Nancy

C'est en juillet et en août 1793 qu'on vit arriver à Nancy une horde de gens qui, se faisant recevoir à la Société populaire, ne tardent pas à s'y imposer. Ils deviennent les agents dévoués d'Auguste Mauger, natif de Dieuze, appelé Marat-Mauger, se disant commissaire du Conseil exécutif provisoire.


Parmi les personnes que ce dictateur avait sous ses ordres se trouve Claude Cayon, dit Caïus, relieur et marchand de bouquins, qui se fit nommer directeur de la Réclusion (Maison de Force).


Claude Cayon, qui épousa Anne Conrad, eut pour fils Joseph-Balthazar, né à Nancy le 13 janvier 1784, marié à Jeanne Liébault, décédé en cette ville, le 6 décembre 1865.

 

Cayon Jean acte naissance

 


C'est le père de Jean Cayon, l'historien de Nancy, né rue de l'Esplanade, le 4 mai MARS 1810, mort célibataire le 20 novembre 1865, peu avant son père.


La boutique du père Cayon, libraire-éditeur se trouvait au n° 10 de la rue Stanislas, elle était très fréquentée par les bibliophiles lorrains en particulier par l'abbé Marchal et Beaupré ...


CAYON JEAN NANCY 3

Jean Cayon était un pauvre bonhomme, hué, conspué par ses contemporains parce qu'il n'avait pas de dehors. Ceux-ci étaient bien aise de se moquer du pauvre Lolo Topinambour. Ce sobriquet lui avait été donné dans sa jeunesse. Ses parents l'apellaient Lolo, surnom qui lui fut conservé au Lycée, ses condisciples y ajoutèrent celui de Topinambour à cause de la grosseur de son nez.


Élevé très durement par ses parents, leur système d'éducation avait eu pour effet d'atrophier son intelligence, malgré les heureuses dispositions qu'il laissait entrevoir ...


Jean Cayon ne put se faire recevoir bachelier ; ses parents, par avarice, l'en empêchèrent, disant que cela ne lui servirait à rien, mais lui promirent en compensation de lui payer un voyage à Paris.


Cayon est mort sans avoir été reçu bachelier et sans avoir vu Paris. Il n'avait pas dix sous dans sa poche, aucun livre à lui ; pour en emprunter un de la boutique de son père, il était obligé d'en demander respectueusement la permission.


Lorsque l'on construisit la nouvelle église Saint-Fiacre, Jean Cayon en dessina les vitraux, le Conseil de fabrique lui vota une somme de 500 ou 600 francs que son père s'empressa d'aller toucher, disant à l'abbé Simonin que les jeunes gens - Cayon avait quarante ans - étant disposés à faire des folies, il lui remettrait cette somme plus tard. Jean Cayon ne profita pas du fruit de son travail.


Parmi les productions de Cayon, nous signalerons d'abord celles au sujet desquelles Noël et M. R. Harmand adressent d'amères reproches à l'auteur, l'accusant, à juste titre, d'avoir publié sous son nom des travaux de Mory d'Elvange :

Chroniques ... de Bournon. Cayon s'est permis de publier ces extraits des coupures de Bournon et les notes prises par Mory d'Elvange sur les Mémoires de Le Thierrat, comme si lui-même avait fait ces extraits ...


L'ouvrage le plus important, celui qui certainement lui a demandé le plus de recherches et de travail est son Histoire physique, civile, morale et politique de Nancy, ancienne capitale de la Lorraine, depuis son origine jusqu'à nos jours, publiée en 1846, volume de 440 pages, orné de deux frontispices, deux plans, trente-cinq gravures ...


Cayon était habile, il publia plusieurs plans de Nancy, 47 vues des monuments de la ville et des environs, la plupart destinées à orner son histoire de Nancy ...

CAYON JEAN NANCY


Cayon s'intéressait à sa ville natale. En 1836, il adresse une lettre au maire pour lui demander la suppression des divers cimetières et de les remplacer par un seul, à Préville ; une autre du 22 septembre 1839, pour obtenir la restauration du pavé historique devant l'hôtel Marquet. Grande-Rue, où avait été apporté dans la maison le corps de Charles le Téméraire, le lendemain de la bataille de Nancy. Il fut aussi partisan de la création d'un musée historique lorrain, dans une lettre adressée au directeur de l'Espérance, il appuie le projet de le placer au Palais Ducal.


Cayon signala, dans son histoire de Nancy, l'erreur commise par la municipalité, au point de vue héraldique, lorsqu'elle présenta l'écu officiel de la cité.


Noël, comme collectionneur, achetait tous les livres publiés par Cayon, mais à son avis leur prix de vente était trop élevé et disproportionné à leur mérite ... Cet amateur éclairé qui possédait très peu d'ouvrages concernant la Lorraine, avait néanmoins acheté presque toutes les productions de Cayon, même un manuscrit où ce dernier avait réuni différentes pièces concernant Marchal, curé de Ludres, condamné à être brûlé en 1757 ...

 
JEAN CAYON, traité de sot par ses contemporains, sans fortune, a eu le grand mérite, dans le milieu où il a vécu, de rééditer, en petit nombre, avec assez de goût, des ouvrages rares, et de s'occuper d'histoire locale. On doit excuser ses défauts quand on connaît l'influence exercée sur son caractère par l'éducation de ses parents. Il est resté modeste, trop timide pour solliciter des faveurs, il fut néanmoins choisi comme inspecteur des monuments historiques du département de la Meurthe. En 1846, le comte de Paris lui fit parvenir une très belle épingle montée de diamants pour le remercier de l'envoi de son histoire de Nancy, et en 1856, il reçut le même cadeau de l'archiduc Maximilien.

Cayon Jean acte décès


Ses ouvrages concernant la Lorraine, peu estimés de quelques-uns, rendent néanmoins service à toute personne qui s'occupe de l'histoire de notre province et doivent trouver place sur les rayons de nos bibliothèques.


Comte Antoine DE MAHUET


Extrait : Le Pays Lorrain : revue régionale bi-mensuelle illustrée - Trente et unième année - 1939

(1er dessin : Ce curieux dessin fut composé pour Alnot. Ce dernier figure au milieu de plusieurs de ses contemporains qui avaient l'habitude de se promener sur la place du Marché, et d'y discuter des questions panachées de politique et de bric-à-brac. On les désignait plaisamment dans le quartier sous le nom de Chambre des Députés.)