Regnon de - Blason

La famille de Regnon, dont le Poitou fut le berceau, au diocèse de Luçon, occupe, depuis un temps immémorial, un rang des plus honorables dans la noblesse de France.

Sa noblesse est toute militaire, et les documents authentiques ne manquent pas pour l'appuyer, car elle ne possède pas moins de neuf ordonnances, arrêts ou maintenues de noblesse de 1582 à 1715. En outre, un arrêt du Parlement de Bretagne du 20 août 1764, rendu en faveur de Louis-Richard, Marquis de Regnon, lui accorda droit de séance avec voix délibérative aux États de Bretagne, en raison de l'ancienneté de sa noblesse et d'alliances avec des familles nobles de Bretagne, prouvées par cinquante-neuf pièces ou titres de famille (ainsi dans l'acte).

Parmi les alliances que cette famille a contractées, nous citerons les noms de Foucher de Sainte-Flaive (trois alliances) ; Symes (deux alliances) ; Templerie, du Chaillou, Jaillard, de la Grube, de Bessay, Durcot de la Grève, de Saligné, Robert de Lézardière (deux alliances) ; de Kerveno, Sonnet d'Auzon, de Goulaine, de Montigny, de Bernard de Marigny, de la Tribouille, de Béjarry, de la Roche-Saint-André (trois alliances) ; de Chataigner, de Poictevin de la Rochette, de Grelier du Fougeroux (deux alliances) ; de Mauclerc de la Muzanchère, etc. etc.

Malgré la perte de nombreux titres de famille, qui eut lieu lors de l'incendie du château de la Ranconnière, en 1793, pendant l'émigration du Marquis de Regnon en Espagne, il est facile de suppléer à ces documents précieux, par les actes de l'état-civil, les documents historiques, les généalogies fournies en 1727 à l'ordre de Malte, les preuves de noblesse données par M. de Hozier pour l'admission aux pages du Roi.

Il résulte de ces documents, que la possession du titre de Marquis donné par Louis XIV à Frédéric de Regnon, en le créant lieutenant des maréchaux de France, en Poitou, avec survivance, date de plus de cent soixante ans (nous sommes en 1859).
Cette distinction s'adressa à la branche cadette de la Ranconnière, et non à la branche aînée de Chaligny, parce que la première est restée catholique et fidèle au Roi, tandis que la seconde ayant embrassé le protestantisme, quitta la France à la révocation de l'Édit de Nantes, et n'y rentra qu'en 1745, où elle abjura et recommença à servir le Roi dans la marine de l'État.

Outre les seigneuries de la Gautronnière, de Chaligny et de la Ranconnière, la Maison de Régnon a encore possédé celles de la Maison-Neuve, de Puymaufrais, de Lambretière, de la Chevalerie, des Bigottières, du Page, de la Louherie, du Simon, de la Papaudière, de la Paclais, etc., etc.

Tous les titres originaux, qui sont nombreux et que possédait la branche des Regnon de Chaligny, ont pu échapper, en 1793, à l'incendie des châteaux de la Vendée, parce que le château de Chaligny n'a pas brûlé ...

 

Regnon de - Henri-Gabriel-Gaspard

Les demoiselles de Régnon étaient filles de HENRI-GABRIEL-GASPARD DE REGNON, chevalier, seigneur de Chaligny, etc. et de Jeanne-Élisabeth Prosper de Plouer, mariés à Bessay en 1764.

[Henri-Gabriel-Gaspard est fils de Henri-Paul de Regnon et de demoiselle Suzanne de Bernard de Marigny. Il abjura le protestantisme sur la fin de ses jours et mourut à Luçon en 1745.]

Gabriel de Regnon servit, dans la marine Royale, comme lieutenant des Vaisseaux du Roi, devint chevalier de Saint-Louis et lieutenant des maréchaux de France. Il mourut à Chaligny (Sainte-Pexine) le 5 août 1805 (17 thermidor an XIII), en laissant de son mariage :

- François-Hector-Henri de Regnon, seigneur de Chaligny, [né à Luçon le 14 octobre 1775], émigra en 1791, en Allemagne, et servit dans l'armée de Condé. A son retour en France, il fut nommé chevalier de Saint-Louis, officier de la Légion-d'Honneur, et mourut à Nantes en 1844, sans laisser de postérité mâle de son mariage avec demoiselle Langlois de la Roussière. Il a laissé deux filles mariées : l'une, Nathalie de Regnon, mariée à messire Ernest de Grelier du Fougeroux, chevalier, seigneur du Fougeroux ; et l'autre, Onésime de Regnon, mariée à M. de la Paumelière, en Anjou. En lui s'éteignit la branche collatérale des Regnon de Chaligny, qui a duré près de 300 ans.

