Pontorson Caugé 50 cassini


Caugé est un village de Boucey, et comme un faubourg de Pontorson. Il n'y a rien de monumental, et la tradition a perdu le souvenir du passé. Cependant Caugé a été sinon une paroisse, du moins un village avec une église et probablement un manoir ...

Caugé a été le théâtre d'une bataille entre les Vendéens et les Républicains.

Quand l'armée vendéenne eut été repoussée de Granville, et que sa cavalerie eut poussé une pointe jusqu'à Villedieu, cette émigration de cent mille hommes, décimée et démoralisée, revint vers la Loire par la route qu'elle avait suivi peu de jours auparavant.

Les troupes républicaines se mirent en mouvement pour prendre les Vendéens entre deux feux.

Sepher, qui venait de Caen avec l'armée dite des Côtes de Cherbourg, se mit à leur poursuite ; le général Marigny, posté à Sacey avec 1.500 hommes de troupes légères, sur le sol de l'ancienne forteresse de Cheruel, ne bougea pas, par jalousie, dit-on, à l'égard du général Tribout. Celui-ci commandait Pontorson avec quatre mille hommes. Il en envoya six cents pour couper le pont de Pontaubault. Lejeay et Forestier, deux officiers vendéens, attaquèrent cette troupe et la dispersèrent.

Ils allèrent jusqu'auprès de Pontorson, et, étant tous deux seuls en avant, ils se trouvèrent, au détour du chemin, en face de l'armée ennemie. Ils voulurent revenir, mais Forestier avait un cheval rétif qu'il ne put jamais faire retourner, il s'écria : à moi, Lejeay ! je suis perdu ! Lejeay revint, prit la bride du cheval : ils se sauvèrent au milieu d'une grêle de balles, et rejoignirent l'armée qui s'avançait.

L'armée ennemie était celle de Tribout, et le détour de la route auprès de Pontorson ne peut être que Caugé. Tribout, très-faible en face d'une trentaine de mille hommes, s'était établi au carrefour appelé la Croix-de-la-Cage, et avait braqué ses canons sur la grande route, où ses flancs étaient sans défense.

D'Autichamp attaqua les Républicains avec la division de Beauchamp qui formait l'avant-garde : c'était vers le soir du 18 novembre 1793. L'artillerie des Républicains fit d'abord des ravages parmi les Vendéens, mais ils furent aisément débordés, pris en flanc, et enveloppés. Chargés à la baïonnette, ils furent refoulés jusque dans Pontorson, et là, dans les rues, presque tous furent taillés en pièces. L'affaire dura de quatre heures à neuf heures. Tribout fut destitué.

Forêt, un des meilleurs officiers vendéens, fut blessé à mort, et on brisa un canon pour mettre des chevaux à sa voiture.

La route et les rues furent jonchées de cadavres, et on pourra juger de l'horreur de cette bataille nocturne par le récit de Mme de La Rochejaquelein : "J'arrivai en voiture sur les neuf heures du soir, comme le combat venait de finir. J'étais avec une femme de chambre qui portait ma pauvre petite fille. MM. Durivault et de Beauvolliers, tous deux blessés, étaient aussi avec moi. La voiture passait à chaque instant sur des cadavres ; les secousses que nous éprouvions lorsque les roues rencontraient ces corps, et le craquement des os qu'elles brisaient faisaient une impression affreuse. Quand il fallut descendre, un cadavre était sous la portière ; j'allais mettre le pied dessus, lorsqu'on le retira". (Extrait : Avranchin Monumental et Historique par Édouard Le Héricher - Tome second - 1847)

"Les malheureux blessés des deux partis faisaient entendre des cris lamentables et demandaient des prêtres pour les absoudre et les préparer à mourir. "Les prêtres, dit M. de Beauchamp, exténués de fatigue, accoururent et passèrent la nuit à secourir les mourants ; ils leur prodiguèrent les consolations de cette religion à l'extinction de laquelle une partie de ces infortunés, poussés par le délire du siècle, avaient fait le sacrifice de leur vie." (Extrait : Avranchin Monumental et Historique par Édouard Le Héricher - Tome second - 1847)

On enterra les morts dans des fosses communes, à Caugé, à Pailma et dans les terrains qui devinrent plus tard le jardin de l'hôpital. M. Le Héricher écrit qu'on jeta une partie des cadavres dans des carrières, qui s'appelèrent dès lors les Perrières-ès-Morts. (Mémoires de la Société Académique du Cotentin - Tome quatorzième - 1898)

 

Boucey

Le lendemain du combat, le citoyen Louis Lesouchu, secrétaire de la municipalité de Boucey, se rendit sur le champ de bataille pour aider à inhumer les morts. Voici la note intéressante qu'il écrivit, le 21 novembre, sur le registre des actes de décès de cette commune. Nous la reproduisons avec son orthographe :

 

N° 18. "Je soussigné Louis Lesouchu, secrétaire, officier publique de la municipalité de Boucey, district d'Avranches, département de la Manche, certifie qu'après la bataille de Pontorson contre les brigans de la Vendée, je me suis transporté à Caugé, dans ma commune, village situé à la porte de Pontorson et dans lequel le plus fort du combat, où j'ai fait inhumer plus de trois cents soldats républicains, entre les qu'els a été reconnu par plusieurs de ses amis un nommé Louis Hérembourg, soldat au 106e régiment, comme il m'a été certifié par eux, pour quoi j'ai transcris le présent à Boucey, le 20 novembre 1793.
LESOUCHU, offissier municipale."

 

Caugé - Boucey acte de Louis Lesouchu


Plus tard, L. Lesouchu ajouta ces quelques lignes à la suite de ce procès-verbal :

N². "Que ce combat fut livré par les brigans au nombre de plus de 80.000 hommes qui revenaient de Grandville, où ils avoient essuiés une grande perte, et que voulant s'en retourner chez eux, après avoir ravagé tout notre pays, ils trouvèrent la petite armée de Tribout à Pontorson, qui, s'opposant à leur passage, fut battu et perdit de 1.000 à 1.200 hommes ; les mêmes brigans se batirent à Dol, le 21 et le 22 novembre même année, contre l'armée de Mayance forte de 30.000 hommes au moins, et passèrent malgré elle par Entrain. Enfin, ils furent entièrement déffait à Laval et à Savenai par les troupes républicaines, lorsqu'ils étaient près de rentrer chez eux ; ils perdirent plus de 130.000 hommes dans ce voyage." 

Caugé - Boucey deuxième acte de Lesouchu

 

AD50 - Registre d'État-civil de Boucey - Année 1793 - Acte n° 18