de Saint-Martin) est venu aujourd'hui ; il ne sait pas encore son sort ; il est facile de voir qu'il souffre. Tout cela fait peine, c'est une suite nécessaire de ce grand ouvrage.

29 décembre 1802 - Notre curé (M. Mongazon) a pris possession la surveille de Noël. Le bon La Poitevinière (M. Masson, curé de cette paroisse) l'a installé, en présence des autorités. Grande cérémonie. Le nouveau pasteur a fait un très bon et touchant discours, avec une simplicité et une mesure parfaite. Presque tous ont paru contents. Pour moi, selon la coutume, j'ai eu le coeur serré. Le voisin du parc est venu hier, il est sombre et serait plus content de son sort s'il n'avait pas appris à Angers que la pension ne sera presque rien. C'est un mal général.

26 janvier 1803 - Notre curé est, comme à l'ordinaire, avec ses enfants, dont le nombre est, je crois, au delà de ce que le local peut contenir. J'admire son zèle, mais je souhaite, plus que je ne l'espère, que par la suite cette bonne oeuvre si utile ne soit pas contrariée. Depuis longtemps, c'est une de mes tristes prévoyances.

7 février 1803 - (A M. l'abbé de Kersabiec, chanoine honoraire de Nantes) - Jusqu'à présent on ne tracasse point M. le curé pour son école. Il a reçu sa nomination (de principal). Il lui manque seulement un maître de mathématiques, qu'il va se procurer.

2 avril 1804 - Dans 15 jours la clôture du jubilé.

17 décembre 1804 - Mon neveu vous a fait part de notre bénédiction de cloches, qui, je vous avoue, me contrarie beaucoup. Le curé de Saint-Martin ne pouvait pas choisir un plus mauvais moment. Enfin il faut se résigner.

27 février 1805 - J'ai eu pendant trois jours la famille du Bas-Plessis pour un procès d'un genre singulier. Mme de Villoutreys a voulu congédier d'un de ses moulins, un homme qui autrefois faisait ses affaires et qui, pour de bonnes raisons, n'a plus la confiance. Il lui a opposé son acte de décès, qu'elle a eu grand tort de ne pas faire rectifier. La prétendue morte est venue avec son mari et ses enfants au tribunal, qui a jugé qu'elle ne pouvait pas donner congé à son fermier pendant que cet acte de décès subsiste. Ainsi il faut actuellement qu'elle le fasse rectifier. Elle était très mécontente du tribunal, qui cependant ne pouvait prononcer autrement. - Nous avons le jeudi gras la bénédiction de deux cloches à Saint-Martin, la troisième a manqué et viendra ce carême. J'espère que Françoise-Alexandrine est ma première filleule. Plus de vicaire à Saint-Martin (M. Guérif était nommé vicaire à Notre-Dame de Chemillé), mais une sonnerie qui coûtera plus de 4.000 livres.

Le duc d'Angoulême, neveu de Louis XVIII, quitta Nantes le 5 juillet 1814 et alla coucher à Beaupréau, chez la maréchale d'Aubeterre. Le prince partit le lendemain pour Cholet.

Mgr Montault s'était rendu à Beaupréau pour présenter ses hommages au duc d'Angoulême. Le prince passait une revue de Vendéens dans la prairie, et, depuis plus de deux heures, le prélat l'attendait, à la grande porte du château, avec d'autres autorités de la ville et du département. Le duc arrive, il remarque l'évêque, et la première question qu'il lui adresse est celle-ci : "Depuis quand êtes-vous évêque ?" Le prélat baisse humblement les yeux et répond sans hésiter, mais sur un ton de pénitent : "Depuis 1791, Monseigneur". Le duc fait alors la pirouette et laisse l'évêque sans réplique. "Ah ! Monseigneur, qu'avez-vous fait ? dit la maréchale d'Aubeterre au prince, la première fois qu'elle se trouva en tête à tête avec lui, vous avez contristé le saint d'Anjou, l'un des plus vénérables évêques du royaume, qui a réparé et répare encore chaque jour le passé avec tant d'édification pour le diocèse". Le duc d'Angoulême sentit très bien la faute qu'il avait commise, et, en repassant par l'évêché, et en offrant le bras au prélat pour monter et descendre le grand escalier.

Le 14 mars 1815, le duc de Bourbon arriva à Angers pour soutenir le gouvernement de Louis XVIII. En apprenant que l'Empereur était entré le 20 mars aux Tuileries, il partit pour Beaupréau afin de tâcher d'organiser la résistance dans la Vendée angevine. Le prince quitta la maréchale d'Aubeterre dans la nuit du 26 au 27 mars, et le 1er avril il s'embarquait à Paimboeuf.

La maréchale d'Aubeterre mourut le 22 février 1816, (à l'âge de 73 ans) laissant sa terre de Beaupréau à sa nièce, épouse du marquis de Civrac, colonel de la légion de Maine-et-Loire (1). Au service anniversaire, célébré le 25 février 1817 dans l'église de Notre-Dame, l'oraison funèbre de l'illustre défunte fut prononcée par M. Boutreux, professeur de rhétorique au collège. La disparition de la maréchale avait causé une profonde douleur à M. Mongazon, un deuil amer au collège et à la ville de Beaupréau, et des regrets unanimes dans tout le pays.

De Scépeaux françoise marie Rosalie décès

(1) Françoise-Honorine-Adélaïde de la Tour d'Auvergne, épouse d'Alexandre-Emeric de Durfort marquis de Civrac, mourut à Beaupréau le 25 juillet 1831.

L'Anjou Historique - janvier 1925 - vingt-cinquième année.