- Suzanne-Marie-Bibiane de Regnon, [née à Luçon le 25 septembre 1766], mariée (le 17 avril 1787) à M. Alexis-Louis-Charles de Citoys, chevalier seigneur de Fléac. Sa fille a épousé Henri de Puybernaud, chevalier, seigneur de Saint-Sornin, près Luçon ;

- Bénigne-Darie-Eugénie de Regnon, [née à Luçon le 12 mars 1768], mariée à M. Henri Ramfrais de la Bajonnière, chevalier, dont la fille a épousé M. Benjamin de la Roche-Saint-André, seigneur de la Grassière ;

- Marie-Louise-Hortense de Regnon, [née à Luçon le 25 août 1771], mariée à M. Esprit-Édouard de Chataigner, chevalier ;

- Louise-Angélique-Esther de Regnon, [née à Luçon le 6 novembre 1773], mariée à M. Antoine Poictevin de la Rochette, chevalier, seigneur de la Rochette.

Armes : d'azur à trois abeilles d'or, posées 2 et 1. - Couronne : de marquis - Supports : deux lions.

Devise : mel Regi.

Regnon - Mel Regi


Généalogie de la Maison de Regnon - 1859

AD85 - Registres paroissiaux de Luçon


 

ANGERS 1794

 

Mlles de Régnon, détenues au Calvaire d'Angers (1794)

Le 18 janvier 1794, par arrêté de la Commission Militaire, les citoyens Morin et Vacheron furent chargés de faire le recensement général des prisons d'Angers. Le 25 janvier, Morin interrogea, dans leur prison du Calvaire, Mlles Esther, Hortense et Eugénie de Régnon, ainsi que leur femme de chambre, qui avaient été arrêtées le 15 janvier à La Chapelle-Aubry.

Voici le résumé de ces interrogatoires, tel qu'il fut écrit par le secrétaire Ruffey :

ESTHER RÉGNON, fille de Gabriel Régnon, ci-devant noble, 20 ans, domiciliée de Sainte-Piquesme (Sainte-Pexine), près de Sainte-Hermine, district de La Roche-sur-Yon, vivant de son revenu. Arrêtée à La Chapelle-Aubry, par les troupes de Saint-Florent, il y a dix jours, où elle s'était réfugiée pour se soustraire des flammes, ainsi que ses soeurs et ses quatre tantes, appelées Régnon. Son père doit être encore à Sainte-Piquesme, mais il a parti de cet endroit avec ses filles pour se rendre du côté de Montaigu, où leur père les a quittées pour retourner chez lui. Elle déclare, de plus, que le père et les filles ont parti dans le mois de juillet de l'an dernier pour aller voir une nièce à Pimautray, éloigné de leur commune d'environ une lieue , et ordinairement cette commune était occupée par les brigands (Vendéens). Ils y ont resté six semaines. La détenue dit qu'à l'époque de sa fuite, elle croyait que nos troupes exerçaient envers les habitants des rigueurs. Elle se réclame auprès du citoyen Cholet, maire de la Chapelle-Aubry, à qui elle avait demandé avant son arrestation un certificat de laissez-passer pour retourner chez son père.

HORTENSE RÉGNON, fille de Gabriel Regnon, ci-devant noble quoiqu'incertainement, 22 ans, domiciliée à Sainte-Piquesme, près Luçon, vivant de son revenu. A quitté sa commune il y a six mois, accompagnée de son père et de ses soeurs, pour se soustraire aux incursions des armées de la République, croyant qu'elles exerçaient des rigueurs. Ses quatre tantes étaient avec elle. A quitté son père, qui les avait accompagnées jusqu'alors, dans les environs de Montaigu. Son beau-frère était capitaine dans la garde nationale ; elle ignore ce qu'il peut être devenu ; son nom était Alexis Citoy et avait la prétention d'être noble.

EUGÉNIE REGNON, fille de Gabriel Regnon, ci-devant noble quoiqu'incertainement, 25 ans, domiciliée à Sainte-Piquesme, vivant de son revenu. A quitté sa commune depuis sept mois environ accompagnée de son père et de ses soeurs pour aller voir une nièce à Pimautray. Elle n'a jamais suivi l'armée royaliste et catholique nulle part, mais il paraît néanmoins qu'elle a voyagé depuis Sainte-Piquesme jusqu'à La Chapelle-Aubry sans passeport. Elle convient avoir assisté quelquefois à la messe des prêtres réfractaires, mais beaucoup plus à celle des prêtres assermentés. Elle ajoute qu'elle n'eût jamais sorti de sa commune si on ne lui eût pas assuré que les troupes de la République violaient et insultaient les jeunes filles dans leur marche, et en conséquence, elle a suivi le torrent.

