JEAN-LOUIS DU BOUT DE LA LANDE

 

Le chemin dit "Bout de la Lande" doit sûrement son nom au fait que la lande côtoyait les habitations d'alors. Le Bout de la Lande c'était aussi autrefois un grand quartier. Mais ce secteur doit surtout sa célébrité à Jean-Louis Le Joly, dit Jean-Louis du Bout de la Lande. Il prend ce titre parce que, simplement, il était originaire de ce quartier pontivyen.

 

Jean-Louis du bout de la lande acte naissance


Jean-Louis-Joachim Le Joly est né, rue de Neulliac, le 7 novembre 1844, d'un père "garde-écluse" (Joachim Le Joly) et d'une mère lingère (Françoise Michel). Après ses études, il choisit la carrière" d'instituteur et enseigne pendant plusieurs années.

 

Pontivy rue de Neuillac


Puis, épris de liberté et attiré par une vie plus indépendante, il quitte l'enseignement pour devenir barde sous le pseudonyme de Jean-Louis du Bout de la Lande.

 

pontivy chemin du bout de la lande

 

Il ne tarde pas alors à se tailler une solide réputation dans les milieux ruraux. Il se lance ensuite à la conquête du public de sa ville natale et les colonnes du "Journal de Pontivy" accueillent, à partir de janvier 1902, ses écrits.


Poésies, chroniques, charades, "mots en carrés", souvenirs se succèdent de semaine en semaine jusqu'en mai 1907.

Pontivy rue de la Fontaine


Jean-Louis du Bout de la Lande est décédé à son domicile, rue de la Fontaine, à Pontivy, le 30 mai 1908.


Le chemin du Bout de la Lande a été inauguré en 1981. De ce quartier, s'étendant du Pont-Neuf au quartier de Tréleau, il ne reste qu'un nom et un personnage.

Article du Journal Le Télégramme - 2 mars 1999

 

pontivy carte chemin du bout de la Lande

AUX HABITANTS DE PONTIVY
SOUHAITS DE BONNE ANNÉE
Mes chers compatriotes,
De même que, dans la nuit sombre,
Une lumière apparaissant
Au voyageur errant dans l'ombre,
Apporte un grand soulagement ;
De même qu'au marin, perdu dans la tempête,
Apparaît, en ami, le phare protecteur,
Lui montrant le danger qui plane sur sa tête
Et lui mettant encore un peu d'espoir au coeur ;
Ainsi qu'une claire fontaine
Du voyageur très altéré
Calme la souffrance et la peine,
Et le rend bien moins fatigué ;
De même, Pontivyens, quand je vins dans la ville,
Où voilà soixante ans habitait ma famille,
Je me sentis revivre, en voyant dans mon coeur
Renaître la gaîté, qui fait le vrai bonheur.
A Nantes, je vis sur ma tête
Pleuvoir toute espèce de maux ;
Comme une effroyable tempête,
M'assaillaient des chagrins très gros !
A Pontivy, les bords du Canal, où mon père
Voyageait chaque jour où passait un bateau,
Me font pleurer de joie en pensant à ma mère
Qui, lorsque je naquis, habitait le Ponteau.
Pontivyens, que Dieu vous bénisse,
Qu'il vous comble de ses faveurs,
Que, pour vous, toujours il tarisse
La source des chagrins, des pleurs !
Qu'il vous donne des jours très heureux, très prospères ;
Qu'il vous accorde à tous de généreux enfants,
Possédant en leurs coeurs et dans leurs âmes fières
Ce qu'il y a de mieux, en fait de sentiments !
De cette misérable vie
Lorsque viendra le dernier jour,
Puissions-nous, dans l'autre Patrie,
Nous voir au Céleste séjour !!!


(JEAN-LOUIS DU BOUT DE LA LANDE)

Journal de Pontivy - Dimanche 12 janvier 1902 - 29ème année - n° 2

 

JOURNAL DE PONTIVY

 

Le poète populaire pontivyen, Jean-Louis du Bout-de-la-Lande nous demande l'hospitalité pour la poésie suivante :


