Remilly

Au moment où commençait la Révolution française, Jean-Baptiste-Nicolas Davanne était nommé curé de Remilly, village situé entre Sedan et Mouzon, sur la rive gauche de la Meuse (avril 1789).


[M. l'Abbé Aimé Guillon dans son ouvrage Les Martyrs de la foi pendant la Révolution française, raconte que "Jean-Baptiste-Nicolas Davanne avait eu la faiblesse, en 1791, de prêter le serment de la Constitution civile du Clergé, par attachement pour ses ouailles, et par zèle pour son ministère. Cette première faute disposait ce pasteur à une seconde encore plus grave ; et c'était par la gravité de celle-ci, ou plutôt par la violence des remords que la seconde ajouterait à ceux de la première, que la Providence devait le faire rentrer dans le chemin de la Foi et du devoir. En 1793, les autorités civiles de son canton, se conformant à ce qui se pratiquait dans presque toute la France, demandèrent à ce curé la remise impie de ses lettres de prêtrise : signe convenu de l'abdication du sacerdoce. Effrayé par les atrocités d'alors contre les prêtres, il fit ce qu'on voulut. Mais sa conscience fut aussitôt en proie à des tourments qui ne lui permirent plus de supporter le regret d'avoir fait le serment de 1791. Plein d'un vif repentir de toutes ces infidélités, il veut courir à l'étranger pour s'y réconcilier avec Dieu et son devoir."]

Il brava la Terreur pendant six mois environ, puis dut se résigner à fuir (octobre 1793). Le village belge de Mortehan, sur la Semoy, lui parut une retraite assurée. Il partit avec sa servante, espérant faire sous bois une bonne partie de la route ; mais à la frontière, il prit trop à droite et vint sur Muno.

Muno Grand-Hez

Tout-à-coup, au moment où il débouchait entre ce village et la ferme de Grandhaie, une patrouille française lui cria : Qui vive ? Croyant avoir affaire à des soldats impériaux, il répondit : Émigré français. C'était prononcer lui-même son arrêt de mort. Bientôt il fut saisi et entraîné vers la ferme, au milieu de brutalités inouïes.

Sa servante affolée rebroussa chemin. Arrivée sur un pont, entre Douzy et Pourru-Saint-Rémi, elle aperçut les gendarmes et, s'imaginant qu'ils allaient la maltraiter, elle se couvrit la tête de son tablier et sauta dans la Chiers, où elle périt.

MUNO CASSINI

Pendant ce temps, le prisonnier était à la merci des hommes ou des tigres qui formaient l'avant-poste de Grandhaie, dont le régiment était à Monty, au S.-O. de Muno. Ils épuisèrent sur lui toutes les tortures que peut inventer la fureur. Non contents de lui déchiqueter le corps, ils avivaient ses souffrances en promenant dans les plaies des pincettes rougies au feu, et se livraient à d'autres actes tellement odieux que la plume refuse de les décrire. [M. l'Abbé Aimé Guillon ajoute qu' "on lui mit du feu sous les pieds, et on les lui brûla progressivement.]

 

On ne sait plus aujourd'hui combien de temps dura cet épouvantable supplice. Lorsque les bourreaux s'aperçurent que la mort allait mettre un terme aux convulsions de leur victime, ils se décidèrent à l'empaler. Ils coururent donc à la ferme, en rapportèrent un piquet et un merlin, puis se mirent à l'oeuvre. Pendant cette dernière horreur, l'un d'eux ému, dit-on, de pitié lui brisa le crâne.

Le cadavre fut jeté à quelques mètres de la ferme, dans un trou creusé par l'eau d'un ravin.

Davanne curé de Remilly 08

Lorsqu'on le retrouva, vingt-sept ans plus tard, la pièce de bois était encore à l'intérieur, le long de l'épine dorsale. Il fut alors placé dans un cercueil et transféré solennellement au cimetière de Muno. C'est là qu'il repose, à côté de M. le curé Winkell.

 

Muno cimetière

 

Voici les noms des personnes qui m'ont fourni ces détails :

1° - M. Laurent, lieutenant des douanes, retraité, mort le 14 mai 1886. Né à Muno, il a connu les témoins de ce crime et a vu relever le corps en 1820. C'est lui qui m'a donné les premiers renseignements, trois semaines avant sa mort.

2° - M. Bihéry, curé de Remilly

3° - M. Glouden, curé de Muno, qui m'écrit sous la dictée de Jacques Henry et Jean-Baptiste Toison, tous deux ses bons et vieux paroissiens. Le premier est fils de Jacques Henry, domestique à la ferme de Grandhaie, en 1793 et témoin oculaire de toutes ces atrocités. Le second est l'ouvrier qui, en 1820, sous la direction de l'ancien domestique et par les ordres du curé de Muno, a fait les fouilles et a retrouvé le corps.


DOM ALBERT NOËL,
M.B. de l'abbaye de Solesmes.
Bulletin du Diocèse de Reims - vingt-troisième année - Samedi 22 novembre 1890 - n° 47