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[Fils de Jean-Baptiste et de Marie-Julienne Delaunas,] l'abbé Jean Rivière naquit à Heussé (Manche), le 8 6 octobre 1756.

Rivière Jean, prêtre - acte naissance

Nommé vicaire de Saint-Georges-de-Rouellé, il y remplissait les fonctions de la manière la plus édifiante, lorsqu'on publia le funeste décret sur le serment constitutionnel. Il avait trop de piété pour trahir son divin Maître, et renoncer au chef de son Église.

Chassé de sa paroisse par les partisans du schisme, il se retira dans sa famille, à Heussé. Il n'y resta pas inactif. Plein de zèle pour le salut des âmes que Jésus-Christ a rachetées au prix de son sang, il parcourut en apôtre toute la contrée, afin d'y remplir les fonctions du saint ministère.

Sa famille essaya plusieurs fois de modérer son zèle en lui représentant les dangers extrêmes auxquels il s'exposait. - "Que peut craindre, disait-il, un ministre de Jésus-Christ ? Son bon maîtyre n'est-il pas partout pour le recevoir, si la mort le frappe ? Tant mieux si je tombe sous les balles des persécuteurs, j'irai plus vite au ciel."

Mantilly La Bostière

Le 10 mars 1797 (20 ventôse an V), vers deux heures du matin, le saint prêtre disait la messe dans une grange, au village de la Bostière, sur la paroisse de Mantilly. Un détachement de la colonne mobile du Teilleul survient à l'improviste, et aperçoit le ministre de Dieu debout à l'autel. Un patriote du Teilleul, républicain exalté, l'ajuste aussitôt, et d'un coup de feu, le renverse baigné dans son sang.

Comme il respirait encore, les assassins, voulant recevoir la récompense de cent francs, promise par la république à ceux qui arrêtaient un prêtre réfractaire, mirent leur victime sur une charrette, et la transportèrent au Teilleul.

On le déposa au corps de garde sur un peu de paille. Dans la soirée, un lieutenant de la garde nationale fut commandé pour passer la nuit auprès du prisonnier, avec quelques hommes sous ses ordres.

Touché de compassion pour les souffrances de cet ecclésiastique, il fit appeler pour panser sa blessure un médecin du Teilleul, célèbre dans tout le pays pour sa charité. C'était M. Gesbert, dont la vie fut plus d'une fois en danger, pendant la révolution, parce qu'il prodiguait les secours de son art à tous ceux qui les réclamaient, soit royalistes, soit républicains.

Le docteur, voyant que la blessure de ce prêtre était mortelle, ne prescrivit à peu près rien, et dit qu'il reviendrait le lendemain. Mais sa tendre charité pour les malheureux ne lui permit pas d'attendre jusque-là.

Après avoir conféré quelques instants avec sa femme sur la gravité de la blessure de M. Rivière, il revint en toute hâte auprès de lui, et demanda à l'emporter dans sa maison, parce qu'il ne pouvait le traiter au corps de garde.

Quoiqu'il s'engageât, sous sa responsabilité personnelle, à le remettre à la justice, aussitôt qu'il en serait requis, on rejeta la demande de ce charitable médecin, le saint prêtre mourut vers la fin de la nuit.

Le lendemain, 22 ventôse an V (12 mars 1797), on porta sa dépouille mortelle sans aucune cérémonie, au cimetière du Teilleul. Elle y repose non loin du portail de l'église actuelle, sans qu'on puisse néanmoins indiquer l'endroit précis.

Quant au malheureux qui avait frappé le saint prêtre à l'autel, il ne survécut pas longtemps à son exploit sacrilège. Comme la plupart des démocrates exaltés, il fit une fin malheureuse et impie.


Extrait : Les Martyrs de la Révolution dans le diocèse de Séez - Livre III, Chapitre VI - par M. l'abbé J.B.N. Blin - 1876