CHAVAGNES EN PAILLERS (85) - LA CHAPELLE DU CORMIER
par Joël Gauthier

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Voici, extrait des archives des Pères de Chavagnes, un texte écrit en 1933 pour évoquer la Chapelle Notre Dame du Cormier et des évènements locaux vécus ...


Le Cormier est un fier village qui domine du haut de ses 70 mètres d'altitude l'étroite vallée du Doulay, affluent de la Maine, un village riche d'histoire ancienne et surtout pieuse.

Qui ne connaît à Chavagnes le "martyre" de la jeune orpheline nommée Jeanne, émule de Sainte Agnès, qui fut tuée au Cormier à coups de sabre, le 23 février 1794 ?

 

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Or ce village revendique même l'honneur céleste d'une visite de la Sainte Vierge elle-même, en 1857.

Nous laissons Soeur Lucie-Mathilde, Ursuline de Jésus, qui était une soeur de Mme Seguin, bien connue à Chavagnes, nous raconter, dès 1933, ce qu'elle savait.

Voici l'histoire telle que je l'ai souvent entendue raconter, par les époux Piveteau, père et mère de l'enfant dont je vais parler. Ils s'étaient mariés un peu âgés et n'avaient eu qu'une fille. Celle-ci avait quatre ans lorsqu'un jour où elle était avec sa mère à garder les vaches dans le champ qui se trouve à droite de la chapelle, champ divisé en plusieurs morceaux, elle reçut de sa mère, qui cousait, au haut du champ, l'ordre de prendre une gaule et d'aller plus bas pour empêcher les vaches de passer dans un morceau voisin.

La petite fille était en bas du champ depuis quelques instants, quand elle se mit à remonter en courant et criant : "Maman, maman, une belle Dame blanche qui est là. Elle est belle et toute blanche. Elle dit qu'elle veut, une chapelle, là". Et l'enfant montrait l'endroit à sa mère. Mais celle-ci de répondre : "Petite menteuse, veux-tu te taire !". L'enfant insista : "Si, si, maman. Il y a là une belle Dame blanche." La mère se leva en disant : "C'est peut-être une demoiselle de Beauregard qui se promène." Et elle suivit l'enfant qui redescendait au bas du champ et tout à coup s'arrêtait : "Voyons, où est-elle cette Dame ?", demanda la mère. La petite fille répondit : "Je ne sais pas ... Je ne la vois pas maintenant ... Elle m'a dit qu'elle voulait une chapelle, là, et puis ... qu'elle viendrait me chercher dans trois jours."

 

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Ces derniers mots effrayèrent la maman. Rendue à la maison, elle raconta la chose à son mari et dit : "Que faire ? Si nous racontons cela aux voisins et qu'il n'arrive rien, on se moquera de nous. Si nous ne le disons pas et qu'il arrive quelque chose à l'enfant, on ne le croira pas. Que faire ?". Il fut décidé qu'on n'en parlerait qu'à M. le Curé : ce qui fut fait. M. le curé répondit que l'enfant était très pure, qu'il pouvait se faire qu'il y eût quelque chose, de ne rien dire, et si le troisième jour, il se produisait du nouveau, qu'on l'avertît.

Le troisième jour, la maman demanda à son mari de ne pas s'éloigner. Il resta donc au jardin. A cinq heures du soir, en venant à la maison, il ne vit rien de nouveau, sauf que l'enfant s'amusait seule et cependant parlait comme s'il y avait eu un groupe d'enfants avec elle. Il dit à la maman : "Heureusement que nous n'avons rien dit ! Comme les voisins se moqueraient de nous, maintenant ! Je m'en vais à l'étable, ajouta-t-il. Si tu as besoin de moi ..."

Il était huit heures du soir environ lorsque l'enfant appela : "Maman, j'ai grand mal ... je suis malade". La mère prit l'enfant sur ses genoux et, c'est là que vers onze heures la petite mourut. C'était en l'année 1857.

On enterra l'enfant au cimetière de la paroisse, vers le milieu, du côté droit, comme on descend à la Croix du milieu. La maman planta un rosier blanc qui marquait encore la tombe en 1886.

