SOULLANS

[L'article qui suit a été publié en 1891 et donc concerne l'ancienne église, aujourd'hui disparue. L'église actuelle de Soullans date de 1900.]

Autrefois, le pays de Soullans était, comme celui de Challans, composé de terres incultes et de landes. Aussi, l'étymologie de ces deux noms paraît être celle-ci : Challans, Caput landium, commencement des landes ; et Soullans, Sub landibus, au milieu des landes.

C'est probablement dans le cours du XIIème ou du XIII ème siècle que fut fondée la paroisse de Saint-Hilaire de Soullans.

Dès le commencement du XIVème siècle, elle est desservie par des religieux de l'abbaye de Nieul-sur-l'Autise, qui vivaient sous la règle de saint Augustin. A cette époque, en effet, le Grand-Gauthier (manuscrit conservé aux Archives de Poitiers) fait cette mention expresse en parlant de Soullans : "Est regularium (Abbaye de Nieul)". Ces mots signifient que cette église dépendait tellement des religieux réguliers de Saint-Augustin, qu'elle ne pouvait être confiée qu'à des sujets de cet ordre. Les prêtres chargés d'administrer la paroisse portaient le nom de prieur, qu'ils changèrent en celui de curé, quand l'abbaye de Nieul fut sécularisée en 1715.

L'église fut construite au milieu du XVIIème siècle, une vingtaine d'années avant le clocher qui date de 1674. L'édifice est de style grec ; cependant plusieurs fenêtres sont en ogive et durent être ouvertes à une époque bien postérieure. Il ne faut pas manquer de signaler aux amateurs le retable du grand autel, qui est vraiment fort curieux dans son ensemble et rappelle la seconde moitié du XVIIème siècle.

SOULLANS 3

Le sanctuaire, avec sa flèche qui le domine de plus de 140 pieds, n'eut pas beaucoup à souffrir pendant la Révolution, et servit longtemps d'asile au curé de la paroisse, M. Noeau, qui aurait pu, comme un grand nombre de ses confrères, mettre ses jours à l'abri en prenant le chemin de l'exil. Mais ce pasteur fidèle ne put se résoudre à quitter son cher troupeau. Au plus fort de la tourmente, il se tint caché, célébrant, pendant la nuit et dans les granges, le saint sacrifice de la messe.

Un jour il fut surpris par les Bleus, au moment où il venait d'achever une cérémonie religieuse ; à peine eut-il le temps de recommander son âme à Dieu, qu'il fut impitoyablement massacré, près de la ferme des Clouzils, sur sa paroisse.

FRANÇOIS NOEAU
CURÉ-PRIEUR DE SOULLANS

Fils de François Noeau et de Cailleteau Jeanne, François-Pierre Noeau est né à Rocheservière, paroisse Notre-Dame, le 31 janvier 1760, baptisé le 1er février.

 

NOEAU FRANCOIS acte naissance

 

En 1786, M. François Noeau était vicaire de Saint-Hilaire de Soullans dont M. Guillon était curé prieur. A l'époque de la Révolution, celui-ci donna sa démission en faveur de son vicaire.

En 1791, M. Noeau refusa de la façon, la plus énergique le serment à la Constitution civile. Comme tant d'autres bons prêtres, il pouvait mettre sa vie en sûreté, en prenant le chemin de l'exil. Mais il ne voulut point abandonner son troupeau à la merci des loups qui menaçaient d'envahir le bercail. Quelques mois après, ordre lui fut donné de se rendre à Fontenay. En apprenant cette sentence injuste, les municipaux de sa paroisse, qui lui étaient très attachés, se réunirent, et, d'un commun accord, résolurent de tout tenter pour conserver un si digne pasteur. Ayant à leur tête le maire de la commune, l'honorable M. Guesneau, le 7 mai 1792, ils allèrent se présenter au District pendant une de ses séances, où lecture fut donnée de la protestation suivante :

"Ayant appris, par la voix publique, que le sieur Noeau, curé de la paroisse, en vertu d'un arrêté du Département, était obligé de se rendre au chef-lieu, nous demandons à connaître les dénonciations qui ont provoqué cet arrêté, et nous faisons observer que le sieur Noeau s'est toujours comporté, à notre connaissance, très tranquillement, et conformément aux lois constitutionnelles de l'État, et qu'il ne doit pas être compris dans le nombre de ceux, qui, ayant occasionné des troubles, étaient dangereux dans leurs paroisses."

Mais les tyrans révolutionnaires ne pouvaient supporter d'être contredits, ni qu'on fit la moindre enquête sur les dénonciations de leurs frères et amis. Les catholiques, et surtout les prêtres dénoncés, étaient arrêtés, jugés et bientôt condamnés sur simple dénonciation.

La requête des habitants de Soullans fut donc rejetée et la délibération annulée, comme ayant été prise et notifiée illégalement.

