SAINT-HILAIRE-DE-TALMONT
LE VEILLON - LE CHÂTEAU - LE BOIS


Situé sur les rives enchantées de la "Mer Océane", le Veillon - en Saint-Hilaire-en-Talmont - est l'un des endroits les plus agréables de la Vendée, avec son bois de chênes-verts et sa plage solitaire aux sables d'or, la vue de Bourgenay à droite, la pointe du Payré à gauche, l'île de Ré en face, de multiples voiles à l'horizon.

Le Veillon cassini

Aux chercheurs de légendes, un sombre manoir, gardé par d'inoffensives meurtrières et jadis entouré de douves dont on montre encore la trace, rappelle la navrante idylle d'Aliénor, "la bonne damoiselle du Veillon", qui passa de vie à trépas, tant elle était triste d'avoir été fiancée à son suzerain, le vicomte Guy de la Trémouille, et de ne pouvoir épouser un beau et mystérieux chevalier qu'elle avait sauvé du naufrage.

A l'imagination de ceux qui rêvent des anciens preux frappant d'estoc et de taille dans les vastes plaines, il fait revivre l'antique et noble race de ces vaillants barons, qui, sur les champs de bataille, enthousiasmaient les chrétiens, terrifiaient les mécréants, encourageaient leurs compagnons par le fameux cri de guerre : "Veillons ! Veillons ! Veillons !"

Qui retrouvera jamais, s'ils existent encore, les parchemins brunis qui racontent les exploits des sires du Veillon au temps des paladins et des croisés ? Qui projetera ainsi quelque lumière sur les fantaisies des étymologistes, fera précéder de traits héroïques la banale histoire des temps modernes, mettra une teinte de poésie dans le cerveau des archéologistes qui ne jurent que par les vestiges gallo-romains du Veillon ? En attendant cette découverte, étudions ce coin de notre chère Vendée ...

Il semble naturel de chercher le sens du mot "Veillon" dans la situation même de l'endroit et son utilité. Le Veillon fut un "Vigilium", un poste avancé de la citadelle de Talmont pour surveiller la venue des ennemis maritimes. Il formait une presqu'île entre les extrémités de la forêt de Jard et de celle de Saint-Jean d'Orbestier ; à l'ouest, l'Océan le contournait dans une anse profonde, vers "les Hautes-Mers" (2) ; à l'est, longeant le Port et la Guitière, s'étendait une autre baie au centre de laquelle s'ouvrait l'estuaire du Payré. Grâce au flux, qui, deux fois par jour, envahissait la superficie actuelle des Marais et de l'immense "Roussière", les vaisseaux pouvaient remonter le chenal jusqu'au pied de la colline de Talmont et au-delà.

Cette partie du littoral offrait un point de descente facile aux invasions normandes. On connaît les exploits des pirates dans les environs ..., le pillage du monastère de Luçon, l'exil des moines de Noirmoutier emportant sur leurs épaules les ossements de saint Filibert. Au IXe et au Xe siècle, ils débarquèrent douze fois sur nos côtes. "Les habitants disparurent, les maisons, les champs furent brûlez, les hardes, coffres et bestes voleez et habitants massacrés et mutilez, ce qui en restait forcé de fuir en forêtz et abandonner leurs lieux qui de longtemps ne furent ensemencer." (Chroniqueur de Maillezais). La position de Talmont, élevée et sûre, était trop importante pour qu'on la négligeât. La "Motte de Talmont" pouvait commander la contrée et la défendre ; mais, trop éloignée du rivage, il lui fallait un moyen d'éviter les surprises. Le Veillon était tout désigné pour servir d'avant-poste. Du sommet de la falaise, l'oeil scrute en un instant les vastes espaces de l'Océan Atlantique ; au sud, on aperçoit, à quatre ou cinq kilomètres en ligne directe, la forteresse toute entière de Talmont. Plus à droite ou plus à gauche, elle disparaît. On ne pouvait choisir meilleur poste pour surveiller le large et faire des signaux à l'intérieur du continent.