Après cette mort, les parents vendirent une partie de leur bien. Ils gardèrent seulement de quoi nourrir une vache, et mirent l'argent à construire une chapelle, assez vaste pour contenir 30 à 40 personnes. C'était en l'année 1858 ou 1859.

L'enfant qui a vu la belle Dame était née en 1853 et elle est morte en 1857. En ce moment la paroisse avait pour curé M. l'Abbé Paul de Suirot. La chapelle fut construite en 1858 et 1859.

Cette chapelle fut dédiée à la Vierge Immaculée et le 8 décembre, chaque année, on se rendait en foule le soir sur la colline du Cormier. La chapelle était illuminée avec des verres contenant de l'huile, des lampions ... Dans le bas se dressait un feu de joie dont la chaleur était fort appréciée. Le prêtre présent nous disait un petit mot sur la Sainte Vierge et nous chantions des cantiques à pleins poumons. La neige n'empêchait pas la réunion.

bien des grâces et faveurs ont été obtenues par l'intercession de Notre-Dame du Cormier. J'ai entendu dire à ma mère en particulier et à plusieurs personnes qu'elles étaient toujours exaucées en général.

Pour obtenir ce qu'elles demandaient, elle promettaient un pain pour les pauvres. On portait ce pain à la chapelle du Cormier, ou à des pauvres qu'on savait être dans le besoin. Je suis allé souvent, de la part de ma mère, porter le pain sur le marchepied de la chapelle. Lorsque la femme Piveteau venait le soir fermer la porte de la chapelle, elle le prenait pour elle et son mari, car ils n'étaient pas riches, ou elle le donnait aux pauvres du village.

Les deux vieillards, Piveteau, avant de mourir, avaient fait don de la chapelle aux F.M.I., Pères de Chavagnes, au moment où le R.P. Trottin était leur Supérieur général. Souvent j'ai vu passer un des frères des F.M.I. avec un grand panier de provisions qu'il portait aux deux vieillards.

 

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Avant de terminer, je voudrais raconter un "miracle" obtenu dans cette chapelle. J'en ai été témoin. C'était en 1874 ou 1875, je ne me rappelle pas la date exactement.

Une jeune fille du village de la Morinière de Chavagnes, nommée Noémie Lucas, lingère de profession, qui vivait avec une soeur et un frère maçon, voulut aller au Cormier prier la Sainte Vierge de la guérir d'un goître immense. Cette infirmité la gênait beaucoup pour travailler et elle aurait bien désiré être religieuse, mais ne pouvait y compter dans cet état. Il n'était pas question d'opération en ce temps-là. En passant, elle entra dire sa peine à ma mère qui lui répondit : "Si j'étais à ta place, je prierais la mère Piveteau de mettre pendant neuf jours au cou de la Sainte Vierge la ganse que tu portes autour du cou. Pendant ce temps, je viendrais, tous les jours, faire ma neuvaine. Au bout de neuf jours, je prendrais la ganse autour de mon cou et ferais une autre neuvaine. Si tu veux venir tous les jours, à quatre heures, à la sortie de l'école, tu prendras des enfants avec toi." La proposition fut acceptée. J'eus l'honneur d'en faire partie. Les deux neuvaines se firent et le goître était complètement disparu avant la fin de la seconde neuvaine. Ce fut une grande joie. Noémie continua son travail pendant dix-huit mois ou deux ans. Elle entra au Noviciat des Religieuses Ursulines de Jésus, à Chavagnes-en-Paillers, le 12 août 1876, à l'âge de 25 ans. Elle prenait l'habit le 8 décembre 1876, prononçait ses voeux le 8 septembre 1879 et devenait Soeur Jules de la Croix.

[Fille Jean Lucas, maçon, 37 ans, et de Angélique Tessier, âgée de 35 ans, Marie-Caroline-Noémie est née, à la Morinière, le 26 juillet 1851.]

Noémie Lucas - acte naissance

Informations trouvées sur place.

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