Armoiries de la famille de Bodard de la Jacopière : d'azur au chevron d'or, accompagné de 3 têtes de loup d'argent ; au chef du second chargé d'une épée de sable, posée en fasce, la pointe à senestre.

Devise : Ce n'est rien ; vive le Roy !

 

BODARD DE LA JACOPIERE PORTRAIT

 

Descendant d'une famille noble, originaire de Normandie, Jean-Baptiste-Pascal de Bodard de la Jacopière, fils d'Henri-Louis et de Marguerite-Antoinette-Clémence Frémond de la Merveillère, est né à Craon (Mayenne) le 10 2 juin 1767. Comme presque tous les siens, qui furent contraints à l'exil, il eut lui aussi à souffrir dans ses intérêts des excès de la Révolution.

BODARD JACOPIERE ACTE NAISSANCE

Émigré, il fut volontaire noble à la 2ème Compagnie angevine (Armée du Duc de Bourbon) en 1791 ;
- caporal fourrier à "Loyal Émigrant" en 1793 ;
- blessé à la fameuse sortie de Menin (Belgique) les 28-30 avril 1794 ;
- capitaine aux cadres du Comte du Trésor à Jersey ;
et débarqua à Quiberon le 27 juin 1795.

Avec les rares survivants de cette téméraire expédition, il vint en Anjou grossir les troupes, qui firent la guerre de la Chouannerie. Ayant cessé, lors du Consulat, son opposition à la politique gouvernementale, il se fit rayer de la liste des émigrés le 18 novembre 1800. (Pour cette formalité administrative, on rédigea le signalement suivant : "âgé de 32 ans ; taille 3 pieds, 4 pouces ; cheveux et sourcils blonds ; yeux bleus ; nez gros ; bouche moyenne ; menton rond ; visage ovale".

Il se consola de toutes ces tribulations en embrassant la carrière des armes où il parvint au grade de capitaine.

Admis à la retraite en 1812, il vint alors habiter Chinon. L'oisiveté lui pesant, il s'occupa des affaires communales où il montra les qualités d'un esprit avisé et d'un jugement solide. Le poste d'adjoint étant devenu vacant, il fut nommé à cette fonction par décret impérial du 23 janvier 1812.

Son zèle pour le bien public et la dignité de son caractère attirèrent aussitôt sur le nouvel adjoint l'attention du préfet d'Indre-et-Loire, qui proposa au gouvernement la nomination du capitaine de Bodard de la Jacopière comme maire de Chinon. Ce choix, ratifié par décret impérial du 10 avril 1813, était d'autant plus flatteur pour celui qui en était l'objet que ses opinions royalistes n'étaient mystère pour personne. En haut lieu, il avait été jugé l'homme nécessaire ; on avait passé outre sur les préférences politiques.

De son côté, le vieux soldat, séduit comme beaucoup d'autres par la gloire du vainqueur d'Austerlitz, ne crut pas devoir refuser sa collaboration aux affaires communales et accepta sa nomination.

Comme maire, de Bodard de la Jacopière s'est particulièrement occupé de la construction du collège et de l'aménagement de la délicieuse promenade dite du Jardin anglais. Ces deux entreprises, menées à bien, lui méritent la reconnaissance des chinonais.

La période troublée de la fin de l'Empire, empêcha le maire de donner aux affaires municipales l'impulsion qu'il souhaitait. De plus graves préoccupations hantaient alors les esprits : les évènements causaient une vive inquiétude aux âmes patriotes. Le 4 novembre 1813, on en trouve un écho dans une adresse du conseil municipal de Chinon à Napoléon Ier : "Les habitants de la commune sauront faire tous les sacrifices nécessaires avant de souffrir que la gloire acquise au nom français par vos victoires soit ternie ... Rien ne leur coûtera pour conserver l'intégrité du territoire français."

Cette patriotique adresse fait grand honneur au maire qui l'a rédigée.

Avec 1814 arrive la défaite, puis l'invasion de la France par les armées ennemies. Ces évènements malheureux provoquent l'abdication de Napoléon et le retour des Bourbons.

Le gouvernement de la Restauration, estimant que l'administration de la cité chinonaise ne peut être en meilleures mains, maintient de Bodard de la Jacopière comme maire. Le 13 avril 1814, avec ses deux adjoints, il prête serment au nouvel ordre de choses.

Les Cent Jours surviennent ; la municipalité chinonaise subit le contre-coup de ce bouleversement politique. Le maire et ses deux adjoints sont révoqués et remplacés le 3 mai 1815. Les Cent Jours passés, les trois révoqués sont rétablis dans leurs fonctions par ordonnance royale du 7 juillet 1815.

On entre dans une période plus calme avec la seconde Restauration.

Fatigué par la gestion des affaires communales, de Bodard de la Jacopière, ne pouvant plus supporter ce fardeau, démissionna en mars 1816.

De Bodard de la Jacopière, chevalier de Saint-Louis, habitait à Chinon, quartier Saint-Maurice. Avec sa belle tour servant d'escalier, ce vieux logis est orné de jolies lucarnes Renaissance. L'une de ces lucarnes porte la date de 1576, qui certainement doit être celle de la construction de la maison.

La vaste salle au rez-de-chaussée servait autrefois de salon ; elle est ornée de portes élégamment sculptées en pur style Louis XVI (torches, carquois remplis de flèches, tambourins et allégories musicales).

En mars 1820, la municipalité de Chinon acheta cet immeuble pour y installer une école communale.

De Bodard de la Jacopière quitta Chinon pour aller à Segré, où il avait été nommé lieutenant de gendarmerie ; fonction qu'il occupa jusqu'en 1826 (27 novembre), date du décès de sa femme (il avait épousé en 1801, Jeanne-Anne Renault des Granges).

"Le vieux chouan" (épithète familière qui lui plaisait) se retira ensuite dans ses propriétés de la Mayenne et y termina paisiblement ses jours au milieu de sa famille. Il mourut à Craon, le 8  7 janvier 1839, âgé de 72 ans.

BODARD JACOPIERE ACTE DECES

Telle fut la noble existence de cet homme du devoir, qui exposa sa vie pour le triomphe de ses idées. Il estimait ce dévouement comme une chose due ; "ce n'est rien", disait-il, faisant sienne une parole de son frère aussi modeste que brave.

En 1815, Pierre-Henri-Hippolyte de Bodard de la Jacopière, frère du maire de Chinon, s'enrôla sous les ordres du général d'Andigné, dans ce groupe royaliste, qui guerroya en Anjou pendant les Cent Jours. Il fut grièvement blessé dans un combat ; à ses compagnons de lutte venus pour le secourir, il ne cessait de répéter : "Ce n'est rien ; vive le Roy !"


HENRY GRIMAUD
Bulletin des Amis du Vieux Chinon - 1918 (T2, N1) - 1969 (T7, N3)