Froidfond cassini

Pendant les Cent jours, les jeunes gens de Froidfond se réunirent à plusieurs reprises et choisirent, pour capitaine, VINCENT BOUCARD, propriétaire à la Bourrière. Ils assistèrent, avec leur chef, au combat d'Aizenay, où l'armée du jeune de Charette fut aux prises avec les soldats du général Travot, de même qu'ils furent aux débarquement des munitions de guerre, dans les rochers de Sion, sur la côte de Saint-Gilles-sur-Vie. Dans ces deux circonstances, les généraux royalistes n'eurent que des louanges à leur donner.

Les habitants de Froidfond étaient tous très attachés à la branche aînée des Bourbons. Leurs pères avaient presque tous fait le coup de feu à la suite de Charette, et beaucoup d'entre eux avaient péri dans les combats pour la défense de l'autel et du trône légitime. Les fils de ces braves n'avaient pas dégénéré et autant ils avaient éprouvé de joie à la prise d'Alger, autant ils ressentirent de tristesse à la chute de Charles X. Ils ne voulurent pas tout d'abord reconnaître le gouvernement de Louis-Philippe. Les souvenirs de la grande guerre vendéenne se réveillèrent au fond de leurs coeurs et les gars de Froidfond furent les premiers, dans le pays, à dérouiller leurs fusils de 1815.

En 1831, les conscrits refusèrent de partir et se cachèrent dans les bois, n'en sortant que pour aller à la recherche des vivres indispensables et fusiller, à l'occasion, les Culottes-Rouges de Louis-Philippe. Cet état de choses dura pendant plusieurs années. Nous devons à la vérité de dire que les réfractaires ne se conduisirent pas toujours modérément. Ils poursuivaient, sans trève ni repos, ceux qui passaient pour leurs dénonciateurs.

Ainsi, pour ce motif, le 10 mai 1831, ils tuèrent, à coups de fusil, dans un champ de Coudrie, le nommé Henri Guyard, farinier de Falleron ; la nuit suivante, ils pillèrent la maison de Jean Seigneuret, du Roteau, et celle du sieur Chanteloup, fermier à Coudrie ; ils frappèrent indignement dans le bourg un nommé Jarny, qui les vit maltraiter sa femme, à qui on arracha violemment ses boucles d'oreilles.

A cette époque, les chefs de la chouannerie étaient les frères ROBERT DE CHATAIGNER, de Saint-Jean-de-Monts, les frères LANCIER de Nantes, M. GUYER, également de Nantes, et enfin M. DE FUYSIEUX, aide-de-camp du général Charette.

La paroisse de Froidfond fut particulièrement tourmentée, mais ce qui mit le comble à l'agitation, ce fut l'arrestation de plusieurs habitants dans les circonstances suivantes : comme il n'existait alors aucune grand'route dans cette localité et que les chemins étaient presque impraticables, les réfractaires de la région venaient de préférence chercher un asile dans ce quartier.

Froidfond la Chauvière

 

Le 24 novembre 1831, le préfet de la Vendée, M. Alexis de Jussieu, à la tête d'une compagnie de soldats, vint à Froidfond pour y rechercher les Chouans ; il établit sa résidence au village de la Chauvière, et sur les dénonciations d'un nommé Callionneau, de Saint-Christophe-du-Ligneron, il fit saisir Pierre Seigneuret, Louis et Jacques Guyard, de la Thécinière, Jean Goulpeau, de la Chauvière, Pierre Doucet, domestique, et Pierre Mérieau, cultivateur au Roteau, tous désignés, par l'espion, comme receleurs de réfractaires.

Ces pauvres gens furent arrêtés au milieu de leur travail et on ne leur permit même pas de retourner chez eux. Attachés les uns aux autres, maltraités indignement, ils furent conduits à Saint-Christophe, puis renfermés dans un cachot d'Apremont, où ils restèrent sans manger pendant un jour et une nuit !

Après avoir passé par Aizenay et Bourbon-Vendée, ils furent enfin écroués à la prison des Sables. Leur cause fut examinée et, faute de preuves suffisantes, on fut obligé de les rendre à la liberté le 15 décembre 1831. Antoine Goulpeau, Pierre Violeau et sa femme, de la Chambaudière, furent 24 heures en prison, puis renvoyés dans leur village.

On raconte qu'en 1832, la duchesse de Berry vint passer une nuit à Froidfond : elle était déguisée en homme. Elle avait, pour compagnons de route, Charette et La Robrie, et, pour guide, Jacques-Providence Turpin, très connu dans le pays pour ses opinions royalistes. (Archives paroissiales de Vendée. Notice sur Froidfond, par M. l'abbé Teillet)


AD85 - L'Étoile de la Vendée - n° 634 - Dimanche 27 novembre 1892