JEANNE BÉRANGER, fille de Julien Béranger, 20 ans, domiciliée à Montaigu. Arrêtée depuis trois jours comme ayant suivi les trois détenues ci-devant nommées ; ayant passé par Pimautray (Puymaufrais), où elle a resté environ six semaines chez un appelé La Ricottière. Elle a passé ensuite dans plusieurs autres endroits et a abouti à La Chapelle-Aubry. Elle a assisté plusieurs fois à la messe des prêtres réfractaires. Elle a suivi ses maîtresses et leurs tantes ; a resté avec elles jusqu'au moment de son arrestation.

Mlles Esther et Hortense de Regnon furent marquées d'un G (à guillotiner). On renvoya Mlle Eugénie et la domestique à un nouvel examen.

Toutes quatre échappèrent à la fusillade du 1er février 1794, qui comprit 163 prisonnières du Calvaire. A la suite de cette hécatombe, les esprits commencèrent à fermenter et un nouveau recensement général des prisons fut ordonné par la Commission Militaire.

Le 4 février, Roussel, membre de la Commission Militaire, Gouppil, commissaire près cette Commission, et Obrumier fils, suppléant, interrogèrent de nouveau les quatre détenues, dans leur prison du Calvaire.

ESTER REGNON : A été obligée de suivre ses tantes, ayant abandonné son père, parce que ses tantes étaient ses mentors, étant beaucoup plus âgées.

HORTENSE REGNON : Ignorant si elle est noble, n'ayant jamais vu les titres de son père. Ne sachant si son père existe, l'ayant quitté depuis cinq mois, très infirme et n'ayant d'autre occupation que de faire valoir son bien lui-même. Arrêtée depuis trois semaines à La Chapelle-Aubry, parce qu'elle n'était connue que du maire, nommé Cholet, duquel elle se réclame. N'est allée à La Chapelle-Aubry qu'à l'instant que les patriotes s'emparèrent du pays, après être restée deux mois avec leur père et cinq semaines avec ses tantes, puis trois mois à La Chapelle-Aubry. Un peu légère et inconséquente.

EUGÉNIE REGNON : Incarcérée depuis un mois, parce qu'elle a suivi son père lorsque le bruit leur est venu qu'on incendiait les propriétés. Elle est bonne citoyenne néanmoins. Se trouve très malade aujourd'hui.

JEANNE BÉRANGER : Lingère, femme de chambre d'Hortense et Esther Regnon. Arrêtée avec elle à La Chapelle-Aubry. Paraît très fine.

Le 12 février 1794, Mlles de Regnon et leur femme de chambre furent mises en liberté par ordre de la Commission Militaire, à la condition qu'elles resteraient à Angers sous la surveillance des autorités constituées.

Le 23 février, toutes quatre se présentèrent à la Mairie pour déclarer qu'elles avaient pris gîte chez le citoyen Louis-Jean Guillier de la Touche et Louise-Laurence Delhumeau, sa femme, demeurant place du Ralliement. Guillier de la Touche était l'ancien doyen de la Faculté de Droit de l'Université d'Angers ; il avait été l'un des administrateurs du département de Maine-et-Loire, de 1790 à 1791.

Dans ses intéressants "Souvenirs", publiés en 1890, à la librairie Plon, la comtesse de la Bouëre (1770-1867) donne les renseignements suivants sur la famille de Regnon pendant la Révolution.

Aussitôt que l'insurrection des royalistes de la Vendée avait éclaté, un décret de la Convention avait ordonné d'incarcérer non seulement tous les nobles, mais encore ceux qu'on soupçonnait être opposés au nouveau régime. Aussi, dès qu'une ville était prise par les Vendéens, ils couraient ouvrir les portes des prisons aux victimes de la Convention ; la plupart accompagnaient leurs libérateurs, les uns prenaient les armes avec eux, les autres restaient dans le pays insurgé.

Il en avait été ainsi à Fontenay-le-Comte, où M. de Régnon était détenu avec sa famille. Ce vieillard, au moment où les armées républicaines s'emparèrent de Cholet, s'avança vers les Mauges, ne voulant pas suivre les royalistes sur la rive droite de la Loire, parce qu'il trouvait cette marche imprudente. Il dut se séparer de ses soeurs, qui se cachaient dans la commune d'Andrezé, et de ses trois filles, qui se retirèrent dans une autre maison peu éloignée de leurs tantes. Cette précaution était nécessaire pour leur sûreté et ne pas compromettre les braves gens qui leur donnaient asile.