A MM. LES OFFICIERS DU 2ème CHASSEURS A CHEVAL
SOUVENIR DU 1er NOVEMBRE 1903
LA MORT DU LIEUTENANT SIMONNOT ET DE SA FIANCÉE DANS LE BLAVET
I
Pourquoi donc, chers Messieurs, faut-il qu'en ce bas monde,
Tant de coeurs très unis et liés d'une douleur profonde,
Ne laissant après eux que d'éternels regrets ?
L'on s'aime et l'on s'adore ! ... On jouit, il me semble,
Du bonheur le plus pur, lequel puisse exister :
Tout est bientôt rompu ! ... Quand on est bien ensemble,
Pourquoi faut-il donc se quitter ?
II
Ah ! qu'ils étaient heureux, ces deux coeurs, dont la vie
Paraissait devoir être un ciel pur et serein !
L'un des deux s'apprêtait à servir la Patrie,
Et l'autre à lui donner un jour un bon soutien.
Ils se disaient sans doute, en une douce ivresse
De joie et de bonheur : "Jusqu'aux derniers moments,
Nous devrons nous aimer, avoir de la tendresse
L'un pour l'autre, en tous les instants !"
III
Et voilà que, soudain, dans une catastrophe,
Ils périssent tous deux, se quittant pour toujours ! ...
De l'hymne de la Mort ils chantent une strophe
En s'écriant : "Adieu ! c'est la fin de nos jours !"
Naître, souffrir, mourir, telle est notre existence !
La Sagesse l'a dit, et c'est la vérité :
"Elle est courte, ici-bas, notre triste présence !
Nous courons vers l'Éternité !!!"

JEAN-LOUIS DU BOUT DE LA LANDE

(Extrait : Le Journal de Pontivy - Dimanche 24 janvier 1904 - n° 4 - Trente-et-unième année)

 

Pontivy Jean-Louis du Bout de la Lande

AUX JEUNES FILLES DE SAINT-THURIAU
MON SEPTIÈME SAUVETAGE

Je m'en vais aujourd'hui vous conter une histoire
De ma jeunesse encor ; j'ai gardé la mémoire
De ce fait bien charmant, qui vous fera pleurer,
Car je pleure moi-même à vous le raconter.
Je voyageais un soir, quand près de Kerledorze,
(J'étais certes alors dans ma plus grande force),
Je trouvai, se traînant sur la route de Baud,
Sans pouvoir se chausser, pas même d'un sabot,
Une fille venant, comme moi, de Sainte-Anne,
"Vos pieds sont donc meurtris ?" dis-je à la paysanne,
(Je parlais le breton) : "En voyageant ainsi,
Vous ne pouvez aller certes bien loin d'ici."
- Vous vous trompez, dit-elle, et c'est tout le contraire :
D'avoir de la chaussure il n'est pas nécessaire,
Quand les pieds sont meurtris, et l'on peut voyager,
A la condition de marcher déchaussé.
Si tantôt j'avais pris un peu de nourriture,
Je pourrais voyager sans cheval ni voiture :
Mais je n'ai pas mangé et même j'ai grand faim,
Car je suis sans argent, et je n'ai pas de pain.
J'ai certes soif aussi, et, vous pouvez m'en croire,
Je voudrais bien trouver un peu d'eau pour en boire."
- Pauvre fille, lui dis-je, ah ! je plains votre sort !
Vous pourriez sur la route hélas ! trouver la mort !
Je vais vous assister : je reviens de Sainte-Anne,
Je rentre à Pontivy. - Moi, dit la paysanne,
Je vais à Saint-Thuriau. - Nous allons donc tout près
L'un de l'autre, lui dis-je, il fait ce soir bien frais :
De vous aider un peu il me sera facile,
Cela m'échauffera. Cette fille, docile,
N'avait point peur de moi, je parlais le breton.
Elle me prit le bras, et jusqu'en sa maison
Je pus la reconduire. A Talverne, la porte
Nous fut bien vite ouverte, en parlant de la sorte :
"Ouvrez-moi, chers amis, je voudrais bien manger ;
J'ai sur moi de l'argent, je pourrai vous payer :
Je voudrais boire aussi. J'accompagne une fille
Dont je ne connais pas, il est vrai, la famille,
Mais elle a faim et soif : elle n'a point d'argent,
Je vais payer pour elle." On nous ouvre à l'instant,
Au milieu de la nuit tous les deux nous mangeâmes,
Nous bûmes de bon cidre, et nous nous délassâmes :
Nous reprîmes la route, en nous donnant le bras.
Sans moi peut-être hélas ! elle eût vu le trépas :
Ayant grand'faim, grand'soif, elle eût pu sur la route
De fatigue tomber, puis y mourir sans doute !!!

(Jean-Louis du Bout de la Lande)

Extrait : Le Journal de Pontivy - Dimanche 6 mars 1904 - n° 10 - Trente-et-unième année)