L'histoire est muette sur les aventures des seigneurs du Veillon, soit au Moyen-âge, soit dans les temps modernes. On sait seulement qu'ils étaient les vassaux des princes de Talmont, que la citadelle du Veillon, ou plutôt "le poste", consistait en une terrasse élevée d'où l'on voyait en mer, au-dessus des arbres plus clairsemés et moins élevés qu'aujourd'hui. Dans le sous-sol existe encore une salle voûtée avec une grande cheminée noircie par le feu ; c'était le corps de garde.

Le Veillon château 3

Avec les temps nouveaux, disparut l'importance du Veillon. Le château, au lieu d'abriter des guerriers, fut destiné à loger des religieux. En 1662, Louis-Maurice de La Trémouille, comte de Laval et marquis d'Espinay, le successeur de Sébastien de Coniac à l'abbaye de Talmont, transforme le poste de surveillance en maison de retraite pour quelques vieux bénédictins, chargés d'assurer le service des fondations faites primitivement au monastère. Louis de La Trémouille paya l'aménagement du Veillon, mais, comme la terre environnante ne lui appartenait pas, il l'acheta du sieur Jean Pigeon, qui le tenait de sa femme, Catherine Veillon.

Les bénédictins du prince abbé n'habitèrent pas leur refuge pendant plus de quinze ans. Ce temps excepté, le château du Veillon n'a jamais été, bien qu'on l'ait voulu dire, un monastère. Les voûtes que l'on remarque encore dans les anciennes parties du manoir ont pû prêter à cette légende. Mais, dans les circonstances, les voûtes ne prouvent rien. C'est, en effet, un principe d'architecture que les matériaux ont une grande influence sur le style des constructions. A l'époque où fut élevé le premier bâtiment du Veillon, il n'y avait dans les environs d'autres arbres que des chênes-verts. Ce bois est tout-à-fait impropre à la charpente ; il fend à mesure qu'il vieillit, et, d'ailleurs, il serait trop dur à travailler. On fut réduit à employer les matériaux dont on disposait : les pierres du rivage. Comme l'on n'avait pas de charpente, on fit des voûtes ; il y en eut dans toutes les parties du château. Un argument assez fort, il me semble, contre ceux qui s'obstinent à voir dans les voûtes du Veillon une preuve que là fut un monastère, c'est que la cave actuelle du château, qui, dans le principe, était une écurie, est voûtée tout comme le corridor et la chapelle. Si l'on a jugé bon d'élever des voûtes pour abriter des animaux en cet endroit, on ne peut très rigoureusement conclure que, puisqu'il y a des voûtes au Veillon, au Veillon, il y eut des moines.

Le Veillon vue aérienne

Le manoir, tel qu'il existe actuellement, n'est pas très ancien. Si l'on excepte les douves, le sous-sol, une petite partie du rez-de-chaussée, et, peut-être, le mur d'enceinte percé de meurtrières, il fut bâti, avec les deux tours qui le dominent, en 1698, par Veillon de Beauregard, l'acquéreur du Veillon. La dame du nouveau seigneur, Catherine Veillon, avait des goûts princiers. Elle fit tracer devant la porte du salon, du côté de Talmont, un immense jardin planté d'arbres à fruits et semé de gazon. On jeta un pont sur le chenal et, de l'autre côté, on éleva un petit monument orné de coquillages et de faïencerie, qui, très endommagé, subsiste encore ; c'était une fontaine où l'eau montait au moyen d'un moulin actionné par le vent, et d'où elle s'échappait par des vasques. De ses appartements, la dame se plaisait à regarder cette petite merveille. Pour elle aussi, le seigneur de Beauregard fit remettre à neuf le pont et fit paver la "Rouée de la Carrosse" (3), chemin partant de l'orée du bois.

Le Veillon vue

Au temps de la Révolution, la propriété appartenait à la famille des Abbayes. Les anciens tiennent de leurs grands-pères que le Veillon fut visité par les bandes des bleus, comme le reste du territoire de Saint-Hilaire-de-Talmont.

