René Bazin

Étant professeur à l'Université Catholique d'Angers, René Bazin vint, en 1891, à Luçon, faire un discours à la distribution des prix de l'Institution Richelieu. Toute une partie de ce discours fut consacrée à la Vendée.

Voici cette page inédite. Elle mérite d'être conservée, car elle exprime admirablement le caractère épique des guerres de Vendée et aussi la fraternité qui doit maintenir unies les diverses parties de la Vendée Militaire.

Vendée Militaire 3

"N'avons-nous pas, chez nous, la Vendée Angevine ? L'appellation s'est conservée parce que la chose a subsisté. Pour moi, quand j'aperçois, de l'autre côté de la Loire, ces collines courtes au pied desquelles courent des ruisseaux tournants, ces terres aux labours profonds, ces fermes aux toits de tuiles, assises à mi-côte avec des horizons si larges devant elles et des abords si intimes, des hommes à l'oeil songeur, faits pour la lutte pacifique du travail, et prêts, s'il le faut, pour les autres, je ne me dis pas : "C'est le département de Maine-et-Loire, arrondissement de Cholet, canton de Chalonnes ou de Beaupréau" ; je dis "C'EST LA VENDÉE !"

Et vous, Messieurs, quand vous passez la Sèvre Nantaise, vous continuez à respirer le même air, à contempler les mêmes paysages : vous voyagez, mais vous ne sortez pas de chez vous : C'EST ENCORE LA VENDÉE !

L'histoire, après la nature, nous a liés, et pour jamais. Nos plus glorieuses pages peut-être sont celles qui nous montrent côte à côte avec vous et la main dans la main. Oh ! je ne fais pas de politique : je ne l'aime pas ; mais l'Histoire de la Grande Guerre, Dieu merci, ce n'est plus de la politique, c'est de l'épopée.

Eh bien ! Quand des hommes se levèrent pour résister à l'oppression religieuse ; quand on vit ce spectacle, admiré de tous ceux qui ont le sentiment des grandes choses, d'un peuple de laboureurs, devenu tout à coup une armée, l'armée formidable de la liberté, résister sur son sol, vaincre souvent, sacrifier des milliers des siens, remporter finalement cette immense victoire du rétablissement de la liberté du culte, sauver ainsi bien plus qu'un gouvernement, la foi de la France entière ... où étaient vos pères ? où étaient les vôtres ? ...

Messieurs, leurs ossements sont mêlés dans les cimetières, des Sables-d'Olonne à Saint-Florent, de Cholet à Machecoul ; leur sang a coulé dans les mêmes champs de genêts ; ils ont bu au même verre, le soir des batailles heureuses.

Oui, c'est bien la même province, à jamais unifiée et glorifiée dans l'Histoire. Et les enfants de la Vendée ont leur place marquée là où sont les nôtres."

Extrait : La Fin de la Rabinaïe - n° 125 - Juin 1996