Ils étaient parvenus les uns et les autres à se soustraire aux poursuites des colonnes infernales du général Turreau, lorsque, un peu avant l'évacuation de Saint-Florent-le-Vieil, en 1794, M. de Régnon eut la douleur d'apprendre que ses trois filles avaient été surprises à la sortie d'un genêt par les républicains et conduites de cette dernière ville dans les prisons d'Angers, d'où sortaient chaque jour tant de victimes qu'on menait à l'échafaud. Aussi Mlles de Régnon ne pouvaient se faire d'illusion sur le sort qui les attendait.

Leur malheureux père, qui était déjà d'un certain âge, se montrait inconsolable, ayant tout à craindre pour elles. C'est à cette triste époque que nous fîmes sa connaissance ; il était chez de bons métayers de la ferme de la Gontardière (paroisse de Jallais), à peu de distance de la Bouëre ; nous avions de fréquents rapports avec lui ; il était alors dans l'incertitude affreuse du sort de ses trois filles.

Je n'entreprendrai pas de décrire l'horreur du lieu où elles étaient renfermées (le Calvaire d'Angers), cet air épais et fétide dont elles furent saisies, la vue de cette paille usée, hachée et sale, sur laquelle tant de malheureuses femmes n'avaient pu trouver le repos ni l'oubli de leurs souffrances, où beaucoup avaient succombé près de leurs compagnes, enlevant ainsi par leur mort précipitée la proie destinée à la guillotine ou à la fusillade !

Cependant, au milieu de ce que Mlles de Régnon eurent à souffrir dans ce triste séjour, abandonnées de tout ce qui pouvait s'intéresser à elles, un secours inespéré leur arriva. Une dame, appelée La Tousche, avait, par son mari, ce vernis de républicanisme qu'il fallait posséder à cette époque pour n'être pas suspect ; elle avait bon coeur et était loin d'approuver toutes les horreurs dont elle était témoin. Par ses relations avec les représentants du peuple, qu'elle voyait avec assez d'intimité, elle avait obtenu l'entrée des prisons, où elle tâchait d'adoucir le sort des malheureux qui s'y trouvaient détenus.

La vue des trois soeurs vendéennes la toucha de compassion, elle chercha à améliorer leur sort, à les consoler, et, convaincue de leur innocence, cette dame tenta par tout les moyens de les arracher à la mort qui les menaçait.

Mme La Tousche savait que les représentants qui étaient les puissances du moment, disposaient, selon leur caprice, de la vie et de la fortune de leurs concitoyens ; elle imagina de leur donner une fête, et d'y faire paraître ces jeunes filles, persuadée qu'en les voyant si jeunes, si jolies, ils se laisseraient toucher. Ils consentirent à la sortie momentanée de Mlles de Régnon, sous la responsabilité de Mme La Tousche, et celle-ci travailla à vaincre la répugnance de ses protégées pour obtenir d'elles de paraître et de chanter devant ces farouches proconsuls.

Elles vinrent donc à sa soirée.

L'aînée (?), Esther, avait une taille admirable et un visage charmant, elle était bonne musicienne ; sur la demande de sa protectrice, elle chanta en s'accompagnant sur le piano. Quoiqu'elle fût intimidée, sa voix, sous l'empire de l'émotion qu'elle ressentait, eut des vibrations qui émurent ces hommes sanguinaires, et l'un d'eux, Francastel (?), dont les nerfs endurcis semblaient ne pouvoir se dilater qu'aux souffrances de l'humanité, fut tellement impressionné, qu'il forma la résolution de posséder la jolie vendéenne, mais il eut la prétention en même temps de s'en faire aimer !

Il découvrit ses sentiments à Mme La Tousche, qui fut effrayée d'une passion si subite ; elle avait voulu l'intéresser à ses jeunes amies, mais pas à ce point. Elle profita cependant de ses dispositions, pour lui arracher la promesse de leur liberté provisoire, lui promettant en échange de travailler à amener la jeune Esther à le voir favorablement, lui disant que "par des procédés plus doux", il obtiendrait plus facilement son coeur. Mme La Tousche était fort embarrassée de la mission dont elle s'était chargée, redoutant les suites, si elle était infructueuse. Il fallait ne pas trop effrayer Esther, et si elle réussissait à la faire écouter les voeux de Francastel, elle voulait obtenir de ce dernier au moins son union devant la loi, afin de ne pas sacrifier sa jeune amie à la fantaisie d'un moment.