M. Noeau dut se déguiser en paysan pour demeurer parmi ses fidèles paroissiens et resta caché dans la contrée.

A la faveur des ténèbres de la nuit, il réunissait les fidèles dans les granges, y célébrait la messe, bénissait les mariages, baptisait les nouveau-nés, préchait à tous le courage et la résignation chrétienne. Il ne craignait point d'aller visiter les malades et d'administrer les mourants, au péril de sa vie, portant sur lui le Saint-Sacrement dans toutes ses courses apostoliques.

Aux environs de Pâques 1793, le prieur de Soullans étant venu faire les offices de l'église paroissiale, une dame Petiteau, pieuse et dévouée, l'avait invité au sortir de l'église, à rentrer chez elle pour y prendre ses repas. Il était aussi reçu, parfois, chez Mme de la Touche et chez la veuve Guinardière.

Un vieux domestique de Mme Petiteau, lequel le fut également de la famille Merland, des Sables-d'Olonne, racontait chez cette dernière qu'un jour l'abbé Noeau, mourant de faim et poursuivi par les Bleus, était venu demander asile à la pieuse veuve, qui le reçut volontiers à sa table. Mais, après le repas, elle supplia le vénérable proscrit de quitter sa maison peu sûre et de ne pas compromettre inutilement la mère de trois orphelins.

On verra que cette mesure de prudence n'était pas inutile.

 

Noeau François - signature

 

M. Noeau sortit donc pour chercher refuge ailleurs. Mais il fut aperçu traversant la cour du Grand-Marais, et c'était assez pour compromettre Mme Petiteau. Celle-ci fut dénoncée, arrêtée et conduite de Soullans au Perrier, puis dans la prison de Challans, et enfin à Noirmoutier devant la commission révolutionnaire. Ses juges qui voulaient la sauver lui demandèrent de nier les faits dont elle était accusée : "Je ne saurais sauver ma vie par un mensonge", répondit la noble chrétienne. "Et si c'est un crime d'avoir donné à manger à un malheureux prêtre, traqué et mourant de faim, ce crime, je l'ai commis, croyant remplir un devoir d'humanité".

Elle fut condamnée et exécutée sur le bord de la mer, avec vingt autres victimes, le 4 août 1794, à quatre heures du soir.

Cependant M. Noeau avait été arrêté par la gendarmerie et conduit de brigade en brigade à Fontenay, où il fut incarcéré. Mais, dans sa prison, il lui semblait entendre les voix de ses paroissiens qui imploraient de lui les secours religieux. Il parvint à s'échapper avant la déportation et retourna dans sa chère paroisse de Soullans, où, sans souci des dangers, il continua d'exercer plus ou moins secrètement son pénible ministère.

 

SOULLANS LES CLOUZILS

 

Un jour, enfin, il fut surpris par les Bleus au moment où il venait d'achever une cérémonie. Le dévoué pasteur, voyant la mort de près, eut à peine le temps de recommander son âme à Dieu.

M. Noeau, dit Dugast-Matifeux, fut fusillé au milieu d'un pré qu'il traversait en fuyant avec son guide (Henri Barillon, fils de ce Barillon de la Gabeterie qui était tombé en 1791 à Saint-Christophe en criant : Rends-moi mon Dieu).

C'était au mois de juin 1794 (il avait 34 ans). La veille, il avait fait la procession du Saint-Sacrement de la Fête-Dieu. On a dû trouver sur lui les Saintes-Espèces qu'il avait l'habitude de porter, dit dans ses Mémoires M. Remaud, curé de Maché. (Extrait : Le Clergé Vendéen - par l'Abbé A. Baraud - 1904)

 

SOULLANS 4


LES CLOCHES


Extrait du registre paroissial de Soullans :

Aujourd'hui, 10 juillet 1771, a été bénite la grosse cloche nommée Gabrielle-Charlotte. Elle a eu pour parrain, messire Gabriel Buor de la Mulenière, prieur-curé de ce lieu et pour marraine dame Jeanne-Marie-Charlotte Babeau, dame de Lézardière. La bénédiction a été faite par messire Pierre Riou, curé de Croix-de-Vie, directeur de la conférence ; ont signé au registre : Babeau de Lézardière, Buor de la Mulenière, Catherine de la Salle, Robert de la Verrie, Marie de Lézardière, Gilberte des Villates, Louise de la Proutière, Robert de Lézardière, Louis de Lézardière, chevalier de Lézardière, Macé de la Barbeloy, Gouraud, curé de la Garnache, Bouhier, curé du Fenouiller, Travers de Grand-Lieu, Bonin de la Bonnière, Riou, curé de Croix-de-Vie.

La famille de la Salle-Lézardière possédait le château de Vérie, qui fut, par la suite, habité par M. Olivier Boux de Casson, conseiller général et maire de Challans.

Messire Gilles-Gabriel Buor de la Mulenière, prieur-curé de Soullans, de 1759 à 1772, était précédemment vicaire de Challans. Il mourut des suites d'une chute de cheval, à l'âge de 45 ans, le 18 janvier 1772, et fut inhumé, deux jours après, dans le choeur de l'église, en présence de MM. Milloin, curé de Perrier, Riou, curé de Croix-de-Vie, Gouraut, vicaire de céans.

