MECHIN ANTOINE acte naissance

Fils de noble homme René Méchin et de demoiselle Jullienne Joubert, Antoine-Alexandre Méchin est né dans l'île de Bouin le 13 14 janvier 1746.

Méchin Antoine-Alexandre

 

Il était par conséquent plus Vendéen que Breton. Il appartenait cependant comme prêtre au diocèse de Nantes, fut nommé en 1783 curé de Brains, près Machecoul au pays de Retz, et devint recteur au concours en 1787.

Lors de l'assemblée diocésaine d'avril 1789 pour les élections aux États-Généraux, il fut choisi comme électeur parmi les curés et ne fut pas élu député suppléant comme le répètent tous les biographes. Les deux seuls suppléants furent l'abbé Le Breton de Gaubert et le P. Étienne. Mais tous les deux refusèrent de siéger lors des démissions des abbés Moyon, Maisonneuve et Chevallier en septembre 1789 et il fallut procéder à de nouvelles élections. La nouvelle assemblée diocésaine se tint le 25 septembre chez Le Breton de Gaubert, et Méchin en fut élu secrétaire : elle se composait de trente-et-un électeurs. Le premier député à remplacer était Maisonneuve. L'abbé Pronzat fut élu le premier et l'abbé Méchin son suppléant : mais Pronzat ayant aussitôt déliné cet honneur, Méchin, se trouva ainsi député aussitôt décliné cet honneur, Méchin se trouva ainsi député titulaire. Latyl et Binot furent élus après lui.

La conduite de l'abbé Méchin à l'Assemblée fut assez équivoque. C'était un indécis et l'on peut difficilement se rendre compte au premier abord de ses vrais sentiments. Il s'isolait même volontiers de ses collègues, si l'on s'en rapporte à cette lettre de Maupassant, datée du 4 décembre 1790 et conservée aux archives de la Loire-Inférieure :

"Mon cher compatriote, M. l'abbé Méchin me remit à l'instant l'incluse à votre adresse qu'il reçut hier et qu'il aurait bien pu vous faire tenir d'icy avant votre départ, que M. Coutet m'annonça hier devoir être pour cette nuit : mais ce co-député fréquente peu avec nous et nous joue souvent le tour malin de nous remettre nos lettres vingt-quatre heures après les avoir reçues et cela depuis que M. Giraud est absent. J'ai l'honneur d'être etc.
L.-César Maupassant."

Le 3 janvier 1791, l'abbé Méchin, qui n'avait pas signé la protestation du 29 avril 1790, prêta sans restriction, à la tribune, serment à la constitution civile du clergé ; mais fortement ému par les scènes violentes qui eurent lieu le lendemain, il se rétracta, le 5, par une lettre officielle adressée au président de l'Assemblée. Celle-ci, par une intolérance fort injustifiable chez des gens qui criaient partout "vive la liberté", n'ayant consenti ni à l'entendre, ni même à la recevoir, Méchin eut le courage de la faire publier dans le Journal ecclésiastique, signée de trois autres de ses collègues, les abbés Ruello, Symon et Loëdon, qui voulurent ainsi faire une rétractation publique du scandale qu'ils avaient causé aux fidèles. Voici cette lettre :