Un jour, les bleus, parcourant la côte de l'Atlantique, arrivent au château, volent ce qu'ils pouvaient emporter de la demeure, se chargent de provisions. Irrités par une légitime résistance, les brigands massacrent le sire des Abbayes, sa femme et ses enfants. Quelques fermiers, accourus au bruit du pillage et de la lutte, réussissent à enlever, sans que les bleus s'en aperçoivent, un bébé, le dernier des Abbayes, et lui sauvent la vie en le jetant dans un toit à pourceaux de la métairie voisine. -

Durant la tourmente, dit-on aussi, un prêtre célébrait quelquefois dans les caves du manoir ; de jeunes enfants profitèrent de son ministère pour faire leur première communion, à l'abri du regard des persécuteurs. (4)

Le Veillon ne fut pas vendu comme bien national parce qu'il appartenait à un mineur. Le sire des Abbayes le transmit plus tard au marquis Deloyne de la Coudraie, un vieux garçon qui le perdit au jeu contre un colonel de gendarmerie, M. de la Voyrie. Il passa aux mains de MM. Chauvin, Chesneau, Labbé, et devint enfin la propriété de Me Linyer, avocat à Nantes.

Le Veillon tour à signaux

(pigeonnier construit en 1722)

Près de La Malvoye, à quelques mètres du pigeonnier du Breuil, existait ce que les archéologues appellent une "tonnelle" ou tour à signaux : Elle a l'apparence d'un vieux moulin ; ses murs sont très épais ; une cavité circulaire, assez étroite et verticale, permettait d'y déposer une échelle et de monter jusqu'au sommet (6 mètres environ) ; on peut, en haut, poser les pieds sur une pierre transversale. Les gens du pays appellent ce débris d'un autre âge "la tour des pirates", parce que, disent-ils, des brigands y grimpaient la nuit et y entretenait une flamme pour attirer les bâteaux perdus en mer. Les pilotes trompés dirigeaient leurs barques sur les brisants ; toutes les richesses des bâtiments demeuraient la proie des "pirates". Ceci n'est peut-être qu'une légende dont on peut trouver l'origine dans la destination primitive de la tour. Les Gallo-Romains y installaient un grand mât et, quand il en était besoin, par cette poste aérienne, ils correspondaient la nuit comme le jour à l'aide de signaux, avec leurs concitoyens demeurant à une grande distance. La tonnelle est admirablement située pour être aperçue au loin. Qu'on soit, en effet, placé dans la région de Jard ou de Saint-Vincent-sur-Jard, on la voit aussi bien que de la lisière du bois du Veillon. On sait que sur toute la côte jardaise, vers l'est, il y avait des agglomérations gallo-romaines.

GABRIEL PROUTEAU, prêtre


AD85 - BIB PC 16/29 - Bulletin périodique de la Société d'émulation de la Vendée - 1914, 6e série, vol. 4, fasc. 1, p. 44-55

(1) Cette mine fut exploitée de nouveau, à la fin du XIIe siècle, par Richard Coeur de Lion, duc d'Aquitaine et prince de Talmont, plus tard roi d'Angleterre. On dit que Richard se fit construire une villa au hameau qui garde le nom de Salle-le-Roy ... La tradition rapporte que ce fut dans cette localité que Richelieu, ayant enlevé La Rochelle aux protestants, amena Louis XIII chasser et se reposer.

(2) Le village des Hautes-Mers, appelé au Moyen-âge Gramares ou Grand's Mers, se trouve à trois kilomètres du rivage. Avant le retrait de l'Océan, il y avait là, dit-on, un port. Aux environs de 1880, des ouvriers creusant dans l'alluvion rencontrèrent la carcasse d'un vieux bâtiment.