Dans les premiers mots de cette horrible découverte, Mlle de Régnon, au désespoir, s'écria qu'elle préférait la prison, la mort ... "oui, la mort la plus affreuse, ajouta-t-elle, serait préférable, plutôt que de m'unir à ce monstre couvert de sang qu'il a fait répandre ! Ah ! Madame, ne m'abandonnez pas, ou je suis perdue ; sauvez-moi du comble de l'infortune, je puis mourir ... mais jamais supporter la vie au prix de l'infamie."

Effrayée de sa douleur, Mme de La Tousche employa tout pour la calmer, et lui promit de faire ce qui lui serait possible pour la sauver de ce péril. Elle fut obligée de rendre compte de cet entretien à l'abominable représentant. Elle tâcha d'adoucir le refus de la jeune fille, en disant "qu'il n'y aurait qu'une union bien cimentée qui pourrait l'amener à satisfaire son désir." Il y consentit.

Mme La Tousche craignait pour elle-même, surtout pour son fils âgé de 17 ans, qu'elle adorait. Elle résolut d'agir avec plus de fermeté auprès de Mlle de Régnon, et de lui faire comprendre que si elle persistait à ne pas vouloir épouser Francastel disposé à tout faire pour son bonheur, son refus serait cause de sa mort, de celle de ses soeurs, de la sienne et de son fils. Son sacrifice était donc leur seule chance de salut !

"Ah ! Madame, dit Esther, je ne suis point ingrate, et je voudrais vous donner ma vie pour que vous en eussiez la preuve ; accordez-moi du temps ... Il faut un courage que je suis bien éloignée d'avoir encore, pour lier mon sort à un être aussi odieux ... La pensée seule me fait frémir." Elle finit en suppliant Mme La Tousche de ne pas l'abandonner et de la regarder toujours comme sa fille.

Le fils de cette dame avait un coeur excellent comme sa mère ; il s'aperçut que cette pauvre jeune fille versait souvent des larmes et finit par en découvrir la cause. Révolté des projets de Francastel, il permit à Mlle de Régnon d'y mettre obstacle en se servant de l'empire qu'il avait sur sa mère. Il s'y prit si bien que celle-ci adopta sa manière de voir et renonça à faire rien qui pût affliger son fils et causer le malheur d'Esther.

Pour faire patienter le représentant, elle cherchait tous les moyens imaginables ; c'était la santé de sa protégée qui l'inquiétait trop pour lui parler d'une chose si importante, tantôt d'autres prétextes. Enfin le 9 thermidor arriva (27 juillet 1794) ; Francastel fut occupé trop sérieusement pour suivre davantage son projet, et Mme La Tousche cessa de craindre pour son fils et ses protégées.

La pacification de la Vendée (1795) ayant changé l'état des choses, Mlles de Régnon eurent le bonheur de retrouver leur père.

 

Chaligny

Ce n'est pas le représentant du peuple Francastel, mais Félix, président de la Commission Militaire, qui voulut épouser Mlle de Régnon. Ce renseignement nous est fourni par M. Gruget, curé de la Trinité d'Angers, qui pendant la Terreur était caché non loin de la place du Ralliement. On lit ce qui suit dans le Journal où le confesseur de la foi notait les nouvelles de la ville qui lui parvenaient plus ou moins exactes au fond de sa Retraite :

JEUDI 3 JUILLET 1794 - Plusieurs membres de la Commission arrivés dimanche sont partis aujourd'hui. On présume que c'est pour aller à Paris.

VENDREDI 4 JUILLET - Deux membres de la Commission Militaire ont fait sortir du Calvaire deux demoiselles qui étaient destinées à être fusillées. Ils les ont fait placer dans une maison. Ils s'y sont aussitôt transportés pour les demander en mariage. Sur le refus qu'elles en faisaient, leur disant qu'elles aimaient mieux être en prison que de les épouser, ces deux juges les ont menacées de les faire mettre en prison et même de se brûler la cervelle en leur présence, si elles se refusaient à leurs infâmes désirs. Malheureusement, leur hôtesse les y engageait. On craint qu'elles n'aient succombé, et que ce ne soit les deux que Félix et un de ses compagnons doivent épouser sous peu. Ils attendent cela pour partir pour Paris.

DIMANCHE 13 JUILLET - Félix est parti ce matin avec Nicolas pour Paris. Il a emmené (?) avec lui une demoiselle qui demeurait chez Mme La Tousche ; elle a demeuré avant prisonnière au Calvaire. Il doit revenir dans dix à quinze jours pour se marier.


Extrait : L'Anjou Historique - vingtième année, n° 5 et 6 - Mars-Décembre 1920