C'était en 1859, nos troupes avaient remporté les plus brillants succès, les Autrichiens avaient dû partout battre en retraite. Ah ! ce fut une belle cérémonie que celle qui fut célébrée après la grande et belle victoire de Magenta. Dans toutes les églises de France, on chanta le Te Deum en action de grâce pour les succès de notre valeureuse armée.

Mais en 1859, on éprouva dans le parti catholique un juste sujet de méfiance. Qu'allait faire cette Italie victorieuse grâce à notre armée, et la question Romaine, comme on disait alors, comment serait-elle réglée ?

Les comités royalistes délibérèrent et résolurent de sonder l'opinion publique. - Il fallait le Roi, disaient ces Messieurs pour garder au glorieux Pie IX, ses états temporels.

La Bretagne et la Vendée avec leurs vieux souvenirs étaient les pays où devaient commencer sinon les hostilités, au moins où devaient être jetés les premiers jalons d'un mouvement important. - Comme en 1832, ce furent les grands comités de Paris qui voulurent donner des ordres et tous les hommes qui les composaient ne se rendaient et ne pouvaient guère se rendre un compte exact de l'état d'esprit des populations bretonnes et vendéennes.

Sallertaine église

Comme au moment de la Grande Guerre (1793), on voulut établir des Paroisses et des chefs (capitaines) de Paroisses. Ces chefs de Paroisses devaient ensuite recruter leurs soldats volontaires. - Chaque soldat devait recevoir une petite médaille un peu moins grande qu'une pièce de dix sous à l'effigie du comte de Chambord. Au-dessous de l'effigie on lisait : Henry V, et au dos, les armes de France avec les mots : Fides-Spes.

 

médailles Henri V

 

Malheureusement le secret ne fut pas gardé bien longtemps. Le regretté M. Louis-Delphin Fradin, maire de Sallertaine devait être le chef du Marais et il avait reçu une quantité de médailles. - Le recrutement fut facile dans ce noble pays, encore tout chaud des succès des parents si souvent conduits à la victoire par l'immortel Charette. - Or, M. Fradin avait comme garde-champêtre, un homme qui joua alors un triste rôle : un jour de foire de Sallertaine, il laissa tomber deux médailles au milieu d'un groupe composé de gens étrangers au pays, venus on ne savait d'où. On regarda les médailles, et comme les Maraîchins ne paraissaient pas disposés à la douceur, le garde-champêtre, suivi d'une bande d'étrangers, fût remettre à un maréchal de gendarmerie les médailles trouvées. - Ce jour-là, il y avait bien vingt-cinq ou trente gendarmes à Sallertaine. On apprit que ces brigades avaient été envoyées sur l'ordre de M. L..., procureur impérial aux Sables.

Un rapport fut fait et le Procureur décida qu'une visite domiciliaire serait faite chez le Maire de Sallertaine.

Peu s'en fallut que les gendarmes s'en retournassent bredouilles. - Mais le garde-champêtre demanda au maréchal des logis de visiter à nouveau le secrétaire de M. Fradin. - Venez avec moi lui demanda le soldat.

Le garde eut une minute d'hésitation ... puis ; Venez, dit-il, Rendu devant le meuble : Poussez ce tiroir, bien, retirez-le, appuyez sur ce bouton. - Une planche se leva et le pauvre maréchal des logis trouva là plusieurs médailles.

M. Fradin fut immédiatement conduit à la prison des Sables.

La distribution avait été faite aussi dans cette ville. Ce fut M. B.... qui en fut chargé. Beaucoup de Sablais, des marins surtout avaient reçu la médaille et s'étaient fait inscrire. D'autres braves gens en avaient distribué aussi ; ce furent surtout M. M...l, M. B...r, M. X.-R...x, M. B...t, M. E. L...r, et beaucoup d'autres que je ne puis nommer parce qu'ils vivent encore aujourd'hui et que quelques uns d'entre eux sont devenus de fervents ... républicains.

L'affaire s'ébruita et M. L...e le procureur fit mander à son parquet M. le comte de B..., qui en Vendée était le chef du prétendu mouvement. - Le vaillant comte fit bravement son devoir en déclarant qu'en effet ces distributions de médailles avaient été faites d'après ses ordres. - Il fut laissé libre.

Le lendemain de sa comparution, M. B... alla demander à M. R...l, alors juge d'instruction, la permission d'aller voir, à la maison d'arrêt son ami Fradin.

Tenez-vous tranquille, répondit le juge, votre maire Fradin sortira ce soir à 5 heures.

A 5 heures, en effet le maire de Sallertaine sortait de prison au bras de M. B..., entouré de nombreux amis venus pour lui serrer la main et le féliciter.

Il couchait chez son ami et le lendemain repartait dans son cher marais où il reçut les plus touchantes marques d'estime et d'affection.

Tel fut le résultat du mouvement projeté.

Il est à remarquer que le gouvernement de l'Empereur fut autrement souple et tolérant que celui de Louis-Philippe qui avait fait arrêter comme on sait la duchesse de Berry, en 1832, et qui laissa libre en 1830 les coquins qui firent le sac de l'archevêché de Paris.


Joseph Chouan
AD85 - L'Étoile de la Vendée - n° 654 - Dimanche 5 février 1893


 

Fradin Louis-Delphin naissance

 

Fils d'Augustin Fradin, marchand, et de Victoire Marcheteau, LOUIS-DELPHIN FRADIN est né à Maillezais le 5 septembre 1820 - décédé à Sallertaine, le 16 janvier 1891.

 

Fradin Louis-Delphin décès

Le 28 juillet 1852, Louis-Delphin Fradin, démissionnaire, procède à l'installation du nouveau maire, Pierre Cocard. (AD85 - Délibérations communales - Sallertaine - sept 1850 - nov. 1875)

De 1848 à 1852 et de 1870 à 1891, le maire de Sallertaine était effectivement Louis-Delphin Fradin ; et de 1852 à 1870, le maire était Pierre Cocard. M. Fradin n'était donc plus maire lors des faits racontés ci-dessus.