(3) Les paysans conservent, parmi tant d'autres lambeaux du vieux français, cette pittoresque appellation. Ils riraient de bon coeur si on leur faisait remarquer que La Carrosse de la dame de Beauregard, qui a donné son nom à La Rouée, était, non pas une de ces caisses où leurs ménagèrent s'agenouillent pour faire la lessive, mais une voiture. C'est depuis le XVIIe siècle que "carrosse" est du masculin ; auparavant, on disait "une carrosse" ... On raconte qu'un jour le roi-soleil, dans le salon de Versailles, narrait un voyage et que, distrait, il prononça plusieurs fois "mon carrosse". Au cours de la même conversation, les courtisans - peuple singe du maître, comme dit le bonhomme La Fontaine - parlèrent gravement, par politesse, "du carrosse" de Sa Majesté. L'expression fit fortune ; le masculin tua le féminin. Désormais, on distingua entre carrosse et carrosse. "Je m'asseois dans mon carrosse", dit la dame du monde. "Je m'agenouille dans ma carrosse", dit la femme du peuple.

(4) Quel était ce prêtre ? probablement l'abbé Maynaud de la Malvoye, né à La Malvoye, vieux logis situé à quelques centaines de mètres du Veillon. Il était fils de Charles Maymaud, sieur de La Malvoye, et de Catherine Arnaud, et beau-frère de Me Estienne Linyer, de la Chevallerée des Sables. Vicaire à Saint-Hilaire-de-Talmont, puis au Château-d'Olonne, il refusa, en 1791, le serment à la constitution civile. Il se réfugia à Saint-Jean-d'Orbestier, d'abord, et, ensuite, à La Malvoye, chez sa mère et sa soeur. La municipalité lui interdit de célébrer la messe, sauf le dimanche à l'issue de la messe paroissiale. Arrêté en 1792, il fut emprisonné aux Sables, puis s'embarqua pour l'Espagne. Revenu d'exil, il mourut curé-doyen des Moutiers-les-Mauxfaits.

Fils de Charles Maynaud et de Catherine Arnaud, Charles-René (dit Aimé) a été baptisé à Saint-Hilaire-de-Talmont, le 2 mars 1758. Il est décédé à Moutiers-les-Mauxfaits, le 19 avril 1820.

Meynaud baptême

Maynaud décès

 

 


 

L'un des propriétaires du Veillon se plut, à la fin du XVIe, à décorer ses alentours de constructions rustiques, conçues dans le genre de celles de Palissy, d'une grotte et d'une fontaine rustiques.  la grotte a disparu, la fontaine subsiste en partie, elle peut donner une idée de la grotte.

Le Veillon fontaine


La fontaine : Des pierres couvertes de cristaux, prises à la mine voisine de l'Essart ; des cailloux de mer revêtus d'une couche de matière vitreuse, qui leur donne un aspect agatisé ; des coquillages naturels ; des fragments de poteries émaillées de blanc, d'un magnifique vert et de couleurs mélangés, qu'ornent des têtes et des fleurons en relief, obtenus à l'aide de poinçons ; des mascarons de terre cuite, revêtus d'un émail vert, décoraient la façade, surmontée jadis d'un entablement aujourd'hui détruit. - Ces divers objets, appliqués sur une couche de mortier de sable fin, et continuellement exposés à l'action destructive des vents d'ouest, ont en grande partie disparu. Les fragments de poteries ont eu à subir en outre plus d'un outrage, de la part des curieux qu'attire journellement, en été, la singularité du site et le bois de chênes verts séculaires servant d'abri à la maison du côté de l'Océan. Les deux niches principales contenaient, dit-on, des statues de Mars et de Vénus, également en terre cuite émaillée.

Cette fontaine, située sur le bord d'un canal d'eau salée, embellissait le point de vue de la façade orientale du manoir, s'ouvrant sur les jardins. La grotte, au contraire, dans la partie sud du bois, où se voyait, sur un autre point, un pavillon de même style, destiné à abriter une statue de l'amour.

 

Veillon fontaine 3

Veillon fontaine 4

L'art de terre chez les Poitevins, par Benjamin Fillon, 1864