FRANÇOIS HOUSSIN
CURÉ DES BROUZILS
1742-1794

Les Brouzils vue

Selon le Dictionnaire des Vendéens, Archives Départementales de la Vendée, François Houssin est né le 25 novembre 1742 à Ampoigné (53). [Je me fie à cette référence malgré la naissance de deux François Houssin cette même année et à un peu plus d'un mois d'écart].

acte naissance François Houssin

 

La cure des Brouzils était à la collation des Bénédictins, de Saint-Jouin-de-Marnes, qui y avait nommé, le 27 mai 1776, M. François Houssin, alors âgé de trente-quatre ans.

En 1789, ce prêtre fut un des délégués envoyés par le clergé du diocèse à Poitiers pour l'élection des députés aux Etats généraux.

Au moment où parut le décret de la constitution civile du clergé, le curé des Brouzils comprit immédiatement le piège tendu à sa foi de prêtre catholique. Pas un instant il n'hésita sur la ligne de conduite à tenir. La tradition raconte que, pour lui fournir un moyen d'échapper aux conséquences terribles d'un refus de serment, des amis mal éclairés, lui conseillèrent de faire ce serment du bout des lèvres, en protestant du fond du coeur : "Non, répondit-il, ma bouche ne peut pas dire ce que mon coeur dément". Il ne changea jamais d'avis et quand vint l'heure de prêter ce serment, il trouva dans son coeur de prêtre catholique cette énergique réponse : "Messieurs, le serment de fidélité à la Constitution dite du Clergé de France, que vous me demandez, n'étant pas approuvé par le Souverain Pontife, je vous déclare hautement que je ne saurais le faire."

Une telle réponse devait attirer sur son auteur les pires persécutions. Cela ne tarda guère. Tant qu'il put tenir dans la paroisse, M. Houssin y demeura pour le bien des âmes qui, alors plus que jamais, avaient besoin de conseils et d'encouragements. Mais vint le jour où, pour pourvoir à sa vie, il fut obligé de quitter les Brouzils.

Normandelière Cassini

 

Où se retira-t-il ? Quelques notes disent qu'il resta caché dans le pays et se réfugia à la Normandelière, en la Copechagnière, maison située au milieu des bois. De cette retraite, le pasteur pouvait toujours, en usant de précautions, surveiller et soigner son troupeau. Cette sécurité très relative ne devait pas cependant être de longue durée. Quand les colonnes infernales eurent mis la Vendée à feu et à sang, quand les populations affolées s'enfuirent pour échapper au meurtre et à l'incendie, M. Houssin, voyant que son ministère devenait impossible, se décida à suivre l'armée vendéenne dans son expédition d'outre-Loire.

Cette expédition, d'abord couronnée de succès, connut bientôt de tristes revers ; le curé des Brouzils partagea le sort des Vendéens infortunés, errant à travers les campagnes, cherchant refuge et asile au milieu des bois. Ayant erré ainsi pendant plusieurs jours, M. Houssin chercha à se rapprocher de la Vendée, lorsqu'il fut découvert et arrêté à quelques lieues d'Angers, à la Cornuaille (49), le 25 décembre 1793.

Conduit à Angers, il fut dirigé avec quatre autres confrères, vers la prison nationale, située place des Halles. Ne se faisant aucune illusion sur le sort qui les attendait, ces saints prêtres s'encouragèrent l'un l'autre, ils se confessèrent, se donnèrent l'absolution et s'excitèrent mutuellement au généreux sacrifice de leur vie. Leur fermeté à se dire prêtres de J.-C. et à souffrir pour la défense de la foi, ne laisse aucun doute sur les sentiments et les dispositions qu'ils avaient à cette heure suprême.

"Le Comité, dit Prudhomme, n'était pas indécis sur le sort qu'il ferait éprouver à ses vénérables reclus, mais il délibérait sur les moyens de s'en débarrasser "plus promptement" et disait au proconsul Francastel : "Les enverrons-nous à Nantes (où Carrier avait imaginé les bateaux à soupape) ? Les enverrons-nous à la commission militaire (déjà établie à Angers pour fusiller les Vendéens) ? Les ferons-nous fusiller au coin d'un bois ou leur ferons-nous faire la pêche au corail (c'est-à-dire les noierons-nous) devant la Baumette (située à une demi-heure d'Angers) ? Parlez ..."

Le 1er janvier 1794, il comparut devant la Commission militaire de Saumur, transférée à Angers. Deux questions seulement furent posées à M. Houssin : la première sur ses noms, âge et profession, à laquelle il répondit sans détour "s'appeler François Houssin, âgé de cinquante-un ans, prêtre non assermenté curé de N.-D. de Brousil, natif, d'Ampoigné, à Château-Gontier." La seconde porte sur ce qu'il a fait depuis qu'il a quitté la cure : à quoi, le bon pasteur, répliqua qu'il est allé avec les Vendéens et a passé la Loire avec eux. Étant requis de signer sa déposition, il a écrit d'une main ferme et en gros caractères : "F. Houssin, curé des Brouzils".

signature François Houssin Les Brouzils

Ce fut pour M. Houssin, son arrêt de mort.

M. Houssin fut condamné à la peine de mort pour les prétendus crimes suivants :

1° Avoir entretenu correspondance avec les brigands de la Vendée ; - 2° Avoir enfreint la loi relative à la déportation ; - 3° Avoir, après infraction à cette loi, excité, suivi ou maintenu la révolte qui a éclaté dans la Vendée ; - 4° Avoir, par ses discours perfides, séduit les esprits faibles en leur disant que, pour être agréable à l'Auteur de la nature et jouir d'un heureux avenir, il fallait massacrer tous les défenseurs de la République ; 5° Avoir provoqué au rétablissement de la royauté et à l'anéantissement du peuple français !"

La sentence prononcée en ce matin du 1er janvier 1794 (12 nivôse an II), fut exécutée le jour même à 4 heures du soir, sur la place du Ralliement, à Angers.

Ainsi, tomba pour sa foi, pour son Dieu, le curé de Notre-Dame des Brouzils !

 

François Houssin Les Affiches d'Angers

VOIR ICI pour d'autres informations, notamment sur les Frères Légo qui furent arrêtés en même temps que l'abbé François Houssin. Selon ce texte, l'abbé François Houssin fut guillotiné, tout comme ses confrères.

A Angers, il n'existe pas d'acte de décès concernant l'abbé Houssin.

Sources :

Le clergé vendéen, victime de la Révolution française - par l'Abbé A. Barraud - 1904

AD85 - Almanach paroissial - Les Brouzils – 1933

AD49 – Les Affiches d’Angers

AD53 – État civil d’Ampoigné (53)