"Messieurs, je croirais indigne d'un français, d'un représentant de la nation, d'un ministre de l'Église, de chercher à conserver son état par des restrictions qui pourraient induire en erreur sur ses vrais sentiments. Avant-hier, je montai à la tribune avec plusieurs de mes collègues pour y prêter le serment civique ; nous le prêtâmes en effet, et le renfermant dans des bornes des objets "civils et temporels", ainsi que nous le déclarâmes formellement dans le préambule prononcé par l'un de nous, nous crûmes agir conformément aux vues que l'Assemblée nationale avait plusieurs fois manifestées qu'elle ne voulait toucher en rien au "spirituel". Mais d'après ce qui s'est passé dans la séance d'hier, je crois, Messieurs, pour ne pas vous tromper, ou plutôt pour ne pas me tromper moi-même, je crois, dis-je, devoir vous déclarer de la manière la plus positive et la moins équivoque, que je n'ai entendu prêter mon serment que sous la réserve expresse des objets spirituels et de l'autorité spirituelle de l'Église Si ce n'est donc pas votre intention de l'admettre ainsi, je vous prie, Messieurs, de le regarder comme nul, et de me mettre au rang de ceux à qui la conscience n'a pas permis de le prêter purement et simplement ; j'aime mieux perdre ma fortune et ma vie même, s'il le faut, que de les conserver aux dépens du bien le plus cher et le plus précieux à tout honnête homme, le repos de ma conscience ..."

Le refus de l'Assemblée de recevoir une déclaration aussi correcte, prouvait bien son intention formelle d'empiéter sur le spirituel et d'établir un schisme. Malheureusement Méchin ne persévéra point dans ces sentiments de respectueuse déférence à l'autorité spirituelle de l'Église.

Rentré dans sa paroisse après la dissolution de l'Assemblée, il eut peur de cet éclat et il prêta de nouveau serment pour devenir curé constitutionnel de sa paroisse. Il écrivait le 13 février 1791 au département de la Loire-Inférieure en envoyant la notification de son serment :

"Je n'ajouterai rien, Messieurs, à ce que je vous ai marqué dans ma dernière lettre où j'ai tâché de vous faire connaître mes vrais sentiments. Le désir de la paix, mon attachement inviolable à la religion catholique, mon amour pour la patrie, aux nouvelles lois de laquelle je viens pour la troisième fois (les 4 février, 14 juillet 1790 et 3 janvier 1791), je viens, dis-je, solennellement me soumettre, doivent vous répondre de ma fidélité ..."

Le 12 janvier 1792, il réclamait ses appointements et le 21 octobre de la même année il se faisait remettre un certificat de civisme : puis on perd ses traces et il cesse d'émarger la feuille des prêtres assermentés en mars 1793.

A cette époque, rapporte l'abbé Tresvaux, trois habitants du pays qui l'avaient eu pour bienfaiteur et dont l'un était son paroissien, tombèrent à Machecoul entre les mains des insurgés qui les prirent pour des espions. On allait les fusiller, quand ils promirent, pour sauver leur vie, de livrer le recteur de Brains, si l'on consentait à les épargner. Le pacte conclu, on les rendit à la liberté et peu après ils réussirent à attirer à Machecoul le malheureux abbé Méchin qui y fut massacré.

M. Lallié, qui rapporte longuement et minutieusement, dans son ouvrage sur le District de Machecoul, l'histoire de l'insurrection locale, ne mentionne pas cet évènement ; et la liste qu'il a publiée de toutes les victimes connues ne contient pas le nom de l'abbé Méchin. Il paraît donc difficile de contrôler par des actes officiels le récit de l'abbé Tresvaux : mais je dois constater qu'une tradition constante fait mourir Méchin à Machecoul, pendant les émeutes de mars.

M. l'abbé Sauvaget, ancien aumônier des religieuses du Calvaire de Machecoul, mort en 1881, affirmait souvent que sa grand'mère avait été témoin de la mort du recteur de Brains, massacré malgré ses cris et ses supplications, dans une rue de Machecoul, en face de l'hôpital. Ceux qui le frappaient lui reprochaient d'avoir prêté le serment schismatique. Il ne me paraît pas douteux qu'il faille ajouter son nom à la liste des victimes.


Sources :

Histoire de la persécution révolutionnaire en Bretagne à la fin du XVIIIème siècle - tome second - 1845 - par M. l'abbé Tresvaux

Recherches et notices sur les députés de la Bretagne aux États-généraux et à l'Assemblée nationale constituante de 1789 par René Kerviler - 1889

AD85 - Registres paroissiaux de Bouin