Au sortir de la Révolution, il n'y avait qu'une seule cloche dans le clocher de Soullans ; elle fut remplacée par une autre en 1816. Cette dernière fut refondue en 1830 et bénite en même temps qu'une deuxième cloche. La plus petite fut brisée en 1863, époque à laquelle M. l'abbé Jodet, fit l'achat de deux nouvelles cloches. Voici les inscriptions :

1830 (cloche moyenne)
Je m'appelle Louise-Eugénie. Parrain M. Louis-Joseph de Badereau, chevalier de Saint-Louis, marraine Madame Eugénie-Marguerite-Nicole-Marie Berthier de Viviers, épouse de M. de Badereau, fils de M. Louis-Pierre-Aimé, - Raynard, curé de Soullans, M. J. Ques. Massonneau, maire, François-Victor Loué, Edouard Bourreau, André Guillot, Jean Besseau, Jacques Cornevin, marguilliers, conseillés (sic) de la fabrique de Soullans, en 1830."
Faite par Marque-Viet, fondeur à Villedieu.

- La croix, élevée sur quatre gradins, est ornée d'une branche de vigne, garnie de pampre et de raisins. A l'opposé, on voit une reproduction de l'Assomption de Murillo. La cloche n'a pas d'autre ornement. Son poids est de 700 kilog. et son prix d'achat a été de 2.500 francs.

- Nous ne connaissons pas le fondeur. "Serait-ce, nous écrit M. Joseph Berthelé, le prédécesseur de Paul Havard, fondeur à Villedieu (Manche), qui a fourni des cloches à Mortagne et à la Maison-Mère de la Sagesse, à Saint-Laurent-sur-Sèvre."

- Le curé, M. Louis Raynard (1829-1836), né à la Chapelle-Palluau en 1801, était vicaire du Perrier, sous l'habile direction de M. Lambert, lorsqu'il fut désigné pour la cure de Soullans. Il est décédé dans sa famille à l'âge de 35 ans, le 16 novembre 1836, universellement regretté par ses paroissiens, qui avaient pu reconnaître en lui les qualités et les vertus d'un bon pasteur.

1863 (grosse cloche)
J'ai été baptisée par M. Henri de Lespinay, vicaire général de Luçon. Je m'appelle Jacquemine-Marguerite-Gabrielle-Eugénie-Marie. - Parrain M. Henri-Gabriel de la Tour du Pin, marraine Eugénie-Louise-Jeanne de Badereau de Saint-Martin, épouse de M. François-Marie-Eugène Le Fournier Dyauville
Joseph-Marie Jodet, curé, MM. Louis Bodet Lacroix, maire, Louis Thesson, Romain Martineau, Jacques Cornevin, Jules Puirou, Pierre Vrignaud, conseillers de fabrique.
Bollée, père et fils, fondeurs au Mans, 1863.

Au-dessus des derniers mots, sont représentées deux médailles obtenues par les fondeurs, - La croix est fleurie et n'a rien de remarquable, mais du côté opposé le sujet est intéressant. C'est la sainte Vierge, couronnée d'étoiles et reposant, sur un globe, son pied qui écrase la tête du serpent infernal. Le globe est soutenu par un agneau qu'entoure une auréole et devant lequel se tient un ange les ailes déployées et les mains croisées sur la poitrine. - Quatre guirlandes environnent la cloche ; les deux supérieures sont plus larges et plus belles que les deux autres. A sept endroits également espacés, se trouvent des ornements en forme de croix fleuries. On remarque aussi deux médaillons ; celui de droite représente le buste de N.-S. couronné d'épines et celui de gauche une Mater dolorosa, avec auréole.
Cette cloche qui pèse 1.180 kilog. a coûté 3.960 fr.

1863 (petite cloche)
J'ai été baptisée par M. Henri de Lespinay, vicaire général de Luçon. Je m'appelle Caroline-Joséphine-Pauline. Parrain M. Charles Roux de Commequiers, marraine Mme Pauline Méry, épouse de M. Joseph Chéguillaume, Joseph-Marie Jodet, curé, MM. Louis Bodet-Lacroix, maire, Louis Thesson, Romain Martineau, Jean Cornevin, Yves Puirou, Pierre Vrignaud, conseillers de la fabrique, 1863.
Bollée, père et fils, fondeurs au Mans.

- D'un côté s'élève la croix ; de l'autre, nous avons été surpris de ne pas y voir, suivant l'usage, l'image de la sainte Vierge. A 7 endroits, également distants les uns des autres, la cloche est ornée de croix trefflées qu'on désigne sous le nom de croix Saint-Lazare. Le bas de la robe est entouré d'une guirlande formée de feuilles de vigne et de grappes de raisins. Le poids de la cloche est de 450 kilog. et son prix a été de 1.620 fr.


L. Teillet, vic. de Challans
Revue du Bas-Poitou - 4ème année - 1ère livraison - 1891