LA COLONNE INFERNALE DE GRIGNON
ÉPISODE DU PARC-SOUBISE
Tiré de Paysans et Ouvriers, Héros et Martyrs, de M. le comte de Chabot

Après avoir incendié tout le pays et massacré les femmes, les enfants, les vieillards, qu'on avait pu rencontrer depuis Chanzeaux, jusqu'à Châtillon et Saint-Amand-sur-Sèvre, Grignon établit son quartier général à la Flocellière.

Un mois à peine s'était écoulé depuis le massacre de Chanzeaux, et Dieu sait quels crimes avait commis cette colonne infernale !

Nous voici arrivés au dernier jour de janvier 1794, Grignon divise sa tourbe d'assassins en deux détachements, ayant pour objectif le bourg de Mouchamps. Le premier doit suivre la rive gauche du Petit-Lay par Saint-Michel-Mont-Mercure, le Boupère et Rochetrejoux. Le second doit descendre de Saint-Michel à Saint-Paul-en-Pareds par les bas villages, franchir le Petit-Lay, et, suivant la rive droite de la rivière, aller incendier le château du Parc-Soubise.

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Avant de rallier Mouchamps, le premier détachement après avoir tout mis à feu et à sang sur son parcours, brûlé le Boupère et Rochetrejoux, arrive en vue de Mouchamps. Un des habitants, nommé Roger, s'avance à sa rencontre et demande à parler au commandant. Sur son assurance que le bourg ne contenait que des patriotes ennemis des brigands, l'officier commande d'épargner le bourg. Pour faire semblant d'obéir aux ordres impitoyables de son chef, il se contente de faire incendier trois ou quatre maisons isolées.

Ce brave Roger reçut à cette occasion de ses compatriotes le surnom de "La Menterie" pour avoir affirmé contre la vérité que tous les habitants de Mouchamps étaient de bons républicains.

Le second détachement, après avoir brûlé toutes les métairies de la basse paroisse de Saint-Michel, arrive sur le territoire de Saint-Paul ; le soleil était sur son déclin, et la colonne était encombrée de pauvres femmes, d'enfants et de vieillards : on les fusille dans la cour du château ; puis la troupe bivouaque à la lueur de l'incendie qui dévore le bourg.

Le lendemain matin, la colonne traverse le Lay, pénètre dans le château du Bois-Tissandeau et massacre dans leur cour deux vénérables femmes, Mesdames d'Hillerin ; puis elle se met en marche, ayant pour objectif le Parc-Soubise, en suivant la rive droite du Lay.

En vrais batteurs d'estrade, les soldats fouillent les maisons et les genêts ; tous les êtres vivants qu'on rencontre sont saisis, placés au centre de la colonne et forcés de marcher jusqu'au château du Parc. Tous n'y arrivèrent pas ; une femme infirme trouvée dans sa chaumière fut assassinée à coup de baïonnettes ; son mari qui était aveugle, et dont la marche incertaine retardait celle de la colonne est massacré un quart d'heure après, au coin d'un champ.

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Les détails qui vont suivre, je les tiens d'un témoin oculaire, âgé alors de huit ans ; il s'appelait Merit (1) et il est mort, il y a trente ans, au village de Boisgoyer, à un kilomètre de chez moi. Je traduis son terrible récit :

"Nous étions, mon frère et moi, à pêcher des verdons sur les bords du Lay, quand nous fûmes saisis par des soldats ; on nous mena au milieu d'une troupe de pauvres gens de tout âge et de tout sexe, marchant deux à deux comme des moutons. Je reconnus là beaucoup de mes parents et de mes amis, entre autres ma cousine, âgée de dix-huit à vingt ans ; elle était grande, forte et avait bonne mine.

Arrivé devant la cour du Parc, je vis les Bleus mettre le feu au château ; pendant que le château brûlait, les soldats nous rangèrent sur deux rangs et tirèrent sur tout le monde à bout portant. Ma cousine tomba près de moi, et quand il ne resta plus que deux ou trois enfants qui avaient été manqués, le chef cria : "C'est assez !" Alors j'ai été sauvé. Les soldats prirent tous les cadavres, les dépouillèrent, et rassemblant tous les fagots qu'ils purent trouver, firent brûler tous les corps dans la grande cour du château, à peu de distance du puits qui se trouve au milieu."

 

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Le soir de cette horrible scène, le détachement rejoignit Mouchamps. Le père Mérit évaluait à plus de deux cents les malheureux massacrés ce jour-là au Parc par ces tigres à figure humaine.

 

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Le vieux régisseur, M. Barbot, avait eu le temps de se cacher ; il raconta depuis une scène d'un autre genre qui se passa au même endroit.

Pendant le séjour de la colonne infernale à Mouchamps, de petits détachements sillonnaient le pays, incendiant et tuant çà et là, sans compter le reste.

"Quelques jours après le massacre de la cour du Parc, quinze jeunes gars passaient silencieux sous les murs du château. Leur attention est tout à coup attirée par un bruit insolite. Des cris perçants, mêlés à des gémissements, à des chansons obscènes et à d'épouvantables blasphèmes, remplissent leur âme d'une terreur mêlée de colère. Ils s'approchent d'une des fenêtres de la salle d'où partent les cris ; l'un d'eux grimpe sur les épaules d'un camarade et aperçoit une troupe de Bleus avinés, ayant au milieu d'eux de malheureuses femmes dont ils se sont emparés de force dans les villages voisins.

Les Vendéens aperçoivent à la porte de la salle les fusils que les Bleus ont disposés en faisceaux ; personne ne les garde. En un clin d'oeil, ils s'en emparent et ouvrant précipitamment la porte du grand salon où se passe l'orgie, ils couchent en joue les Bleus, en les sommant de se rendre. Atterrés et déjà abrutis par le vin et la débauche, les Bleus n'opposent aucune résistance : aidés par les femmes dont la fureur triple les forces, les Vendéens lient les bras des soldats, les entraînent sur la lisière de la forêt et les fusillent. Ils étaient vingt-cinq ; aucun d'eux n'échappa à la juste punition de ses forfaits."


AD85 - L'Étoile de la Vendée - n° 782 - Dimanche 29 avril 1894


 

(1) JEAN-BAPTISTE MERY, fils de Jean Mery et de Magdeleine Gendronneau ou Gondronneau, est né à Saint-Paul-en-Pareds, le 11 avril 1786.

Veuf d'Hortense Blanchet, il est décédé à son domicile à Boisgoyer, à Vendrennes, le 24 juillet 1876, à l'âge de 90 ans.

Son frère, Charles, né  à Saint-Paul-en-Pareds, le 9 juillet 1790 a également survécu à ce terrible massacre. Il est décédé à Saint-Paul-en-Pareds, le 15 avril 1884, à l'âge de 93 ans. Il était veuf de Marie-Anne Pasquier.

MERY JB acte naissance

MERY JB acte décès

 

MERIT CHARLES acte naissance

 

MERIT CHARLES acte de décès