Déjà avancé en âge à l'époque révolutionnaire (il était né le 19 juin 1729), M. Huet avait exercé les fonctions de vicaire à Soullans en 1767.

Huet acte naissance

Obligé de quitter sa paroisse de Landevieille, par suite de son refus de serment en 1791, il ne pouvait songer à fuir en exil. Il fut arrêté et incarcéré à Fontenay, tantôt à la prison, tantôt à l'hospice. En 1793, le vieillard échappa aux massacres que les soldats de Bordeaux et de Marseille de passage à Fontenay voulaient exercer sur les prisonniers vendéens.

LANDEVIEILLE VUE

Avec trente autres prêtres détenus, il fut transporté à la prison de Niort, puis ramené avec eux à Fontenay le 27 mars, comme le constate le registre des délibérations du Conseil général. Mais la prise de Fontenay le rendit à la liberté.

Malgré son âge avancé, on vit alors M. Huet continuer son ministère, et se rendre en 1795 au Synode du Poiré.

HUET SIGNATURE

Repris de nouveau, condamné à la déportation, il en fut dispensé comme sexagénaire et incarcéré à l'hôpital de Fontenay. Un État des prêtres réfractaires contient de lui et de deux autres prêtres cette mention : Huet François-Germain, détenu à l'hospice, 68 ans, paisible. Ces trois prévenus (Augé et Maillard) sont détenus à l'hospice depuis la loi du 3 brumaire. On n'a rien à leur reprocher, et il serait juste et politique de les renvoyer chez eux, sous la surveillance des autorités.

De fait, M. Huet fut relâché, ainsi que M. Maillard, mais non à la satisfaction des exaltés, comme on va le voir.

Tous deux se rendirent à Luçon, qu'ils savaient privée de prêtres. M. Huet se retira chez M. Merland de Chaillé, docteur-médecin, chez M. de la Ricottière. Mais la municipalité de cette ville, sans doute en vertu du principe de la liberté, et craignant que la présence d'un prêtre vint mettre en danger la république, s'empressa de prier les autorités départementales de les en délivrer.

Dans la lettre suivante sont exprimées leurs angoisses et leurs craintes. "Citoyen, il s'est rendu dans notre commune, depuis l'amnistie, des prêtres réfractaires. Le sieur Huet, ci-devant curé de Landevieille, réfractaire est venu en notre commune, 27 courant, faire enregistrer son (illisible) provisoire : en même temps, nous a notifié qu'il dirait la messe chez lui, à dix heures.

"La loi sage pour les "calottes" (?) met en droit chacun de prier à sa fantaisie, mais cet homme avait déjà commencé avant d'en avoir prévenu et a beaucoup de chalands dans la maison de Merland, médecin. Les volontaires, ainsi que plusieurs habitants, ne voient pas de bon oeil cet exercice, surtout d'un réfractaire. Nous vous invitons à nous délivrer de cet homme, en le faisant rendre au chef-lieu."

Une seconde lettre suit promptement. "Citoyens, nous nous adressons à vous pour nous seconder à bannir de notre sein le fanatisme et le royalisme renaissants. Le nommé Huet, ex-curé de Landevieille, reclus et remis en liberté par le Comité révolutionnaire de Fontenay, vint se fixer à Luçon, sans se présenter à la municipalité. Informé qu'il existait à Luçon un prêtre réfractaire, qu'il disait la messe, il fut mandé, et interpellé de déclarer depuis quel temps il était à Luçon, et s'il disait la messe, il répondit qu'il y était depuis quelque temps, qu'il disait la messe sur un petit autel dans sa chambre, et qu'il ne croyait pas qu'il en fallut faire la déclaration ; que dès ce moment, il la faisait, et déclarait dire la messe les dimanches et fêtes à 10 heures. Nous nous y sommes transportés plusieurs fois, et au lieu d'y voir les personnes seules dans la maison, nous y avons vu des ci-devantes étrangères et inconnues ; de là des rassemblements nombreux ; de là, l'avilissement de la cocarde nationale ...

Si l'administration, citoyens, eut été plutôt rappelée, beaucoup de prêtres soumis à la déportation ou à la réclusion n'exerceraient point leur culte avec une publicité scandaleuse ; nous n'aurions pas un Huet à Luçon, et plusieurs autres cachés ; il est bruit que l'ex-grand vicaire Charette-Colinière est à Chasnais. Veuillez donc, citoyens, faire exécuter la loi à l'égard dudit Huet et sa translation au chef-lieu du département ... Salut et fraternité. MAURY".

Le citoyen Maury écrivit également en ce sens au procureur général Bouron, et vit enfin ses désirs réalisés.

Le 9 brumaire an IV, la municipalité eut la satisfaction, dit le chanoine du Tressay, d'écrire au citoyen Millet, lieutenant de gendarmerie à Luçon et de lui donner ordre de se transporter de suite dans la maison du citoyen Merland pour y prendre le nommé Huet, lequel "vous conduirez (ajoute la municipalité), en la maison d'arrêt de cette commune pour être mis en la maison désignée à cet effet".

M. Maillard subit le même sort, et M. Merland fut, à son tour, incarcéré à Luçon et envoyé plus tard avec plusieurs personnes de la ville, parmi lesquelles mad. la marquise de Surineau à la citadelle de Brouage, en Aunis, alors prison d'État.

Libéré plus tard, et, cette fois définitivement, le courageux prêtre s'empressa de retourner à Luçon, où il savait que son ministère était utile ; il mourut dans les premiers mois de 1801  le 2 décembre 1812, à l'âge de 83 ans.

HUET acte décès

Il fut remplacé par M. Sicard, ancien chanoine, arrivé d'Espagne depuis peu et nommé curé de Luçon.

A. Baraud
AD85 - L'Étoile de la Vendée - n° 2223 - Jeudi 13 février 1908 et n° 2225 - Jeudi 20 février 1908